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Les frères du couvent Dominicain de Strasbourg sont heureux de vous accueillir sur leur site ! Vous y trouverez diverses informations sur la communauté, les activités à venir, ou encore les horaires habituels du couvent. Bonne navigation et à bientôt au couvent !

Retrouvez ci-dessous des messages ou photos de la communauté, et des prédications de frères. Si le texte ne s’affiche pas en entier ou pour voir plus de photos, cliquer sur « Lire la suite » ou « Voir sur Facebook ».

Le mercredi 12/12/18

Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P. le dimanche 9 décembre 2018 (Ba 5,1-9; Ph 1, 4-6.8-11; Lc 3.1-6) :

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée… » et vous venez d’entendre les autres noms de ces hommes de pouvoirs politique et religieux.
L’histoire de Jean, le Baptiste, et surtout celle de celui dont il annonce la venue, Jésus, cette histoire est celle des peuples de la terre. On pourrait, siècles après siècles, mettre d’autres noms. C’est l’histoire de nos peuples avec leur grandeur et leur vicissitude, leurs avancées et leurs aveuglements. Jésus naît dans ce monde-là, non un monde idéalisé mais celui que nous connaissons fait de chair et de sang et aussi de lumière.
Jésus vient dans ce monde pour le sauver, le délivrer. Pilate est cité. Hérode aussi. Ils sont là les responsables de la mort de Jésus. Dans ce récit, la croix se profile déjà à l’horizon. Dès le début de l’Avent, la lumière est donnée. On ne peut comprendre Noël, sans percevoir déjà l’ombre terrible de la croix et aussi la lumière éblouissante et victorieuse de la résurrection.
Mais aujourd’hui, nous n’en sommes qu’au début du temps de l’Avent. Posons-nous alors la question : dans ce monde, que fait Dieu ? Comment commence-t-il la réalisation de son grand dessein de salut ? Il fait surgir un homme, Jean. « Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Face aux désordres des peuples, de ses chefs, de tous, un homme. La parole de Dieu lui fut adressée. Il est investi. La puissance de l’Esprit le propulse devant les grands et les petits, devant tous. Jean nous dit que faire.
Que faire ? Là, tout commence. Jean dit : « Convertissez-vous. » Se convertir. Abaisser nos montagnes d’orgueil, redresser nos esprits tordus, regarder enfin les autres sans les soupçonner tout de suite d’être nos ennemis… La liste pourrait être longue… Oui, tout cela est vrai, tous ces péchés nous les connaissons. Cependant, pardonnez-moi, je ne veux pas plaisanter sur ces choses : réservons ces dures conversions pour le carême. La conversion de l’Avent est tout autre.
Avant de demander pardon pour tout ce qui gêne Dieu et les autres, avant de voir ensemble ce qui ne va pas, et changer de conduite, ne faudrait-il pas d’abord, tout simplement, commencer à se parler, entrer en dialogue, en amitié, regarder l’autre. Et c’est la prédication de Jean Baptiste. Il prêche ce qui est le préalable à tout : se parler. Toute sa prédication est celle de la communication : « Préparer le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées… » Pour qu’un pays se développe, il faut de bons moyens de communication. Avant d’entamer les grandes conversions de nos vies avec Dieu, avec les autres, déjà, communiquer, se parler, s’écouter. « Écoute Israël ! », ce sont les premiers mots de la Loi dans la Bible. Et Jésus continue : « Heureux celui qui écoute et met en pratique… » Voilà un chemin simple, modeste. Les époux le savent : se parler est la base de l’harmonie, de la fidélité, de la force pour dépasser les épreuves.
Écouter. Pour écouter, il y faut quelque humilité. Celui qui suit sa propre pensée et ne fait qu’utiliser celle de l’autre au service de la sienne, n’écoute pas. L’humilité est comme un retirement de soi – un retrait -, une attente curieuse, souriante, avide de ce que l’autre va me dire. Peu importe ses qualités morales ou spirituelles ! Il me parle. Il est comme ‘‘avant moi’’. Il me précède. Je le sais, il y faut souvent bien des combats. Oui, la conversion de l’Avent est ce changement : être là, en attente. Dieu vient. Mon frère que Dieu me donne, vient. Alors, les bras s’ouvrent, nous accueillons.
Hier soir, à quelques-uns, nous avons regardé le film ‘Des hommes et des dieux’, sur le martyre des moines de Tibhirine. La question centrale des moines est celle-ci : faut-il partir ou bien rester en cette terre d’Algérie que la guerre civile ravage ? Ils savent ce que rester veut dire. Un long dialogue s’instaure entre eux, en eux. Un moine se confie ainsi à des gens du village : « Rester ? Partir ? Nous ne savons pas. Nous sommes comme des oiseaux sur la branche. » Réponse d’une femme : « Mais les oiseaux, c’est nous ! La branche, c’est vous. » Et on voit la lumière éclairer le visage du moine. Il a écouté, il a reçu. Les gens du village et les moines se sont écoutés. Ainsi, chaque moine sort de l’indécision, chaque moine réalise le poids de son attachement au Seigneur et au peuple d’Algérie. Chacun va marcher à la suite du Christ : c’est la dernière image du film, leur montée dans la neige. Tibhirine porte un nom de lumière.
La conversion de l’Avent est bien cette ouverture, humble, humaine. Ouverture réciproque à la vie où le meilleur est à recevoir de l’autre. Oui, mais pas seulement. Il y a davantage. Une incarnation se fait. Dieu lui-même est la source de notre parole, de notre vie, de notre unité, de notre communion fraternelle. Dieu est notre vie.
Jean Baptiste termine son homélie en ce sens : « Tout être vivant verra le salut de Dieu. »
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Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P. le dimanche 9 décembre 2018 (Ba 5,1-9; Ph 1, 4-6.8-11; Lc 3.1-6) : 

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée… » et vous venez d’entendre les autres noms de ces hommes de pouvoirs politique et religieux. 
L’histoire de Jean, le Baptiste, et surtout celle de celui dont il annonce la venue, Jésus, cette histoire est celle des peuples de la terre. On pourrait, siècles après siècles, mettre d’autres noms. C’est l’histoire de nos peuples avec leur grandeur et leur vicissitude, leurs avancées et leurs aveuglements. Jésus naît dans ce monde-là, non un monde idéalisé mais celui que nous connaissons fait de chair et de sang et aussi de lumière. 
Jésus vient dans ce monde pour le sauver, le délivrer. Pilate est cité. Hérode aussi. Ils sont là les responsables de la mort de Jésus. Dans ce récit, la croix se profile déjà à l’horizon. Dès le début de l’Avent, la lumière est donnée. On ne peut comprendre Noël, sans percevoir déjà l’ombre terrible de la croix et aussi la lumière éblouissante et victorieuse de la résurrection. 
Mais aujourd’hui, nous n’en sommes qu’au début du temps de l’Avent. Posons-nous alors la question : dans ce monde, que fait Dieu ? Comment commence-t-il la réalisation de son grand dessein de salut ? Il fait surgir un homme, Jean. « Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Face aux désordres des peuples, de ses chefs, de tous, un homme. La parole de Dieu lui fut adressée. Il est investi. La puissance de l’Esprit le propulse devant les grands et les petits, devant tous. Jean nous dit que faire.
Que faire ? Là, tout commence. Jean dit : « Convertissez-vous. » Se convertir. Abaisser nos montagnes d’orgueil, redresser nos esprits tordus, regarder enfin les autres sans les soupçonner tout de suite d’être nos ennemis… La liste pourrait être longue… Oui, tout cela est vrai, tous ces péchés nous les connaissons. Cependant, pardonnez-moi, je ne veux pas plaisanter sur ces choses : réservons ces dures conversions pour le carême. La conversion de l’Avent est tout autre.
Avant de demander pardon pour tout ce qui gêne Dieu et les autres, avant de voir ensemble ce qui ne va pas, et changer de conduite, ne faudrait-il pas d’abord, tout simplement, commencer à se parler, entrer en dialogue, en amitié, regarder l’autre. Et c’est la prédication de Jean Baptiste. Il prêche ce qui est le préalable à tout : se parler. Toute sa prédication est celle de la communication : « Préparer le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées… » Pour qu’un pays se développe, il faut de bons moyens de communication. Avant d’entamer les grandes conversions de nos vies avec Dieu, avec les autres, déjà, communiquer, se parler, s’écouter. « Écoute Israël ! », ce sont les premiers mots de la Loi dans la Bible. Et Jésus continue : « Heureux celui qui écoute et met en pratique… » Voilà un chemin simple, modeste. Les époux le savent : se parler est la base de l’harmonie, de la fidélité, de la force pour dépasser les épreuves.
Écouter. Pour écouter, il y faut quelque humilité. Celui qui suit sa propre pensée et ne fait qu’utiliser celle de l’autre au service de la sienne, n’écoute pas. L’humilité est comme un retirement de soi – un retrait -, une attente curieuse, souriante, avide de ce que l’autre va me dire. Peu importe ses qualités morales ou spirituelles ! Il me parle. Il est comme ‘‘avant moi’’. Il me précède. Je le sais, il y faut souvent bien des combats. Oui, la conversion de l’Avent est ce changement : être là, en attente. Dieu vient. Mon frère que Dieu me donne, vient. Alors, les bras s’ouvrent, nous accueillons.
Hier soir, à quelques-uns, nous avons regardé le film ‘Des hommes et des dieux’, sur le martyre des moines de Tibhirine. La question centrale des moines est celle-ci : faut-il partir ou bien rester en cette terre d’Algérie que la guerre civile ravage ? Ils savent ce que rester veut dire. Un long dialogue s’instaure entre eux, en eux. Un moine se confie ainsi à des gens du village : « Rester ? Partir ? Nous ne savons pas. Nous sommes comme des oiseaux sur la branche. » Réponse d’une femme : « Mais les oiseaux, c’est nous ! La branche, c’est vous. » Et on voit la lumière éclairer le visage du moine. Il a écouté, il a reçu. Les gens du village et les moines se sont écoutés. Ainsi, chaque moine sort de l’indécision, chaque moine réalise le poids de son attachement au Seigneur et au peuple d’Algérie. Chacun va marcher à la suite du Christ : c’est la dernière image du film, leur montée dans la neige. Tibhirine porte un nom de lumière.
La conversion de l’Avent est bien cette ouverture, humble, humaine. Ouverture réciproque à la vie où le meilleur est à recevoir de l’autre. Oui, mais pas seulement. Il y a davantage. Une incarnation se fait. Dieu lui-même est la source de notre parole, de notre vie, de notre unité, de notre communion fraternelle. Dieu est notre vie.
Jean Baptiste termine son homélie en ce sens : « Tout être vivant verra le salut de Dieu. »

Le dimanche 02/12/18

Toute la communauté vous souhaite un joyeux temps de l’avent. Comme Marie et Joseph, mettons-nous en route pour accueillir le sauveur !

(Crèche réalisée par les frères novices)
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Toute la communauté vous souhaite un joyeux temps de l’avent. Comme Marie et Joseph, mettons-nous en route pour accueillir le sauveur ! 

(Crèche réalisée par les frères novices)

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Très belle crèche! Bravo!

2 semaines il y a   ·  1
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Jolie bravo

2 semaines il y a
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Bon temps de l'Avent et merci les novices 🙂

2 semaines il y a
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‹‹ Le temps balaye les faux amis & Confirme les vrais ♡ ›› de l'Avent seule une couronne de l'Avent avec ces 4 bougies ,sur la table du séjour ! !

2 semaines il y a
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Super votre crèche chers frères novices À vous aussi un heureux temps de l'Avent

2 semaines il y a   ·  1
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Bon temps de l'Avent à tous !

2 semaines il y a   ·  1
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Le lundi 26/11/18

Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 25 novembre 2018 en la solennité du Christ Roi de l'Univers (Daniel 7,13-14 ; Apocalypse 1,5-8 ; Jn 18,33b-37)

LE PROCÈS FAIT A JÉSUS EST EN RÉALITÉ CELUI DES PUISSANCES DE CE MONDE

Jésus devant Pilate .
Les mains liées, Jésus est seul devant son juge, pas d'avocat pour assurer sa défense.Ses accusateurs n'ont pas daigné entrer dans le prétoire, le tribunal de Pilate. Ils restent à l'extérieur, comme une meute, impatients de sonner l'hallali. Jésus, seul, face au représentant du tout-puissant empire romain. C'est celui que nous célébrons aujourd'hui comme Souverain de l'Univers ( 2ème lecture).
Cette glorification d'un Fils d'homme (1ère lecture), condamné à la mort, est-ce concevable ? Est-ce digne de foi ?

Pilate devant son Juge .
Le chef d'accusation mis en avant par ses ennemis est de nature politique: Jésus se dit Roi des Juifs.
Une menace pour l'empire romain ? Quand le camarade Staline, était le maître absolu de l'URSS,
la deuxième puissance mondiale, il pouvait se permettre de lancer, par dérision: le pape (il s'agissait de Pie XII) combien de divisions ?
« Es-tu le roi des Juifs ?» demande Pilate. « Ma royauté ne vient pas de ce monde , répond l'accusé. Si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » Pilate est rassuré, l'accusé se dit roi mais d'un Royaume qui n'est pas de cette terre. Le pouvoir de l'empire n'est pas menacé. Mais, dans trois siècles, le christianisme aura conquis Rome. Quant à l'empire de Staline, il s'effondrera de lui-même en 1989 et un pape, Jean-Paul II, y aura contribué.
Si nous regardons ce procès, avec les yeux de l'évangéliste, nous comprenons que le juge, c'est Jésus qui se dresse en Juge et qui condamne le gouverneur romain et les puissances de ce monde.

La royauté du Serviteur.
Jésus avait mis en garde ses apôtres, tentés par l'exercice du pouvoir : « Vous le savez, ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands, sous leur domination. Il ne doit pas en être pas en être ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. C'est ainsi que le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mt 20,25-28)
En ce monde, la couronne et le sceptre, sont des symboles du pouvoir. La couronne de Jésus, sera une couronne d'épine ; le sceptre sa royauté, le bois de la crucifixion dressée au calvaire.
« Quand j'aurai été élevé de terre j'attirerai tout à moi. » (Jn 12,32).
Pour Jean l'évangéliste, l'élévation du crucifié sur le poteau de la croix, c'est l'Heure où se manifeste sa Royauté, celle de l'amour, par l'offrande de lui-même à son Père et pour le salut de ses frères humains, les arrachant au pouvoir du Mal : « C'est maintenant le jugement de ce monde. Maintenant, le Prince de de monde va être jeté dehors. » (Jn 12,31)

Présents à l'envers du monde, avec Lui.
L'invitation de Jésus adresse à ses apôtres de mettre leur ambition dans l'a pratique du service, s'adresse également aux disciples que nous désirons être. A chacun de découvrir comment il se fera disciple-serviteur.
Un exemple. Avant d'entrer dans l'Ordre, Bruno Cadoré, le maître général des Dominicains,
a exercé la médecine en pédiatrie ici à Strasbourg. (Voir son livre témoignage Avec Lui, écouter l'envers du monde, Cerf, 2018) Il s'est trouvé confronté à la maladie et à la mort. Un jour, un jeune garçon lui confie : « Mes parents ont peur que je meure, il faut les aider. » Effectivement ce garçon est décédé. Une autre fois, une fillette lui demande: « Que veux-tu que je dise au petit Jésus pour toi... tu sais bien que je vais le voir avant toi. » (p .29)
Devenu Dominicain, Frère Bruno remplace le service militaire par deux années de coopération en Haïti, l'un des pays les plus pauvres de la planète. Il partage la vie des petites communautés villageoises menacées par les Tontons macoûtes. Il découvre combien la foi de ces pauvres est pour eux une force vitale. « J'ai compris que la proclamation de l'Evangile peut métamorphoser l'homme, transfigurer l'Eglise et changer le monde. Et que quelqu'un, qui est Dieu, est présent » à la fragilité humaine, dans les profondeurs de sa « déréliction » ( p.47). Ce que frère Bruno appelle l' Envers du monde.

Témoin de la Vérité.
Jésus vient de dire à Pilate : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Réplique de Pilate, sceptique : « Qu'est-ce que la vérité ? » Réponse de Jésus : « Tout homme qui appartient à la Vérité écoute ma voix.»
Pour nous, la vérité du Christ, est à écouter dans nos fragilités et dans celles des autres. C'est là que se manifeste la Miséricorde.

Fr Jacques-François Vergonjeanne
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Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 25 novembre 2018 en la solennité du Christ Roi de lUnivers (Daniel 7,13-14   ;  Apocalypse 1,5-8 ;  Jn 18,33b-37)

LE PROCÈS FAIT A JÉSUS EST EN RÉALITÉ CELUI DES  PUISSANCES DE CE MONDE 

Jésus devant Pilate .
Les mains liées, Jésus est seul devant son juge, pas davocat pour assurer sa défense.Ses accusateurs nont pas daigné entrer dans le prétoire, le tribunal de Pilate. Ils restent à lextérieur, comme une meute, impatients de sonner lhallali. Jésus, seul, face au représentant du tout-puissant empire romain. Cest celui que nous célébrons aujourdhui comme Souverain de lUnivers ( 2ème lecture).
Cette glorification dun Fils dhomme (1ère lecture), condamné à la mort, est-ce concevable ? Est-ce digne de foi ?

Pilate devant son Juge .
Le chef daccusation mis en avant par ses ennemis est de nature politique: Jésus se dit Roi des Juifs.
Une menace pour lempire romain ?  Quand le camarade Staline,  était le maître absolu de lURSS, 
la deuxième puissance mondiale, il pouvait se permettre de lancer, par dérision: le pape (il sagissait de Pie XII) combien de divisions ? 
« Es-tu le roi des Juifs ?» demande Pilate. « Ma royauté ne vient pas de ce monde , répond laccusé. Si ma royauté venait de ce monde, jaurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » Pilate est rassuré, laccusé se dit roi mais dun Royaume qui nest pas de cette terre. Le pouvoir de lempire nest pas menacé. Mais, dans trois siècles, le christianisme aura conquis Rome. Quant à lempire de Staline, il seffondrera de lui-même en 1989 et un pape, Jean-Paul II,  y aura contribué.
Si nous regardons ce procès, avec les yeux de lévangéliste, nous comprenons que le juge, cest Jésus qui se dresse en Juge et qui condamne le gouverneur romain et les puissances de ce monde.

La royauté du Serviteur.
Jésus avait mis en garde ses apôtres, tentés par lexercice  du pouvoir : « Vous le savez, ceux quon regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands, sous leur domination. Il ne doit pas en être pas en être ainsi parmi vous. Au contraire, si quelquun veut être grand parmi vous, quil soit votre serviteur. Cest ainsi que le Fils de lHomme nest pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mt 20,25-28)
En ce monde, la couronne et le sceptre, sont des symboles du pouvoir. La couronne  de Jésus, sera  une couronne dépine ; le sceptre sa royauté, le bois de la crucifixion dressée au calvaire.
« Quand jaurai été élevé de terre jattirerai tout à moi. » (Jn 12,32).
Pour Jean lévangéliste, lélévation du crucifié sur le poteau de la croix, cest lHeure où se manifeste sa Royauté, celle de lamour, par loffrande de lui-même à son Père  et pour le salut de ses frères humains, les arrachant au pouvoir du Mal : « Cest maintenant le jugement de ce monde. Maintenant, le Prince de de monde va être jeté dehors. » (Jn 12,31) 

Présents à lenvers du monde, avec Lui.
Linvitation de Jésus  adresse à ses apôtres de mettre leur ambition  dans la pratique du service, sadresse également aux disciples que nous désirons être. A chacun de découvrir comment il se fera disciple-serviteur. 
Un exemple. Avant dentrer dans lOrdre, Bruno Cadoré, le maître général des Dominicains, 
 a exercé la médecine en pédiatrie ici à Strasbourg. (Voir son livre témoignage Avec Lui, écouter  lenvers du monde, Cerf, 2018) Il sest trouvé confronté à la maladie et à la mort. Un jour, un jeune garçon lui confie : « Mes parents ont peur que je meure, il faut les aider. » Effectivement ce garçon est décédé. Une autre fois, une fillette lui demande: « Que veux-tu que je dise au petit Jésus pour toi... tu sais bien que je vais le voir avant toi. »  (p .29)
Devenu Dominicain, Frère Bruno remplace le service militaire par deux années de coopération en Haïti, lun des pays les plus pauvres de la planète. Il partage la vie des petites communautés villageoises menacées par les Tontons macoûtes. Il découvre combien la foi de ces pauvres est pour eux une force vitale. « Jai compris que la proclamation de lEvangile peut métamorphoser lhomme, transfigurer lEglise et changer le monde. Et que quelquun, qui est Dieu, est présent »  à la fragilité humaine, dans les profondeurs de sa « déréliction » ( p.47). Ce que frère Bruno appelle l Envers du monde.

Témoin de la Vérité.
Jésus vient de dire à Pilate :   « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Réplique de Pilate, sceptique : «  Quest-ce que la vérité ? » Réponse de Jésus :  « Tout homme qui appartient à la Vérité écoute ma voix.»
Pour nous, la vérité du Christ, est à écouter dans nos fragilités et dans celles des autres. Cest là que se manifeste la Miséricorde.

Fr Jacques-François  Vergonjeanne

Image ( probablement tiré d'un Livre d'Heures ) daté par les costumes et il y a déjà une coiffe d'évêque pour sans doute symboliser une haute autorité religieuse du Temple de Jérusalem ! ! Et une belle homélie ! !

3 semaines il y a
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Le mercredi 07/11/18

En ce jour où nous fêtons les saints et les saintes de notre ordre, le frère Pierre Raffin fait mémoire du frère Pierre Claverie O.P., évêque d'Oran jusqu'à son assassinat en 1996 et qui sera béatifié le 8 décembre prochain:

"A chaque Toussaint de l’Ordre, je fais mémoire de tous les frères et sœurs, que j’ai connus en plus de soixante ans de vie dominicaine et que je considère comme des saints. Or, il se trouve cette année que l’un d’entre eux sera, dans quelques semaines, officiellement déclaré bienheureux à Oran, dont il a été l’évêque de 1981 à 1996, le frère Pierre Claverie.

Le soir du 8 décembre 1959, il arrivait du noviciat de Lille, où il venait de faire profession temporaire, au couvent d’études du Saulchoir, où j’étais depuis deux ans. Il avait à la fois le charme du jeune pied noir chaleureux et convaincu et la maturité d’un homme ordonné et organisé. Ses frères de noviciat ne se privaient pas de dire qu’il avait été le plus ferme soutien d’un maître des novices dépressif, le frère Dominique Delalande, qui avait eu du mal à achever l’année de noviciat 1958-59.

Au studentat, où nous étions alors 51 frères étudiants, il participait activement à la vie commune en tous ses éléments et donnait le témoignage d’un frère discret et assidu à la prière commune, aux études et à la détente fraternelle. Nous étions alors en pleine guerre d’Algérie et lorsqu’on échangeait avec lui, il confiait facilement ses préoccupations pour ce pays où il était né et avait passé son enfance et sa jeunesse, à l’ombre du couvent dominicain d’Alger – alors très Algérie française – et de sa célèbre troupe scout, la Saint-Do.

J’appréciais vivement ce frère et éprouvais pour lui une véritable sympathie. Au terme de l’année 1959-60, je partis pour le Liban accomplir comme détaché mes obligations militaires. Je n’en revins qu’en septembre 1962, alors que Pierre Claverie venait de partir au service militaire, récemment réduit de vingt-quatre à dix-huit mois. Je ne le retrouverais donc qu’en 1963-64, alors que je me préparais à l’ordination presbytérale. Pierre Claverie et moi avions alors beaucoup à partager. Au Liban, j’avais fait la découverte non seulement des églises orientales, mais de l’Islam et des chrétiens de langue arabe. Je n’excluais pas de consacrer ma vie dominicaine aux pays arabes, conformément aux engagements de notre Province, qui envisageait alors une fondation à Beyrouth. Pierre Claverie avait mûri, il portait un autre regard sur l’Algérie et les pays arabes et nous nous retrouvions souvent autour de ces pôles d’intérêt. Lorsque je fus ordonné prêtre, le 5 juillet 1964, il fut du petit groupe de frères qui m’accompagnèrent pour ma première messe et il fut un peu adopté par mes parents qui, disait-il, ressemblaient aux siens.

L’année 1964-1965, Pierre faisait à son tour partie du groupe des diacres, alors que j’étais jeune père et, par là-même, selon l’organisation interne du Saulchoir en communautés bien tranchées, un peu séparé de lui. Son ordination, le 4 juillet 1965, me permit de faire la connaissance de ses parents, des personnes merveilleuses de délicatesse et riches en capacités d’amitié. Je les retrouverais avec plaisir à Alger, en octobre 1981, à l’occasion de l’ordination épiscopale de Pierre.

Nous nous retrouvâmes, l’année 1965-66, dans la communauté des jeunes pères, où nous échangions beaucoup sur le futur de notre vie dominicaine. Pour lui, c’était assez clair, il retournerait en Algérie, dans un couvent dominicain, renouvelé dans sa composition, tourné désormais vers l’Algérie et non plus vers la communauté française. Pierre jouissait de l’estime des frères qui lui reconnaissaient de nombreuses qualités : on le voyait père maître, prieur et pourquoi pas provincial… Quand on parlait avec lui, on comprenait qu’il avait vécu un véritable drame intérieur : passer de l’Algérie française à une autre Algérie n’avait pu se faire pour lui que dans les souffrances et bien des ruptures ; en même temps, l’épreuve avait fortifié sa belle maturité qui marquait ses premières années dominicaines.

Au terme de l’année scolaire 1965-66, j’étais envoyé à Toulouse pour faire l’habilitation au doctorat en théologie à l’Institut catholique ; Pierre terminait sa formation au Saulchoir, prélude à une assignation prochaine au couvent d’Alger. Nous fûmes alors plusieurs années sans nous revoir, mais nous restions attentifs à nos itinéraires respectifs.

De ces années de formation commune, je dirai qu’en ses jeunes années dominicaines, Pierre a donné les signes précurseurs du dominicain, du prêtre et de l’évêque qu’il fut en Algérie, un homme mûr et prudent – au sens où l’entend saint Thomas d’Aquin -, avec de grandes capacités relationnelles et une vie spirituelle profonde.

C’est au cours des années 1975-1987 que nous nous retrouvâmes, à Paris. Comme secrétaire de la Province, j’étais présent au chapitre provincial et aux conseils provinciaux auxquels il participa depuis 1975. Ensuite, à partir de 1978, comme prieur du couvent de l’Annonciation, je l’accueillais lors de ses venues à Paris. Le couvent de l’Annonciation comptait alors plusieurs frères anciens d’Alger, dont le Père Louis Lefèvre grand aumônier de la Saint-Do. Ces frères me permirent de mieux comprendre l’enfance et l’adolescence de Pierre à Alger. A l’occasion du décès de plusieurs d’entre eux, je découvris la Saint-Do d’Alger et, à la mort du Père Lefèvre, les anciens de la Saint-Do me pressèrent de ne pas les abandonner, si bien que, jusqu’à mon départ de Paris pour Metz en 1987, je fus de loin en loin leur aumônier… A chaque séjour de Pierre à Paris, nous prenions du temps ensemble : il me parlait de ce qu’il vivait en Algérie, mais aussi du Proche-Orient où il se rendait de temps à autre. La Province l’avait d’ailleurs chargé d’une sorte d’audit sur l’IDEO du Caire. Lorsqu’il était à Paris, je l’emmenais souvent dîner chez ma mère qui lui préparait les petits plats qu’il affectionnait…

Ses informations et sa réflexion étaient profondes et sérieuses, on pouvait miser sur elles. Il avait en même temps une bonne connaissance des personnes et un grand respect pour elles. C’était un conseiller provincial sage et averti, surtout pour tout ce qui concernait le monde arabe. En même temps, ceux qui le connaissaient le mieux pressentaient que ses engagements en Algérie débordaient le monde dominicain proprement dit et les priveraient peut-être un jour de son immédiate collaboration. C’est ce qui se produisit en mai 1981, lorsqu’il fut élu évêque d’Oran pour succéder à Mgr Teissier, nommé archevêque coadjuteur d’Alger. A peine nommé évêque, Pierre me confia le soin de rassembler ce qui lui serait nécessaire : crosse et mitre, anneau pastoral et croix pectorale… En octobre 1981, j’accompagnais le Père Raulin, provincial, pour l’ordination. Je me souviens d’avoir eu quelques difficultés avec les douaniers algériens pour passer sa crosse et faire comprendre ce dont il s’agissait ! A Alger, je fus frappé de l’estime dont jouissait Pierre, de la profondeur de son enracinement, de son aisance à parler la langue arabe : à la fin de son ordination, il s’exprima longuement en arabe sans aucune note…

De 1981 à 1987, nous nous revîmes assez souvent à l’occasion de ses passages à Paris et, même s’il ne jouissait plus dans l’Ordre de la voix active et passive, on avait recours à ses avis. Bien des échos positifs nous parvenaient de la manière dont il s’acquittait de sa mission épiscopale à Oran, notamment de la part des sœurs dominicaines de la Présentation qui étaient alors à l’évêché : elles étaient impressionnées par sa simplicité, sa profondeur spirituelle, son esprit de pauvreté, son ardeur à la prière commune…

En 1987, je fus à mon tour appelé à l’épiscopat et, tout naturellement, je lui demandai d’être co-consécrateur à mon ordination à la cathédrale de Metz. Pierre vint à Metz, accompagné de Maître Rahal Redouane, avocat à Oran, qui est devenu depuis un ami et qui ne manque jamais de m’adresser ses vœux.

Devenus l’un et l’autre évêques dans des contextes très différents, les relations épistolaires et téléphoniques ne manquèrent pas entre nous deux, ainsi que des échanges entre nos deux diocèses. Le diocèse de Metz comptait alors dans son presbyterium des prêtres naguère incardinés à Oran et qui, après 1961, avaient fait le choix d’un diocèse de la métropole ; ils furent, en Moselle, d’excellents pasteurs. A plusieurs reprises, le diocèse de Metz reçut la visite de Mgr Claverie : il y fit des conférences publiques et m’aida dans la rédaction d’une lettre pastorale sur l’Islam. A travers toutes ces relations, je perçus mieux quel type d’homme il était devenu, un homme de prière et de foi, un homme clairvoyant, libre et courageux, défendant les droits de l’Église au nom de l’Islam lui-même et de sa crédibilité, ne revendiquant d’autre privilège que celui d’apporter sa libre contribution au développement intégral de l’Algérie. Il percevait avec une vive acuité la vocation et la mission d’une Église servante et pauvre, renonçant à tout prosélytisme, apportant sa contribution désintéressée à un pays avec lequel il avait choisi de se lier, récusant tous les fanatismes d’où qu’ils viennent. C’est l’amour de l’Algérie qui le poussait à s’exprimer pour son seul bien, plus que pour la défense des intérêts de l’Église catholique. Comme beaucoup d’autres frères et sœurs de l’Ordre, il se tenait avec lucidité et courage sur cette ligne de fracture, et c’est cela qui l’a conduit à être éliminé brutalement, avec son merveilleux jeunes chauffeur musulman Mohamed Bouchikry, le 1er août 1996. Quelques semaines auparavant, fin juin, son homélie au rassemblement de la Saint-Do à Prouilhe était prémonitoire : il se savait menacé, d’aucuns le pressaient de rentrer en France, mais il avait donné sa vie à l’Algérie, rien ne pouvait l’arrêter. Il lui arrivait d’ajouter : Rien que pour un homme comme Mohamed, cela vaut la peine de rester !

C’est à Lourdes, où je me trouvais avec le pèlerinage du diocèse de Metz, que j’appris la nouvelle au moment du petit déjeuner. J’allais ensuite célébrer la messe à la grotte et je me souviens d’avoir dit alors aux pèlerins : Je pleure, mais je suis fier de lui ! Me revenait à la mémoire la lettre magnifique du Maître de l’Ordre, Antonin Brémond, le 20 septembre 1748, à la suite du martyre de plusieurs frères en Chine et au Vietnam, dans laquelle il rend grâce au Seigneur d’avoir choisi comme martyrs des frères d’aujourd’hui ! Sollicité par le secrétaire de la Conférence épiscopale de représenter les évêques de France à ses funérailles le 5 août à Oran, je dus y renoncer, ne pouvant abandonner à Lourdes le pèlerinage du diocèse. Fort heureusement, le frère Albert-Marie de Monléon, alors évêque de Pamiers, nous y représenta. A son retour, il nous adressa un compte-rendu dans lequel il disait : En écoutant les uns et les autres, tant à Alger qu’à Oran, au cours des quarante-huit heures passées là-bas, il m’est apparu que les chrétiens d’Algérie sont sensibles au fait qu’il ne faut pas dissocier la mort de Mgr Claverie et des autres prêtres, religieuses et religieux, de celle de centaines d’Algériens de toutes conditions, assassinés, presque quotidiennement, souvent de manière horrible. C’est ce que continuent de rappeler aujourd’hui les évêques d’Algérie.

En 1998, la Providence voulut, que, pour lui succéder à l’évêché d’Oran, fût choisi un prêtre originaire de Moselle, mais incardiné à Alger, Alphonse Georger. Il souhaitait être ordonné évêque à la cathédrale de Metz, où mon prédécesseur l’avait naguère ordonné prêtre. L’ordination eut lieu le 16 août 1998 et fut présidée par Mgr Joseph Duval, neveu du Cardinal, entouré de Mgr Teissier et de moi-même. Nous le fêtions tout autant pour lui-même que comme le successeur de Pierre Claverie à Oran. En venant à Metz, Mgr Georger m’apporta un beau cadeau : la mitre et la calotte violette de Pierre Claverie. Les considérant d’abord comme des reliques, je les plaçai dans une vitrine à l’évêché de Metz jusqu’au jour où recevant le cardinal Gantin, préfet de la congrégation pour les évêques,celui-ci m’enjoignit de les utiliser : il était doublement votre frère, comme dominicain et comme évêque, portez-les. Et c’est ce que je fais aujourd’hui.

Je n’ai jamais pu réaliser mon désir de me rendre à Oran du vivant de Pierre. J’ai fait deux fois le voyage depuis sa mort. La première fois, sous l’épiscopat de Mgr Georger, et la deuxième, pour l’ordination épiscopale du frère Jean-Paul Vesco. Ce fut à chaque fois un grand réconfort de pouvoir prier sur sa tombe. Les murs de l’oratoire portent encore les traces des sangs mêlés de Pierre et de Mohamed, car l’explosion de la bombe projeta sur eux la porte qui écrasa leurs deux corps. C’est pour moi un signe bouleversant du pasteur que Pierre a voulu être à Oran et en Algérie.

Bienheureux Pierre, te voilà inscrit, dans le Propre liturgique de l’Ordre, comme évêque martyr, intercède auprès de Dieu pour que tes frères évêques et tes frères dominicains aient le courage et l’audace des apôtres pour annoncer à temps et à contre-temps la parole de vie ! Amen !"

7 novembre 2018, + fr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz
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En ce jour où nous fêtons les saints et les saintes de notre ordre, le frère Pierre Raffin fait mémoire du frère Pierre Claverie O.P., évêque dOran jusquà son assassinat en 1996 et qui sera béatifié le 8 décembre prochain: 

A chaque Toussaint de l’Ordre, je fais mémoire de tous les frères et sœurs, que j’ai connus en plus  de soixante ans de vie  dominicaine et que je considère comme des saints. Or, il se trouve cette année que l’un d’entre eux sera,  dans quelques semaines, officiellement déclaré bienheureux à Oran, dont il a été l’évêque de 1981 à 1996, le frère Pierre Claverie.

 Le soir du 8 décembre 1959, il arrivait du noviciat de Lille, où il venait de faire profession temporaire, au couvent d’études du Saulchoir, où j’étais depuis deux ans. Il avait à la fois le charme du jeune pied noir chaleureux et convaincu et la maturité d’un homme ordonné et organisé. Ses frères de noviciat ne se privaient pas de dire qu’il avait été le plus ferme soutien d’un maître des novices dépressif, le frère Dominique Delalande, qui avait eu du mal à achever l’année de noviciat 1958-59. 

 Au studentat, où nous étions alors 51 frères étudiants, il participait activement à la vie commune en tous ses éléments et donnait le témoignage d’un frère discret et assidu à la prière commune, aux études et à la détente fraternelle. Nous étions alors en pleine guerre d’Algérie et lorsqu’on échangeait avec lui, il confiait facilement ses préoccupations pour ce pays où il était né et avait passé son enfance et sa jeunesse, à l’ombre du couvent dominicain d’Alger – alors très  Algérie française – et de sa célèbre troupe scout, la Saint-Do.

 J’appréciais vivement ce frère et éprouvais pour lui une véritable sympathie. Au terme de l’année 1959-60, je partis pour le Liban accomplir comme détaché mes obligations militaires. Je n’en revins qu’en septembre 1962, alors que Pierre Claverie venait de partir au service militaire, récemment réduit de vingt-quatre à dix-huit mois. Je ne le retrouverais donc qu’en 1963-64, alors que je me préparais à l’ordination presbytérale. Pierre Claverie et moi  avions alors beaucoup à partager. Au Liban, j’avais fait la découverte non seulement des églises orientales, mais de l’Islam et des chrétiens de langue arabe. Je n’excluais pas de consacrer ma vie dominicaine aux pays arabes, conformément aux engagements de notre Province, qui envisageait alors une fondation à Beyrouth. Pierre Claverie avait mûri, il portait un autre regard sur l’Algérie et les pays arabes et nous nous retrouvions souvent autour de ces pôles d’intérêt. Lorsque je fus ordonné prêtre, le 5 juillet 1964, il fut du petit groupe de frères qui m’accompagnèrent pour ma première messe et il fut un peu adopté par mes parents qui, disait-il, ressemblaient aux siens.

 L’année 1964-1965, Pierre faisait à son tour partie du groupe des diacres, alors que j’étais jeune père et, par là-même, selon l’organisation interne du Saulchoir en communautés bien tranchées, un peu séparé de lui. Son ordination, le 4 juillet 1965, me permit de faire la connaissance de ses parents, des personnes merveilleuses de délicatesse et riches en capacités d’amitié. Je les retrouverais  avec plaisir à Alger, en octobre 1981, à l’occasion de l’ordination épiscopale de Pierre.

 Nous nous retrouvâmes, l’année 1965-66, dans la communauté des jeunes pères, où nous échangions beaucoup sur le futur de notre vie dominicaine. Pour lui, c’était assez clair, il retournerait en Algérie, dans un couvent dominicain, renouvelé dans sa composition, tourné désormais vers l’Algérie et non plus vers la communauté française. Pierre jouissait de l’estime des frères qui lui reconnaissaient de nombreuses qualités : on le voyait père maître, prieur et pourquoi pas provincial… Quand on parlait avec lui, on comprenait qu’il avait vécu un véritable drame intérieur : passer de l’Algérie française à une autre Algérie n’avait pu se faire pour lui que dans les souffrances et bien des ruptures ; en même temps, l’épreuve avait fortifié sa belle maturité qui marquait ses premières années dominicaines. 

 Au terme de l’année scolaire 1965-66, j’étais envoyé à Toulouse pour faire l’habilitation au doctorat en théologie à l’Institut catholique ; Pierre terminait sa formation au Saulchoir, prélude à une assignation prochaine au couvent d’Alger. Nous fûmes alors plusieurs années sans nous revoir, mais nous restions attentifs à nos itinéraires respectifs.

 De ces années de formation commune, je dirai qu’en ses jeunes années dominicaines, Pierre a donné les signes précurseurs du dominicain, du prêtre et de l’évêque qu’il fut en Algérie, un homme mûr et prudent – au sens où l’entend saint Thomas d’Aquin -, avec de grandes capacités relationnelles et une vie spirituelle profonde.

 C’est au cours des années 1975-1987 que nous nous retrouvâmes, à Paris. Comme secrétaire de la Province, j’étais présent au chapitre provincial et aux conseils provinciaux auxquels il participa  depuis  1975. Ensuite, à partir de 1978, comme prieur du couvent de l’Annonciation, je l’accueillais lors de ses venues à Paris. Le couvent de l’Annonciation comptait alors plusieurs frères anciens d’Alger, dont le Père Louis Lefèvre grand aumônier de la Saint-Do. Ces frères me permirent de mieux comprendre l’enfance et l’adolescence de Pierre à Alger. A l’occasion du décès de plusieurs d’entre eux, je découvris la Saint-Do d’Alger et, à la mort du Père Lefèvre, les anciens de la Saint-Do me pressèrent de ne pas les abandonner, si bien que, jusqu’à mon départ de Paris pour Metz en 1987, je fus de loin en loin leur aumônier… A chaque séjour de Pierre à Paris, nous prenions du temps ensemble : il me parlait de ce qu’il vivait en Algérie, mais aussi du Proche-Orient où il se rendait de temps à autre. La Province l’avait d’ailleurs chargé d’une sorte d’audit sur l’IDEO du Caire. Lorsqu’il était à Paris, je l’emmenais souvent dîner chez ma mère qui lui préparait les petits plats qu’il affectionnait…

 Ses informations et sa réflexion étaient profondes et sérieuses, on pouvait miser sur elles. Il avait en même temps une bonne connaissance des personnes et un grand respect pour elles. C’était un conseiller provincial sage et averti, surtout pour tout ce qui concernait le monde arabe. En même temps, ceux qui le connaissaient le mieux pressentaient que ses engagements en Algérie débordaient le monde dominicain proprement dit et les priveraient peut-être un jour de son immédiate collaboration. C’est ce qui se produisit en mai 1981, lorsqu’il fut élu évêque d’Oran pour succéder à Mgr Teissier, nommé archevêque coadjuteur d’Alger. A peine nommé évêque, Pierre me confia le soin de rassembler ce qui lui serait nécessaire : crosse et mitre, anneau pastoral et croix pectorale… En octobre 1981, j’accompagnais le Père Raulin, provincial, pour l’ordination. Je me souviens d’avoir eu quelques difficultés avec les douaniers algériens pour passer sa crosse et faire comprendre ce dont il s’agissait ! A Alger, je fus frappé de l’estime dont jouissait Pierre, de la profondeur de son enracinement, de son aisance à parler la langue arabe : à la fin de son ordination, il s’exprima longuement en arabe sans aucune note…

 De 1981 à 1987, nous nous revîmes assez souvent à l’occasion de ses passages à Paris et, même s’il ne jouissait plus dans l’Ordre de la voix active et passive, on avait recours à ses avis. Bien des échos positifs nous parvenaient de la manière dont il s’acquittait de sa mission épiscopale à Oran, notamment de la part des sœurs dominicaines de la Présentation qui étaient  alors à l’évêché : elles étaient impressionnées par sa simplicité, sa profondeur spirituelle, son esprit de pauvreté, son ardeur à la prière commune…

 En 1987, je fus à mon tour appelé à l’épiscopat et, tout naturellement, je lui demandai d’être co-consécrateur à mon ordination à la cathédrale de Metz. Pierre vint à Metz, accompagné de Maître Rahal Redouane, avocat à Oran, qui est devenu depuis un ami et qui ne manque jamais de m’adresser ses vœux.

 Devenus l’un et l’autre évêques dans des contextes très différents, les relations épistolaires et téléphoniques ne manquèrent pas entre nous deux, ainsi que des échanges entre nos deux diocèses. Le diocèse de Metz comptait alors dans son presbyterium des prêtres naguère incardinés à Oran et qui, après 1961, avaient fait le choix d’un diocèse de la métropole ; ils furent, en Moselle, d’excellents pasteurs. A plusieurs reprises, le diocèse de Metz reçut la visite de Mgr Claverie : il y fit des conférences publiques et m’aida dans la rédaction d’une lettre pastorale sur l’Islam. A travers toutes ces relations, je perçus mieux quel type d’homme il était devenu, un homme de prière et de foi, un homme clairvoyant, libre et courageux, défendant les droits de l’Église au nom de l’Islam lui-même et de sa crédibilité, ne revendiquant d’autre privilège que celui d’apporter sa libre contribution au développement intégral de l’Algérie. Il percevait avec une vive acuité la vocation et la mission d’une Église servante et pauvre, renonçant à tout prosélytisme, apportant sa contribution  désintéressée à un pays avec lequel il avait choisi de se lier, récusant tous les fanatismes d’où qu’ils viennent. C’est l’amour de l’Algérie qui le poussait à s’exprimer pour son seul bien, plus que pour la défense des intérêts de l’Église catholique. Comme beaucoup d’autres frères et sœurs de l’Ordre, il se tenait avec lucidité et courage sur cette ligne de fracture, et c’est cela qui l’a conduit à être éliminé brutalement, avec son merveilleux jeunes chauffeur musulman Mohamed Bouchikry, le 1er août 1996. Quelques semaines auparavant, fin juin, son homélie au rassemblement de la Saint-Do à Prouilhe était prémonitoire : il se savait menacé, d’aucuns le pressaient de rentrer en France, mais il avait donné sa vie à l’Algérie, rien ne pouvait l’arrêter. Il lui arrivait d’ajouter : Rien que pour un homme comme Mohamed, cela vaut la peine de rester !

 C’est à Lourdes, où je me trouvais avec le pèlerinage du diocèse de Metz, que j’appris la nouvelle au moment du petit déjeuner. J’allais ensuite célébrer la messe à la grotte et je me souviens d’avoir dit alors aux pèlerins : Je pleure, mais je suis fier de lui ! Me revenait à la mémoire la lettre magnifique du Maître de l’Ordre, Antonin Brémond, le 20 septembre 1748, à la suite du martyre de plusieurs frères en Chine et au Vietnam, dans laquelle il rend grâce au Seigneur d’avoir choisi comme martyrs des frères d’aujourd’hui ! Sollicité par le secrétaire de la Conférence épiscopale de représenter les évêques de France à ses funérailles le 5 août à Oran, je dus y renoncer, ne pouvant abandonner à Lourdes le pèlerinage du diocèse. Fort heureusement, le frère Albert-Marie de Monléon, alors évêque de Pamiers, nous y représenta. A son retour, il nous adressa un compte-rendu dans lequel il disait : En écoutant les uns et les autres, tant à Alger qu’à Oran, au cours des quarante-huit heures passées là-bas, il m’est apparu que les chrétiens d’Algérie sont sensibles au fait qu’il ne faut pas dissocier la mort de Mgr Claverie et des autres prêtres, religieuses et religieux, de celle de centaines d’Algériens de toutes conditions, assassinés, presque quotidiennement, souvent de manière horrible. C’est ce que continuent de rappeler aujourd’hui les évêques d’Algérie.

 En 1998, la Providence voulut, que, pour lui succéder à l’évêché d’Oran, fût choisi un prêtre originaire de Moselle, mais incardiné à Alger, Alphonse Georger. Il souhaitait être ordonné évêque à la cathédrale de Metz, où mon prédécesseur l’avait naguère ordonné prêtre. L’ordination eut lieu le 16 août 1998 et fut présidée par Mgr Joseph Duval, neveu du Cardinal, entouré de Mgr Teissier et de moi-même. Nous le fêtions tout autant pour lui-même  que comme le successeur de Pierre Claverie à Oran. En venant à Metz, Mgr Georger m’apporta un beau cadeau : la mitre et la calotte violette de Pierre Claverie. Les considérant d’abord comme des reliques, je les plaçai dans une vitrine à l’évêché de Metz jusqu’au jour où recevant le cardinal Gantin, préfet de la congrégation  pour les évêques,celui-ci  m’enjoignit de les utiliser : il était doublement votre frère, comme dominicain et comme évêque, portez-les. Et c’est ce que je fais aujourd’hui.

 Je n’ai jamais pu réaliser mon désir de me rendre à Oran du vivant de Pierre. J’ai fait deux fois le voyage depuis sa mort. La première fois, sous l’épiscopat de Mgr Georger, et la deuxième, pour l’ordination épiscopale du frère Jean-Paul Vesco. Ce fut à chaque fois un grand réconfort de pouvoir prier sur sa tombe. Les murs de l’oratoire portent encore les traces des sangs mêlés de Pierre et de Mohamed, car l’explosion de la bombe projeta sur eux la porte qui écrasa leurs deux corps. C’est pour moi un signe bouleversant du pasteur que Pierre a voulu être à Oran et en Algérie.

 Bienheureux Pierre, te voilà inscrit, dans le Propre liturgique de l’Ordre, comme évêque martyr, intercède auprès de Dieu pour que tes frères évêques et tes frères dominicains aient le courage et l’audace des apôtres pour annoncer à temps et à contre-temps la parole de vie !   Amen !

 7 novembre 2018, + fr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz

Le dimanche 04/11/18

Homélie prononcée par le fr. Nicolas Tixier, O.P., le dimanche 4 Novembre 2018 (31e dimanche TO - B : Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34)

« Tu aimeras, tu aimeras ». C’est bien beau tout ça. On le sait bien qu’être chrétien c’est aimer. On parle bien de « charité chrétienne », non ? Que doit-on encore réentendre ce commandement comme s’il était ignoré… Reparlons-en cependant puisque la liturgie nous y invite. Puisque le Christ lui-même nous y invite en désignant ainsi le premier commandement. Mais à trop parler d’amour ne risque-t-on pas de verser dans la mièvrerie ? Je repensais à cette chanson de la chanteuse Anaïs que l’on entendait il y a quelques années sur les ondes :

Ça dégouline d'amour,
C'est beau mais c'est insupportable.
C'est un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrase :
"Elle est bonne ta quiche, amour"
"Mon cœur, passe-moi la salade"

C’est une chanson humoristique (et les effets de voix de la chanteuse y ajoutent pour beaucoup !) qui parle de la douleur de la solitude et qui se moque gentiment des apparences sucrées de l’amour, les trouvant à la fois (comme elle l’avoue elle-même) très enviables et un peu ridicules aussi. Bien loin de moi l’idée de dénigrer les mots doux qui sont les expressions de l’amour. L’amour en effet se dit. L’amitié n’a pas besoin, elle, d’être dite. Les amis sont amis sans qu’ils aient besoin de se le dire. Les amoureux, eux, ont besoin de parler. Et les mots sont même bien pauvres pour exprimer ce qu’ils voudraient dire à la personne aimée. Alors, comme toutes ces chansons d’amour que l’on n’a pas fini de composer, ils redisent la même chose jusqu’à l’épuisement du langage, jusqu’à ce que la vie prenne le relais des mots.

C’est là toute la question. L’amour ne peut en rester aux mots, aux paroles. L’amour se vit. Il me semble que Jésus ne dit pas autre chose au scribe, et à nous aussi bien sûr. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Point de sucre dans cet amour-là, bien au contraire. Du sel, plutôt. Le sel qui maintient éveillé. Le sel de la relation vivante, piquante, douloureuse parfois. Le sel qui picote et rend attentif, fait dresser l’oreille : « Écoute Israël ! » Le début de la prière juive la plus simple et la plus essentielle. « Écoute ! » « Écoute » dit Dieu, « Écoute qui je suis » (le Seigneur ton Dieu est l’Unique), « Écoute comment tu dois m’aimer ». Comment t’aimerais-je Seigneur ? réponds le croyant avec sincérité. Mais tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Je te le dis si souvent.

Oui, mais les mots ne suffisent pas. L’émotion même ne suffit pas. Le sentiment pas davantage. Alors comment faut-il aimer ? Jésus répond : « de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute force, de toute ton âme ». Le cœur seul ne suffisait donc pas ? Non. Il faut non seulement le cœur (et tout le cœur), mais aussi l’âme (toute l’âme), l’esprit (tout l’esprit) et la force (toute la force). On a beaucoup discuté sur ces quatre facultés humaines : le cœur, l’âme, l’esprit, la force. Que nous dit cette liste dressée par Jésus en reprenant (et en allongeant) l’énumération du Deutéronome ? Elle nous parle d’un entier. L’engagement tout entier du croyant tout entier envers Dieu qui se donne lui-même tout entier. Un engagement, à la fois dans le culte et dans la vie quotidienne.

C’est là qu’intervient le second commandement donné par Jésus. Celui-là n’était pas attendu. Le scribe ne demandait que le premier. Eh bien voilà aussi le second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aimer son prochain comme soi-même, c’est bien la conséquence nécessaire de ce qui vient d’être dit : voici que tout ton être (esprit, âme, cœur, force) est voué à aimer. Tu es fait pour aimer. Alors il te faut aimer ton prochain totalement.

Jésus aurait pu dire « tu aimeras ton prochain de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force, de toute ton âme ». Il a dit autrement (reprenant le Lévitique) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce qui est en soi une exigence. S’aimer soi-même : de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. Aimer totalement implique l’amour de soi, ce qui n’est pas des plus faciles : il me faut affronter mes grandes ou petites tragédies intimes, mon incapacité à sortir de moi-même, mon immaturité, mon péché. Georges Bernanos a bien raison de le dire : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr (…) La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même. »

Peut-être me faut-il alors reconnaître humblement que je ne sais pas vraiment aimer. Dieu, mon frère, moi-même. Aimer vraiment m’est difficile. Il me semble parfois que j’en suis empêché, malgré l’élan des origines. Il faut du temps pour donner à l’amour sa mesure.

Au jour de sa profession solennelle, un frère dominicain se jette par terre les bras en croix étendus sur le sol. Quelques minutes après il fait don de sa vie par des paroles ancestrales, qu’il fait précéder de la mention capitale : « moi, frère untel, je ». C’est là l’expression de son amour. Au jour d’un mariage un couple échange des consentements « moi je te reçois comme époux », « moi je te reçois comme épouse ». Don total. A chaque fois, quelques mots, dont on comprend le sens sans bien le comprendre pourtant. Une minute tout au plus pour donner sa vie. Qu’est-ce qui suit ? La vie justement. La vie comme la continuation de ce qui a été dit, promis. La vie avec le sel de ses épreuves et de ses combats. Les chahuts de l’existence. Le doute parfois. Qu’ai-je dit quand j’ai parlé ? Qu’ai-je dit quand j’ai promis ?

C’est alors que levant les yeux nous pouvons contempler le visage de celui qui a parlé et promis le premier. Celui qui nous a aimés le premier. Jésus-Christ dont les paroles sont bien plus que des mots. « Ceci est mon corps livré pour vous ». « Ceci est mon sang versé pour vous ». Esprit, âme, force, cœur. Tout est résumé, tout est dit. Le repas annonce le don de Jésus pour le salut du monde.

Le don suivra. Total. Définitif. Sans partage. Comme une manière divine de dire ce qu’est aimer. « S’offrant lui-même une fois pour toutes » disait l’épître aux Hébreux. Esprit, âme, force, cœur. Le don de Jésus sur la Croix. Le don de Jésus ce soir dans cette eucharistie. Comme s’il signait du poids de sa vie sa déclaration d’amour aux hommes.

C’est là, bien là, dans ce don de Dieu, que nous apprenons nous-mêmes à aimer.
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Homélie prononcée par le fr. Nicolas Tixier, O.P., le dimanche 4 Novembre 2018 (31e dimanche TO - B : Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34) 

« Tu aimeras, tu aimeras ». C’est bien beau tout ça. On le sait bien qu’être chrétien c’est aimer. On parle bien de « charité chrétienne », non ? Que doit-on encore réentendre ce commandement comme s’il était ignoré… Reparlons-en cependant puisque la liturgie nous y invite. Puisque le Christ lui-même nous y invite en désignant ainsi le premier commandement. Mais à trop parler d’amour ne risque-t-on pas de verser dans la mièvrerie ? Je repensais à cette chanson de la chanteuse Anaïs que l’on entendait il y a quelques années sur les ondes :

Ça dégouline damour,
Cest beau mais cest insupportable.
Cest un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrase :
Elle est bonne ta quiche, amour
Mon cœur, passe-moi la salade

C’est une chanson humoristique (et les effets de voix de la chanteuse y ajoutent pour beaucoup !) qui parle de la douleur de la solitude et qui se moque gentiment des apparences sucrées de l’amour, les trouvant à la fois (comme elle l’avoue elle-même) très enviables et un peu ridicules aussi. Bien loin de moi l’idée de dénigrer les mots doux qui sont les expressions de l’amour. L’amour en effet se dit. L’amitié n’a pas besoin, elle, d’être dite. Les amis sont amis sans qu’ils aient besoin de se le dire. Les amoureux, eux, ont besoin de parler. Et les mots sont même bien pauvres pour exprimer ce qu’ils voudraient dire à la personne aimée. Alors, comme toutes ces chansons d’amour que l’on n’a pas fini de composer, ils redisent la même chose jusqu’à l’épuisement du langage, jusqu’à ce que la vie prenne le relais des mots. 

C’est là toute la question. L’amour ne peut en rester aux mots, aux paroles. L’amour se vit. Il me semble que Jésus ne dit pas autre chose au scribe, et à nous aussi bien sûr. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Point de sucre dans cet amour-là, bien au contraire. Du sel, plutôt. Le sel qui maintient éveillé. Le sel de la relation vivante, piquante, douloureuse parfois. Le sel qui picote et rend attentif, fait dresser l’oreille : « Écoute Israël ! » Le début de la prière juive la plus simple et la plus essentielle. « Écoute ! » « Écoute » dit Dieu, « Écoute qui je suis » (le Seigneur ton Dieu est l’Unique), « Écoute comment tu dois m’aimer ». Comment t’aimerais-je Seigneur ? réponds le croyant avec sincérité. Mais tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Je te le dis si souvent.

Oui, mais les mots ne suffisent pas. L’émotion même ne suffit pas. Le sentiment pas davantage. Alors comment faut-il aimer ? Jésus répond : « de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute force, de toute ton âme ». Le cœur seul ne suffisait donc pas ? Non. Il faut non seulement le cœur (et tout le cœur), mais aussi l’âme (toute l’âme), l’esprit (tout l’esprit) et la force (toute la force). On a beaucoup discuté sur ces quatre facultés humaines : le cœur, l’âme, l’esprit, la force. Que nous dit cette liste dressée par Jésus en reprenant (et en allongeant) l’énumération du Deutéronome ? Elle nous parle d’un entier. L’engagement tout entier du croyant tout entier envers Dieu qui se donne lui-même tout entier. Un engagement, à la fois dans le culte et dans la vie quotidienne.

C’est là qu’intervient le second commandement donné par Jésus. Celui-là n’était pas attendu. Le scribe ne demandait que le premier. Eh bien voilà aussi le second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aimer son prochain comme soi-même, c’est bien la conséquence nécessaire de ce qui vient d’être dit : voici que tout ton être (esprit, âme, cœur, force) est voué à aimer. Tu es fait pour aimer. Alors il te faut aimer ton prochain totalement. 

Jésus aurait pu dire « tu aimeras ton prochain de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force, de toute ton âme ». Il a dit autrement (reprenant le Lévitique) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce qui est en soi une exigence. S’aimer soi-même : de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. Aimer totalement implique l’amour de soi, ce qui n’est pas des plus faciles : il me faut affronter mes grandes ou petites tragédies intimes, mon incapacité à sortir de moi-même, mon immaturité, mon péché. Georges Bernanos a bien raison de le dire : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr (…) La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même. » 

Peut-être me faut-il alors reconnaître humblement que je ne sais pas vraiment aimer. Dieu, mon frère, moi-même. Aimer vraiment m’est difficile. Il me semble parfois que j’en suis empêché, malgré l’élan des origines. Il faut du temps pour donner à l’amour sa mesure.

Au jour de sa profession solennelle, un frère dominicain se jette par terre les bras en croix étendus sur le sol. Quelques minutes après il fait don de sa vie par des paroles ancestrales, qu’il fait précéder de la mention capitale : « moi, frère untel, je ». C’est là l’expression de son amour. Au jour d’un mariage un couple échange des consentements « moi je te reçois comme époux », « moi je te reçois comme épouse ». Don total. A chaque fois, quelques mots, dont on comprend le sens sans bien le comprendre pourtant. Une minute tout au plus pour donner sa vie. Qu’est-ce qui suit ? La vie justement. La vie comme la continuation de ce qui a été dit, promis. La vie avec le sel de ses épreuves et de ses combats. Les chahuts de l’existence. Le doute parfois. Qu’ai-je dit quand j’ai parlé ? Qu’ai-je dit quand j’ai promis ?

C’est alors que levant les yeux nous pouvons contempler le visage de celui qui a parlé et promis le premier. Celui qui nous a aimés le premier. Jésus-Christ dont les paroles sont bien plus que des mots. « Ceci est mon corps livré pour vous ». « Ceci est mon sang versé pour vous ». Esprit, âme, force, cœur. Tout est résumé, tout est dit. Le repas annonce le don de Jésus pour le salut du monde.

Le don suivra. Total. Définitif. Sans partage. Comme une manière divine de dire ce qu’est aimer. « S’offrant lui-même une fois pour toutes » disait l’épître aux Hébreux. Esprit, âme, force, cœur. Le don de Jésus sur la Croix. Le don de Jésus ce soir dans cette eucharistie. Comme s’il signait du poids de sa vie sa déclaration d’amour aux hommes.

C’est là, bien là, dans ce don de Dieu, que nous apprenons nous-mêmes à aimer.

Très belle et actuelle homélie, amour, mot tellement galvaudé par les temps qui courent don d’amour , amour unique, inconditionnel, Jésus sera avant tout pour moi, Amour, toujours....

1 mois il y a
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C''était beau avec en plus le romantique fr. Nicolas Tixier o. P.

1 mois il y a
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Le jeudi 01/11/18

Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P., le 1er novembre 2018 en la fête de la Toussaint :

Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles Amen ! ... Dans cette hymne d’adoration envers Dieu, nous ressentons toute la joie qui éclate de cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, cette foule des saints et des saintes venant de toutes nations, tribus, peuples et langues qui se tiennent devant Dieu en extase. Ils sont animés d’une joie profonde, intense, qui les élèvent au-dessus d’eux-mêmes. Cette joie, ils l’ont acquise dans le sang de l’agneau. Délivrés des chaînes qui entravaient leur ancienne vie, ils sont passés par l’épreuve, par la dépossession, par un renoncement à soi, pour accéder à la vie nouvelle.

Nous éprouvons toute sorte de joie dans nos vies. Les plus grandes surgissent dans des moments privilégiés où nous avons la sensation de renaître à la vie. On imagine que c’est cette joie là que la foule immense éprouve devant Dieu. la joie radicale d’une vie nouvelle et libre. Dieu est là. Ils le contemplent.

Quand Jésus gravit la montagne avec ses disciples, c’est pour qu’ils découvrent en extase la joie céleste qui les attend. Il leur offre en effet une vision de la joie promise à ceux qui quitte leur ancienne vie pour suivre celle de l’agneau de Dieu. Heureux les pauvres de cœurs, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice.... quelle belle litanie. Elle montre comment la joie promise nous sera accordée de multiples manières !

Cette joie reste-t-elle cependant une simple promesse pour nous qui vivons encore les pieds sur terre ? Certes, notre récompense est dans les cieux. C’est d’abord dans l’espérance que nous croyons en cette joie. Mais nous la recevons déjà dans la foi.

Une jeune étudiante qui est venue à Lourdes au pèlerinage du Rosaire pour la première fois, m’a confié son expérience. Elle se disait elle-même éloignée de toute religion. En voyant la joie de tant de personnes qui avaient beaucoup de raisons de ne pas se réjouir, elle me disait : « quand même, la foi, ça aide ». Elle avait été touchée par la joie qui débordait de ces personnes abîmées ou usées par la vie. Parce que la foi les transfigurait. La foi nous remplit des prémices de la joie céleste, de ses premiers signes. Oui heureux sommes-nous parce que nous croyons, Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux. Bientôt nous verrons Dieu tel qu’il est !
Mais je crois qu’il y a aussi bien plus que cela. Notre joie, la joie que cette étudiante a décelée dans le cœur des pèlerins de Lourdes, elle nous vient aussi de la communion des saints. Toute la foule des saints, en contemplation devant un Dieu qui les aime, est habitée par une joie qu’ils aspirent à partager avec nous. Le partage et la communion font partie de la vraie joie. Sainte Thérèse disait qu’elle voulait passe son Ciel à faire le bien sur la terre. Maintenant qu’elle y est, on peut croire que c’est ce qu’elle est en train de faire ! Avec elle, la multitude des saints et des saintes avec qui nous sommes en communion ne cessent de répandre sur nous leur joie débordante. Parmi cette multitude des gens que nous avons connus, des gens de nos familles, des amis....

Pour éviter de faire des déçus, notre société contemporaine chante les louanges de ceux qui accèdent au bonheur tout seul. On doit être responsable de son propre bonheur. Partout, on nous dit qu’il n’existe pas de meilleure stratégie pour être heureux que d’apprendre à ne dépendre que de soi-même. Et si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.

Mais ce n’est pas le bonheur que Jésus promet à ses disciples. La vraie joie est révélation de ce lien qui nous unit entre nous avec les saints d’en-haut. C’est une conquête. Il ne faut donc pas avoir peur de ne pas y être encore arrivé. Mais nous pouvons nous appuyer sur tous les saints. On est ensemble devant Dieu. Si pour nous cette conquête de la vraie joie nous semble trop ardue, rappelons-nous qu’une foule immense en-haut n’attend que de nous la partager.
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Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P., le 1er novembre 2018 en la fête de la Toussaint : 

Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles Amen ! ... Dans cette hymne d’adoration envers Dieu, nous ressentons toute la joie qui éclate de cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, cette foule des saints et des saintes venant de toutes nations, tribus, peuples et langues qui se tiennent devant Dieu en extase. Ils sont animés d’une joie profonde, intense, qui les élèvent au-dessus d’eux-mêmes. Cette joie, ils l’ont acquise dans le sang de l’agneau. Délivrés des chaînes qui entravaient leur ancienne vie, ils sont passés par l’épreuve, par la dépossession, par un renoncement à soi, pour accéder à la vie nouvelle. 

Nous éprouvons toute sorte de joie dans nos vies. Les plus grandes surgissent dans des moments privilégiés où nous avons la sensation de renaître à la vie. On imagine que c’est cette joie là que la foule immense éprouve devant Dieu. la joie radicale d’une vie nouvelle et libre. Dieu est là. Ils le contemplent. 

Quand Jésus gravit la montagne avec ses disciples, c’est pour qu’ils découvrent en extase la joie céleste qui les attend. Il leur offre en effet une vision de la joie promise à ceux qui quitte leur ancienne vie pour suivre celle de l’agneau de Dieu. Heureux les pauvres de cœurs, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice.... quelle belle litanie. Elle montre comment la joie promise nous sera accordée de multiples manières !

Cette joie reste-t-elle cependant une simple promesse pour nous qui vivons encore les pieds sur terre ? Certes, notre récompense est dans les cieux. C’est d’abord dans l’espérance que nous croyons en cette joie. Mais nous la recevons déjà dans la foi. 

Une jeune étudiante qui est venue à Lourdes au pèlerinage du Rosaire pour la première fois, m’a confié son expérience. Elle se disait elle-même éloignée de toute religion. En voyant la joie de tant de personnes qui avaient beaucoup de raisons de ne pas se réjouir, elle me disait : « quand même, la foi, ça aide ». Elle avait été touchée par la joie qui débordait de ces personnes abîmées ou usées par la vie. Parce que la foi les transfigurait. La foi nous remplit des prémices de la joie céleste, de ses premiers signes. Oui heureux sommes-nous parce que nous croyons, Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux. Bientôt nous verrons Dieu tel qu’il est ! 
Mais je crois qu’il y a aussi bien plus que cela. Notre joie, la joie que cette étudiante a décelée dans le cœur des pèlerins de Lourdes, elle nous vient aussi de la communion des saints. Toute la foule des saints, en contemplation devant un Dieu qui les aime, est habitée par une joie qu’ils aspirent à partager avec nous. Le partage et la communion font partie de la vraie joie. Sainte Thérèse disait qu’elle voulait passe son Ciel à faire le bien sur la terre. Maintenant qu’elle y est, on peut croire que c’est ce qu’elle est en train de faire ! Avec elle, la multitude des saints et des saintes avec qui nous sommes en communion ne cessent de répandre sur nous leur joie débordante. Parmi cette multitude des gens que nous avons connus, des gens de nos familles, des amis....

Pour éviter de faire des déçus, notre société contemporaine chante les louanges de ceux qui accèdent au bonheur tout seul. On doit être responsable de son propre bonheur. Partout, on nous dit qu’il n’existe pas de meilleure stratégie pour être heureux que d’apprendre à ne dépendre que de soi-même. Et si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. 

Mais ce n’est pas le bonheur que Jésus promet à ses disciples. La vraie joie est révélation de ce lien qui nous unit entre nous avec les saints d’en-haut. C’est une conquête. Il ne faut donc pas avoir peur de ne pas y être encore arrivé. Mais nous pouvons nous appuyer sur tous les saints. On est ensemble devant Dieu. Si pour nous cette conquête de la vraie joie nous semble trop ardue, rappelons-nous qu’une foule immense en-haut n’attend que de nous la partager.

Merci Fr Jean Baptiste pour ses belles paroles d'esperance

1 mois il y a   ·  1
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Amen Amen Amen

1 mois il y a
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Le mercredi 31/10/18

Horaires au couvent des dominicains de Strasbourg :
1er Novembre 2018 : Solennité de la Toussaint.
9h : Laudes
19h : Messe de la Toussaint

2 novembre 2018 : commémoration de tous les fidèles défunts.
12h10 : messe
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Horaires au couvent des dominicains de Strasbourg : 
1er Novembre 2018 : Solennité de la Toussaint. 
9h : Laudes
19h : Messe de la Toussaint

2 novembre 2018 : commémoration de tous les fidèles défunts. 
12h10 : messe

Le jeudi 18/10/18

Le frère Rémy Valléjo vient d'écrire un nouveau livre sur Maître Eckhart disponible dans les libraires cette semaine !

L’éternité est déjà là quand cède en l’homme tout ce qui le retient sur un chemin de vérité et de liberté.

Lorsqu’il emprunte cette voie pour dire le mystère de Dieu à ses frères, aux moniales et aux béguines de la vallée rhénane, Maître Eckhart (1260-1328) ne sait pas encore qu’il lui faudra le vivre jusqu’aux confins du plus radical abandon qui, certainement, est sa plus authentique prédication. Dès lors, éprouvée par l’adversité, sa parole est un chemin d’humanité qui, jusque dans un « je ne sais pas », offre à chacun d’avancer « au large », conformément à la parole de Jésus à ses disciples, dans les profondeurs océaniques du désir le plus intime, là même où l’âme humaine accueille ce qui lui est le « plus proche ».
... Lire la suiteVoir moins de texte

Le frère Rémy Valléjo vient décrire un nouveau livre sur Maître Eckhart disponible dans les libraires cette semaine ! 

L’éternité est déjà là quand cède en l’homme tout ce qui le retient sur un chemin de vérité et de liberté.

Lorsqu’il emprunte cette voie pour dire le mystère de Dieu à ses frères, aux moniales et aux béguines de la vallée rhénane, Maître Eckhart (1260-1328) ne sait pas encore qu’il lui faudra le vivre jusqu’aux confins du plus radical abandon qui, certainement, est sa plus authentique prédication. Dès lors, éprouvée par l’adversité, sa parole est un chemin d’humanité qui, jusque dans un « je ne sais pas », offre à chacun d’avancer « au large », conformément à la parole de Jésus à ses disciples, dans les profondeurs océaniques du désir le plus intime, là même où l’âme humaine accueille ce qui lui est le « plus proche ».

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Sincères félicitations!

2 mois il y a
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Yo lo quiero!

2 mois il y a
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Felicitations

2 mois il y a
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Andres Rivera je ne sais pas

2 mois il y a

2 réponses

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Et bien moi je sais une chose, c'est que je vais me procurer ce livre !

2 mois il y a
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Un de mes maîtres préfères .. J’ai hâte de le découvrir sous la plume de frere Remy 🙏

2 mois il y a
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J’ai commencé hier à lire le livre en version numérique... Très heureux de cette approche très intérieure de la spiritualité de Maître Eckhart !

2 mois il y a
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Ah, Simon Rispal?

2 mois il y a
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Le lundi 08/10/18

Dominicains Strasbourg a partagé la publication de Pèlerinage du Rosaire - Alsace.

Les pèlerins du Rosaire - Alsace sont revenus de Lourdes ! Voici quelques images du pèlerinage.
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Retour en Alsace après une semaine magnifique à Lourdes. Merci Seigneur pour toutes les grâces reçues ! Quelques premières photos de notre groupe

Les pèlerins du Rosaire - Alsace sont revenus de Lourdes ! Voici quelques images du pèlerinage.

Très heureux d'avoir pu vivre mon premier pèlerinage à Lourdes avec vous. Merci!

2 mois il y a
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Le lundi 08/10/18

Dans le cadre de l'année Gutenberg, le Rhin Mystique propose une exposition sur le thème : "BIBLIA ARABICA ET SYRIACA - LA BIBLE DES IMPRIMEURS, UNE AVENTURE POLYGLOTTE D'OCCIDENT ET D'ORIENT

Depuis 1455, avec l'impression par Gutenberg (1400-1468) de la première Bible à 42 lignes, dite B42, la Bible est l’objet de prédilection des imprimeurs. Du XVe au XVIIe siècle, les bibles en latin, grec, hébreu, allemand et français, mais aussi en arabe et autres langues orientales témoignent d’une ingéniosité toujours renouvelée. Commencée en Occident au XVe siècle, cette aventure polyglotte se poursuit en Orient au XVIIIe siècle avec les premières presses introduites au Liban et à Mossoul.

Attention ! pour des raisons logistiques, les ouvrages seront présentés à partir du 18 octobre.

Église du Temple-Neuf à Strasbourg du 5 octobre au 4 novembre 2018 tous les jours, sauf le lundi, de 14h à 18h
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Dans le cadre de lannée Gutenberg, le Rhin Mystique propose une exposition sur le thème : BIBLIA ARABICA ET SYRIACA - LA BIBLE DES IMPRIMEURS, UNE AVENTURE POLYGLOTTE DOCCIDENT ET DORIENT

Depuis 1455, avec limpression par Gutenberg (1400-1468) de la première Bible à 42 lignes, dite B42, la Bible est l’objet de prédilection des imprimeurs. Du XVe au XVIIe siècle, les bibles en latin, grec, hébreu, allemand et français, mais aussi en arabe et autres langues orientales témoignent d’une ingéniosité toujours renouvelée. Commencée en Occident au XVe siècle, cette aventure polyglotte se poursuit en Orient au XVIIIe siècle avec les premières presses introduites au Liban et à Mossoul.

Attention ! pour des raisons logistiques, les ouvrages seront présentés à partir du 18 octobre.

Église du Temple-Neuf à Strasbourg du 5 octobre au  4 novembre 2018 tous les jours, sauf le lundi, de 14h à 18h

Très intéressant j'aimerais avoir la chance d'y être emmenée ! !

2 mois il y a   ·  1
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