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Les frères du couvent Dominicain de Strasbourg sont heureux de vous accueillir sur leur site ! Vous y trouverez diverses informations sur la communauté, les activités à venir, ou encore les horaires habituels du couvent. Bonne navigation et à bientôt au couvent !

Retrouvez ci-dessous des messages ou photos de la communauté, et des prédications de frères. Si le texte ne s’affiche pas en entier ou pour voir plus de photos, cliquer sur « Lire la suite » ou « Voir sur Facebook ».

Le dimanche 13/11/16

Homélie du fr. Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond pour le 33e Dimanche du temps ordinaire (13/11/16) au couvent de Strasbourg (Lc 21,5-19) :

L’Église a un bel agenda. Un agenda liturgique, j’entends. Ce calendrier qui fait défiler sous nos yeux, dimanche après dimanche, toute l'histoire du Salut. Et l’Église rappelle à notre mémoire, en ce temps de fin d’année, tous les événements accompagnant la fin du monde, tous ces faits qui annonceront le retour du Seigneur en gloire. Et ce que l’Église nous rappelle, ce n’est pas simplement un souvenir, un mémorial de la mort et de la Résurrection du Seigneur, mais aussi un avenir : joli paradoxe que voilà. Car l’Église est là pour nous rappeler que le Seigneur nous conduit. Il nous faut voir dans cette page d’Évangile, au-delà de sa brutalité, une parole d'espérance ; et celle-ci nous est laissée en partage. Pourtant, on pourrait me dire en ce soir d’automne :
Laissez-nous profiter de la mélancolie de novembre
qui emplit l’air,
et de l’odeur mouillée de la terre.
Nous revenions la semaine passée du cimetière,
pour nous souvenir de ceux qui étaient avec nous encore hier,
laissez-nous donc dans la triste brume d’automne,
laissez-nous sentir l’odeur des feuilles mornes :
l’espérance de demain peut bien attendre encore un jour.
Moi en cette saison, je scrute ce monde qui s’écroule et qui court,
je contemple ce qui s’efface et ne sera plus,
déjà inquiet de ce jour qui vient où plus rien n’est sûr.

Sentiments bien compréhensibles. Mais quitte à donner dans le vague-à-l’âme propre à la saison, je vous invite à lui donner une raison, en entrant, d’abord dans l’inquiétude des disciples qui se demandent ce qui va se passer dans le monde, pour ensuite recevoir la Bonne Nouvelle que Jésus leur annonce. Car oui, frères et sœurs, il y a une vraie bonne nouvelle dans cette parole de Dieu, au moins pour moi : savoir que pas un cheveu de ma tête ne sera perdu me laisse espérer que je pourrai entrer dans la vie éternelle sans perruque ! Cette mention des cheveux dans les paroles de Jésus m’a arrêté, car parler coiffure semble bien futile au milieu de paroles aussi apocalyptiques : en commençant par le Temple, Jésus nous offre en effet un spectacle grandiose s’il n’était pas aussi terrible.
Le Temple n’est pas seulement un lieu symbolique, mais c’est vraiment le lieu où Dieu habite sur terre. Sa présence, sa gloire, réside dans le Temple, dans le Saint des Saints. Dans la conscience juive de ce temps, si le Temple est détruit, alors Dieu n’habite plus sur terre, Dieu abandonne son peuple. C’est un bouleversement plus grand que la seule perte du patrimoine : si la cathédrale de Strasbourg devait disparaître, ce serait terrible sûrement, mais ça n’atteindrait pas le cœur de notre foi, car nous sommes nous-mêmes, le temple de Dieu, en notre corps et en Église. Dieu habite d’abord le cœur de l’homme, et cela demeure, nous dit Jésus : et c’est un vrai motif d’espérance, car nous ne sommes pas abandonnés, et le Seigneur agit dans les cœurs, au-delà de ce que nous pouvons en voir, en percevoir, ou en savoir.
Ensuite, Jésus relie cela à des guerres et à des bouleversements naturels terribles : tremblements de terre, phénomènes effrayants, épidémies, et grands signes dans le ciel. Comme si l’homme et la terre étaient tellement liés l’un à l’autre, que ce qui agite l’un a des répercussions immédiates sur l’autre : l’homme, et son milieu de vie, sont liés, et tout est lié. Nos guerres, et plus largement nos comportements, ne sont pas affaire purement humaine, mais concernent notre terre dans sa vie-même, au-delà de ce que l’homme fait, vit ; et bâtit ou détruit comme histoire collective. Nous ne pouvons pas faire comme si nous vivions hors-sol semble dire Jésus, la Création tout entière vous dit quelque chose, les signes ne sont pas seulement dans l’histoire des hommes. Le Seigneur nous invite aussi à tourner nos yeux vers la Création, vers cette première merveille de Dieu qu’est sa création, à élargir notre regard pour nous voir dans cette création, et non au-dessus.

Malgré tout, un monde semble se défaire sous nos yeux, ou du moins changer trop vite, et l’inquiétude peut étreindre les cœurs, ou du moins agiter les esprits. Alors jusqu’où cela va-t-il aller ? Nous pourrions être tentés de lire dans les événements de ce monde, dans notre histoire contemporaine, comme une confirmation de ce que Jésus prédit : ça n’allait déjà pas fort, mais demain sera pire encore. Jésus confirme pratiquement cette crainte. Il a bien compris la question muette de ses disciples qui lui demandent : si le Temple doit être détruit, et si cela doit être la fin du monde, ou de notre monde, que va-t-il nous arriver, à nous qui t’avons suivi, quelles garanties y a-t-il pour moi ? Aucune.
Jésus ne promet pas aux disciples d’être épargnés par ce qui va arriver : s’ils sont bien des hommes de leur temps, ils seront solidaires de leur époque jusqu’au bout, et la traverseront non pas en solitaires, mais avec leurs contemporains. La marche du monde peut nous déplaire, mais il n’y a pas vraiment moyen de s’en extraire. Nous serons tous démunis, ensemble. Et s’il faut se réjouir c’est d’abord d’être ensemble appelés à étendre le Royaume de Dieu, au milieu d’un monde qui passe, pour ensuite nous découvrir ensemble démunis et ne tenant qu’à Dieu pour accomplir cette œuvre immense en attendant son retour.
Nous rechignons à lâcher nos ex-votos, nos grigris, nos belles pierres, nos édifices et nos structures, nos organisations qui marchent mal mais qui ont le mérite d’être là, et là où nous cherchons comme d’habitude et comme les disciples des signes tangibles et rassurants, Jésus nous promet d’abord une sagesse et un langage aptes à défaire toute opposition : cela semble dérisoire, c’est de la parole, des mots, et du vent. Et pourtant, des mots donnés par le Christ, une parole donnée par Dieu, cela ne peut pas être n’importe quoi. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » : voilà une parole digne de foi ! Il nous faudrait tous trouver en cette parole de Dieu cette assurance tranquille de celui qui sait ce qu’il a à faire, une placidité dans l’adversité, une constance dans notre tâche quotidienne, et la liberté sereine de ceux qui sont à leur poste de travail dans le monde, comme St Paul le laisse entendre aux Thessaloniciens : « que chacun travaille dans le calme pour manger le pain qu’il a gagné ». C’est sûrement quelque chose que le Seigneur peut nous donner si nous le lui demandons au milieu de nos inquiétudes.

Et Jésus, enfin, nous annonce une bonne nouvelle... pour les cheveux. Les cheveux ce n’est pas grand-chose. C’est insignifiant. Et pourtant, ils permettent de voir le statut social ou l’âge, le niveau de vie quand ils sont soignés et la pauvreté quand ils ne sont pas bien tenus. La maladie, peut-être, quand ils sont absents. Ou bien parfois tel message, voire une révolte, quand ils sont coiffés de telle ou telle manière. On en perd beaucoup chaque jour, des cheveux, certains plus que d’autres, certains moins car il y en a moins à perdre chez eux, mais même ces cheveux-là sont comptés, nous dit Jésus, pas un ne sera perdu. Rien de ce que nous auront fait, riens de ce que nous aurons été sur cette terre ne sera oublié, et jusqu’à ces cheveux insignifiants qui disent à la fois la vanité quand ils nous servent de parure, et la précarité, quand on les perd sans y faire attention au long des jours. Ces cheveux qui nous disent que notre dignité est telle qu’au jour de la Résurrection, quelque chose de nos cheveux, tous comptés, demeurera avec nous, qu’ils aient été en brosse, en permanente, en crête, en dreadlocks ou bien rasés. Elle passe, la figure de ce monde, mais dans le Royaume qui vient nous y serons tout entiers, avec tout ce que nous sommes. N’est ce pas une formidable assurance personnelle qui nous est donnée pour la fin du monde, au détour de ce mot de Jésus sur les cheveux ?
Je voudrais finir en vous rapportant une petite histoire de Chesterton, cet écrivain anglais un peu inclassable du début du vingtième siècle, qui a écrit juste avant la première guerre mondiale un petit livre intitulé "Le monde comme il ne va pas". Dans ce livre où il essaie de démonter les mécanismes des idéologies, face à la personne et à tout ce qui la concerne, sa famille, son travail, ses amis, il voit donc dans ce livre, une petite fille qui court. Elle a de beaux cheveux, d’immenses boucles d'or qui rebondissent quand elle court. Il dit que dans cette petite fille qui court, il y a tout un projet, que cette petite fille qui court de manière anodine vaut tous les programmes politiques, à cause de ses cheveux. Parce que si elle a le droit de garder des boucles d'or, cela veut dire qu'elle a le droit d'avoir une famille unie, d'avoir une maison, d'avoir de quoi se laver, d'avoir le droit d'entretenir ses cheveux pour qu'ils restent beaux et propres : courir avec une chevelure pareille, c’est plus fort qu’un manifeste politique. Je vous en lis un tout petit extrait : "Sa mère peut lui demander de nouer ses cheveux, car c'est l'autorité naturelle, mais l'empereur de la planète ne saurait lui demander de les couper. Elle est l'image sacrée de l'humanité, par cette dignité fondamentale de la personne signifiée à travers le choix de porter les cheveux longs. Autour d'elle l'édifice du monde se tordra et se brisera en s'écroulant. Les colonnes de la société seront ébranlées, la voûte des siècles s'effondrera, mais pas un cheveu de sa tête ne sera touché, ses boucles d’or demeureront radieuses, pour qu’elle poursuive sa course joyeuse."
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Homélie du fr. Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond pour le 33e Dimanche du temps ordinaire (13/11/16) au couvent de Strasbourg (Lc 21,5-19) :

L’Église a un bel agenda. Un agenda liturgique, j’entends. Ce calendrier qui fait défiler sous nos yeux, dimanche après dimanche, toute lhistoire du Salut. Et l’Église rappelle à notre mémoire, en ce temps de fin d’année, tous les événements accompagnant la fin du monde, tous ces faits qui annonceront le retour du Seigneur en gloire. Et ce que l’Église nous rappelle, ce n’est pas simplement un souvenir, un mémorial de la mort et de la Résurrection du Seigneur, mais aussi un avenir : joli paradoxe que voilà. Car l’Église est là pour nous rappeler que le Seigneur nous conduit. Il nous faut voir dans cette page d’Évangile, au-delà de sa brutalité, une parole despérance ; et celle-ci nous est laissée en partage. Pourtant, on pourrait me dire en ce soir d’automne : 
Laissez-nous profiter de la mélancolie de novembre
qui emplit l’air,
et de l’odeur mouillée de la terre. 
Nous revenions la semaine passée du cimetière, 
pour nous souvenir de ceux qui étaient avec nous encore hier, 
laissez-nous donc dans la triste brume d’automne, 
laissez-nous sentir l’odeur des feuilles mornes :
l’espérance de demain peut bien attendre encore un jour.
Moi en cette saison, je scrute ce monde qui s’écroule et qui court, 
je contemple ce qui s’efface et ne sera plus,
déjà inquiet de ce jour qui vient où plus rien n’est sûr.

Sentiments bien compréhensibles. Mais quitte à donner dans le vague-à-l’âme propre à la saison, je vous invite à lui donner une raison, en entrant, d’abord dans l’inquiétude des disciples qui se demandent ce qui va se passer dans le monde, pour ensuite recevoir la Bonne Nouvelle que Jésus leur annonce. Car oui, frères et sœurs, il y a une vraie bonne nouvelle dans cette parole de Dieu, au moins pour moi : savoir que pas un cheveu de ma tête ne sera perdu me laisse espérer que je pourrai entrer dans la vie éternelle sans perruque ! Cette mention des cheveux dans les paroles de Jésus m’a arrêté, car parler coiffure semble bien futile au milieu de paroles aussi apocalyptiques : en commençant par le Temple, Jésus nous offre en effet un spectacle grandiose s’il n’était pas aussi terrible.
Le Temple n’est pas seulement un lieu symbolique, mais c’est vraiment le lieu où Dieu habite sur terre. Sa présence, sa gloire, réside dans le Temple, dans le Saint des Saints. Dans la conscience juive de ce temps, si le Temple est détruit, alors Dieu n’habite plus sur terre, Dieu abandonne son peuple. C’est un bouleversement plus grand que la seule perte du patrimoine : si la cathédrale de Strasbourg devait disparaître, ce serait terrible sûrement, mais ça n’atteindrait pas le cœur de notre foi, car nous sommes nous-mêmes, le temple de Dieu, en notre corps et en Église. Dieu habite d’abord le cœur de l’homme, et cela demeure, nous dit Jésus : et c’est un vrai motif d’espérance, car nous ne sommes pas abandonnés, et le Seigneur agit dans les cœurs, au-delà de ce que nous pouvons en voir, en percevoir, ou en savoir.
Ensuite, Jésus relie cela à des guerres et à des bouleversements naturels terribles : tremblements de terre, phénomènes effrayants, épidémies, et grands signes dans le ciel. Comme si l’homme et la terre étaient tellement liés l’un à l’autre, que ce qui agite l’un a des répercussions immédiates sur l’autre : l’homme, et son milieu de vie, sont liés, et tout est lié. Nos guerres, et plus largement nos comportements, ne sont pas affaire purement humaine, mais concernent notre terre dans sa vie-même, au-delà de ce que l’homme fait, vit ; et bâtit ou détruit comme histoire collective. Nous ne pouvons pas faire comme si nous vivions hors-sol semble dire Jésus, la Création tout entière vous dit quelque chose, les signes ne sont pas seulement dans l’histoire des hommes. Le Seigneur nous invite aussi à tourner nos yeux vers la Création, vers cette première merveille de Dieu qu’est sa création, à élargir notre regard pour nous voir dans cette création, et non au-dessus.

Malgré tout, un monde semble se défaire sous nos yeux, ou du moins changer trop vite, et l’inquiétude peut étreindre les cœurs, ou du moins agiter les esprits. Alors jusqu’où cela va-t-il aller ? Nous pourrions être tentés de lire dans les événements de ce monde, dans notre histoire contemporaine, comme une confirmation de ce que Jésus prédit : ça n’allait déjà pas fort, mais demain sera pire encore. Jésus confirme pratiquement cette crainte. Il a bien compris la question muette de ses disciples qui lui demandent : si le Temple doit être détruit, et si cela doit être la fin du monde, ou de notre monde, que va-t-il nous arriver, à nous qui t’avons suivi, quelles garanties y a-t-il pour moi ? Aucune.
Jésus ne promet pas aux disciples d’être épargnés par ce qui va arriver : s’ils sont bien des hommes de leur temps, ils seront solidaires de leur époque jusqu’au bout, et la traverseront non pas en solitaires, mais avec leurs contemporains. La marche du monde peut nous déplaire, mais il n’y a pas vraiment moyen de s’en extraire. Nous serons tous démunis, ensemble. Et s’il faut se réjouir c’est d’abord d’être ensemble appelés à étendre le Royaume de Dieu, au milieu d’un monde qui passe, pour ensuite nous découvrir ensemble démunis et ne tenant qu’à Dieu pour accomplir cette œuvre immense en attendant son retour.
Nous rechignons à lâcher nos ex-votos, nos grigris, nos belles pierres, nos édifices et nos structures, nos organisations qui marchent mal mais qui ont le mérite d’être là, et là où nous cherchons comme d’habitude et comme les disciples des signes tangibles et rassurants, Jésus nous promet d’abord une sagesse et un langage aptes à défaire toute opposition : cela semble dérisoire, c’est de la parole, des mots, et du vent. Et pourtant, des mots donnés par le Christ, une parole donnée par Dieu, cela ne peut pas être n’importe quoi. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » : voilà une parole digne de foi ! Il nous faudrait tous trouver en cette parole de Dieu cette assurance tranquille de celui qui sait ce qu’il a à faire, une placidité dans l’adversité, une constance dans notre tâche quotidienne, et la liberté sereine de ceux qui sont à leur poste de travail dans le monde, comme St Paul le laisse entendre aux Thessaloniciens : « que chacun travaille dans le calme pour manger le pain qu’il a gagné ». C’est sûrement quelque chose que le Seigneur peut nous donner si nous le lui demandons au milieu de nos inquiétudes.

Et Jésus, enfin, nous annonce une bonne nouvelle... pour les cheveux. Les cheveux ce n’est pas grand-chose. C’est insignifiant. Et pourtant, ils permettent de voir le statut social ou l’âge, le niveau de vie quand ils sont soignés et la pauvreté quand ils ne sont pas bien tenus. La maladie, peut-être, quand ils sont absents. Ou bien parfois tel message, voire une révolte, quand ils sont coiffés de telle ou telle manière. On en perd beaucoup chaque jour, des cheveux, certains plus que d’autres, certains moins car il y en a moins à perdre chez eux, mais même ces cheveux-là sont comptés, nous dit Jésus, pas un ne sera perdu. Rien de ce que nous auront fait, riens de ce que nous aurons été sur cette terre ne sera oublié, et jusqu’à ces cheveux insignifiants qui disent à la fois la vanité quand ils nous servent de parure, et la précarité, quand on les perd sans y faire attention au long des jours. Ces cheveux qui nous disent que notre dignité est telle qu’au jour de la Résurrection, quelque chose de nos cheveux, tous comptés, demeurera avec nous, qu’ils aient été en brosse, en permanente, en crête, en dreadlocks ou bien rasés. Elle passe, la figure de ce monde, mais dans le Royaume qui vient nous y serons tout entiers, avec tout ce que nous sommes. N’est ce pas une formidable assurance personnelle qui nous est donnée pour la fin du monde, au détour de ce mot de Jésus sur les cheveux ? 
Je voudrais finir en vous rapportant une petite histoire de Chesterton, cet écrivain anglais un peu inclassable du début du vingtième siècle, qui a écrit juste avant la première guerre mondiale un petit livre intitulé Le monde comme il ne va pas. Dans ce livre où il essaie de démonter les mécanismes des idéologies, face à la personne et à tout ce qui la concerne, sa famille, son travail, ses amis, il voit donc dans ce livre, une petite fille qui court. Elle a de beaux cheveux, d’immenses boucles dor qui rebondissent quand elle court. Il dit que dans cette petite fille qui court, il y a tout un projet, que cette petite fille qui court de manière anodine vaut tous les programmes politiques, à cause de ses cheveux. Parce que si elle a le droit de garder des boucles dor, cela veut dire quelle a le droit davoir une famille unie, davoir une maison, davoir de quoi se laver, davoir le droit dentretenir ses cheveux pour quils restent beaux et propres : courir avec une chevelure pareille, c’est plus fort qu’un manifeste politique. Je vous en lis un tout petit extrait : Sa mère peut lui demander de nouer ses cheveux, car cest lautorité naturelle, mais lempereur de la planète ne saurait lui demander de les couper. Elle est limage sacrée de lhumanité, par cette dignité fondamentale de la personne signifiée à travers le choix de porter les cheveux longs. Autour delle lédifice du monde se tordra et se brisera en sécroulant. Les colonnes de la société seront ébranlées, la voûte des siècles seffondrera, mais pas un cheveu de sa tête ne sera touché, ses boucles d’or demeureront radieuses, pour qu’elle poursuive sa course joyeuse.

War Mimosa, Isabel Guedes et 18 autres personnes aiment cela

Georges TranchardMerci frère....

3 semaines il y a
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Elise CorbaniMagnifique.

3 semaines il y a
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Yveline RivalMerci.

3 semaines il y a
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Odile ClavertMerci

3 semaines il y a
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Le lundi 07/11/16

C'était aujourd'hui la Toussaint dominicain, la fête de tous les saints de l'Ordre des Prêcheurs. Reetrouvez ci-dessous l'homélie de Mgr Raffin op :

Si l’institution d’une fête commune à tous les saints et bienheureux le 1er novembre est du IXème siècle, les toussaints des églises particulières et des ordres religieux sont évidemment postérieures. Je ne dispose pas de documents pour fixer la date de l’inscription d’une fête commune de tous nos saints dans le calendrier de l’Ordre, je puis simplement dire qu’elle ne figure pas au calendrier du Prototype d’Humbert de Romans. Longtemps fixée au 12 novembre, la Toussaint de l’Ordre a dû céder la place à saint Josaphat, uniate ukrainien assassiné par les orthodoxes. Le lendemain, 8 novembre, on commémore à l’instar du 2 novembre tous les défunts de l’Ordre.



Une célébration spécifique de tous nos saints et bienheureux s’impose-t-elle ? Si la sainteté est l’épanouissement normal de la grâce baptismale, il n’est pas inutile de rappeler aux membres de l’Ordre que la vie dominicaine intégralement vécue conduit à la sainteté. Par ailleurs notre Toussaint permet de fêter les frères et sœurs qui, bien que non inscrits au martyrologe, sont des saints authentiques : plus on avance en âge, plus on prend conscience

que l’on a vécu aux côtés de véritables saints .Célébrer notre propre Toussaint présente évidemment le risque de l’autosatisfaction en nous croyant les meilleurs : nous avons tant de martyrs, tant de docteurs…



Y-a-t-il une sainteté dominicaine ?



Notons tout d’abord que nos saints sont très divers, en tout premier lieu de par leur état de vie : ils sont moniales, frères prêcheurs, religieuses et laïcs du Tiers-Ordre, membres d’instituts séculiers… Si l’on s’en tient aux frères, ils ont exercé le ministère de la prédication

comme missionnaires, parfois jusqu’au martyre comme les très nombreux martyrs d’Extrême- Orient, comme prédicateurs auprès des chrétiens, comme enseignants, comme témoins sur les nombreuses lignes de fracture du monde d’aujourd’hui… Mais, au sein d’une telle diversité, n’y-a-t-il pas des points communs ?



Ces frères n’ont-ils pas cherché à imiter saint Dominique, notre fondateur ? Mais, à ce propos, une question se pose : saint Dominique est-il en tous points imitable ? Ce que saint Dominique a voulu vivre avec ses frères est inscrit dans les premières Constitutions de l’Ordre et c’est à partir de cet héritage que l’on peut parler d’une sainteté proprement dominicaine. Les nombreuses austérités de la vie de saint Dominique : marcher pieds nus sur tous les chemins, passer toutes ses nuits à l’église, se flageller avec une discipline de fer, n’avoir nulle part un locus proprius relèvent de ses appels personnels, mais il n’en jamais fait état dans les Constitutions.



Pour moi, la sainteté dominicaine c’est vivre intégralement l’imitation des apôtres telle que nous la présentent la Règle de saint Augustin et les actuelles Constitutions héritières de celles des débuts de l’Ordre. Notre Constitution fondamentale nous rappelle que nous avons été fondés pour le salut des âmes par la prédication. Croire à la nécessité du salut en Jésus Christ et en devenir le ministre habituel est devenu un véritable défi dans le monde contemporain.

Ce ministère engage toutes nos capacités : notre intelligence, notre affectivité, nos forces physiques et surtout notre foi en Jésus Sauveur.



En relisant les Constitutions primitives, j’ai été frappé de ce que, dans la deuxième distinction, elles demandent aux visiteurs d’être attentifs à trois choses dans leurs visites : les frères vivent-ils dans une paix continue, sont-ils assidus à l’étude, sont-ils fervents dans la prédication ? ( § XVIII ) La ferveur dans la prédication est également mentionnée dans le chapitre XIII de la première distinction concernant les novices, parmi les nombreuses choses que le maître des novices doit leur apprendre : ‘ Quelle ferveur ils devront avoir dans la prédication quand le temps en sera venu.’ Le chapitre XXXI de la Deuxième distinction sur la prédication n’est pas désuet, si on sait bien le lire : ‘ Ceux qui en sont capables, lorsqu’ils devront quitter le couvent pour aller en prédication, recevront du prieur le socius qu’il estimera convenable à leurs habitudes et à leur dignité. ( cela ne se pratique plus, mais rappelons-nous l’envoi par Jésus des 72 disciples – bini et bini – parce que, dans ce binôme, dit saint Grégoire, est déjà vécue la charité source de la prédication. Et puis cette exigence rejoint une préoccupation actuelle de chercher à faire de la prédication une entreprise communautaire ). Ayant pris la bénédiction, ils s’en iront et se comporteront partout comme des hommes qui cherchent à obtenir leur salut et celui du prochain, en toute perfection et esprit religieux, comme des hommes évangéliques suivant les traces de leur Sauveur, parlant avec Dieu ou de Dieu, en eux-mêmes ou avec le prochain, ils éviteront la familiarité des compagnies suspectes. ( il faut sans doute revoir nos manières de voyager, mais aussi affermir nos convictions par rapport au salut ).’ La suite du texte insiste sur la pauvreté des itinérants, à l’époque on vivait de la mendicité, même si elle n’est plus possible aujourd’hui, notre ministère de prédicateur reste marqué par la pauvreté.



Voilà, à mon avis, quelques caractéristiques de la sainteté dominicaine. Puissions-nous avec l’aide de l’Esprit Saint et de la prière de saint Dominique nous engager sur ce chemin !



+ fr. Pierre RAFFIN, O.P.
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Le mercredi 02/11/16

Prédication du fr Nicolas Tixier pour la solennité de la Toussaint le 1/11 au couvent de Strasbourg:

« Perds pas ton temps. On va pas se mentir. Moi tu sais je ne suis pas un saint ! » C’est ce que m’a dit un jour Tchirklo, un homme que j’ai rencontré sur un terrain d’accueil de gens du voyage quelque part en Alsace. « Ça non, je ne suis pas un saint ! » Je venais de lui demander pourquoi il ne voulait pas faire sa première communion. Je lisais dans ses yeux de la colère… et du dépit aussi. Et bientôt aussi de la surprise lorsque je lui tends la main : « Nous allons bien nous entendre, car je ne le suis pas non plus ! » Début d’une longue conversation sur la sainteté…

Avec sa franchise, Tchirklo m’a dit ce que j’ai tant de fois entendu entre deux caravanes : « je ne suis pas un saint ». Toujours le même dépit, la même gêne, le même regret. Un peu de fatalisme aussi. Et probablement beaucoup de découragement.

Je me le suis d’ailleurs dit à moi-même : il y a loin entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Loin entre ce que je suis et ce que j’ai conscience de devoir être pour être appelé « saint » … Un jour je me suis posé cette question : peut-on parler de la sainteté autrement que comme d’un regret, le regret de ne pas être saint ? Le regret de ne pas s’être vu marqué du tampon magique : « ceci est un saint ».

Comme on peut comprendre le regret de celui qui, tel le mauvais larron, pourrait dire à Jésus :

« Laisse-moi seul. Qu’il m’arrive ce qui doit m’arriver. À celui qui est là à ta droite, tu as promis le paradis. Je le lui laisse de bon cœur. Il l’a bien mérité. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Soyez heureux, tous les deux ensemble, dans votre jardin céleste. Quant à moi, ne te torture pas à mon sujet. Je demeure celui qui est à ta gauche. Essaie de m’oublier. » Je ne suis pas saint. Laisse tomber.

Mais est-ce cela être saint ?

Un jour de Toussaint il y a quelques années, j’entre dans la nef du monastère des moniales dominicaines de Chalais en compagnie d’un vénérable frère pour célébrer la messe. L’église est bondée. Les vapeurs d’encens s’envolent vers la voûte. Les sœurs ont comme à leur habitude ce jour-là mis dans le chœur des dizaines de représentations de saints et de saintes, transformant le chœur en cortège céleste. Et nous avançons en procession tous les deux, côte à côte. À mi-parcours, je me penche vers le frère, et je lui dis, dans une envie de sourire que je confesse : « Je m’étonne de ne pas voir ton visage sur les murs du chœur… ». Lui ne répond pas. Intérieurement, je me repens d’avoir voulu le distraire en un moment si mal choisi. Nous arrivons dans le chœur, vénérons l’autel. Il reçoit l’encens. Encense. Et vient me rejoindre, en silence. Puis il se penche vers moi et me glisse à l’oreille « Tu as raison, on aurait dû mettre ma photo avec un petit écriteau en dessous : ‘En chantier’ » …

Un saint en chantier… Voilà l’expression qui me manquait. Peut-être que je ne suis pas un saint. Peut-être que je ne suis pas encore un saint. Mais cette sainteté n’est pas une rente de départ. Elle est tout autre chose. Elle est une vocation. Un appel. Elle sent le voyage. Elle sent le soleil, le vent, la pluie qui burinent le visage. Elle a le bruit des pas qui martèlent le sol de l’existence. Les efforts pour être debout. Pour marcher. Pour tomber. Pour repartir. Se relever. Repartir. Pour combattre, se combattre surtout. Pleurer parfois. Souffrir. Faire le mal et faire mal. Le regretter amèrement. Et toujours entendre au loin l’appel du Seigneur : « Aime-moi. Aime ton prochain comme toi-même ». « J’essaie Seigneur, mais c’est si dur. Je suis si inconstant. Ne fonde rien sur moi, ce serait bâtir sur du sable ». Et la tentation toujours de lui redire encore une fois : « éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur ».

Lui, jamais il ne s’éloigne. Jamais. Il attend. Il patiente. Il relève. Il encourage. Il envoie à nouveau. Pour que le chantier continue. Pour que ces apprentis saints que nous sommes poursuivent leur chemin, et avancent. Lui, son regard divin ne voit pas seulement un homme empêtré dans le péché et dans la honte. Il voit un saint grandir.

Il ne condamne pas la femme adultère. Il lui dit : « Va et désormais ne pèche plus ». Il dit à Zachée : « Descends-vite. Aujourd’hui je dois demeurer chez toi ». Autant d’invitations, qui ne laissent pas l’homme dans son humiliation. Mais qui l’invitent à partir. À quitter, pour devenir saints.

La Toussaint n’est pas la fête des vitraux et des statues de saints que contemplerait sagement le peuple assis dans l’église. Elle est la fête du peuple lui-même, le peuple de Dieu. Parce que la sainteté n’est pas la clôture qui ferme l’entrée du club des saints. Elle est une aventure, entière. Elle est une aventure, ouverte. L’aventure de chaque homme avec Dieu. La mystérieuse rencontre qui ne demande qu’à se faire entre le Créateur et sa créature. Entre l’Esprit et la chair. Le désir – ô combien fragile – d’un homme de se tourner vers Dieu. De lentement, péniblement laisser Dieu être Dieu en lui.

Appelés à la sainteté, voilà notre route. Appelés à devenir des saints. Ces familiers de Dieu. Chez qui Dieu plante sa tente, quand la porte si longtemps fermée s’entrouvre. Ces hommes des béatitudes : pauvres de cœur, tirant toute richesse de Dieu. Miséricordieux. Purs de cœur, pour aimer sans réserve ni profit. Une vocation au bonheur.

Au ciel, il paraît que les élus se donnent la main, comme dans une ronde. Ils dansent revêtus de blancheur, les pieds nus dans l’herbe verte du paradis. Catherine de Sienne s’entretient avec le Curé d’Ars. Dominique et Bernadette plaisantent ensemble, pendant que Philippe Néri fait rire aux éclats quelques martyrs. Augustin se repose d’avoir vu son Créateur, ce qu’il explique à Jean Bosco. Thérèse d’Avila se promène avec Odile et Éphrem le Syrien. Les anges battent des ailes à leur passage. Ce qui fait sourire saint Louis de Gonzague. Rose de Lima chantonne. François d’Assise exulte. On sent dans l’atmosphère les mets du festin des noces.

Il faudra que la table soit grande.

Car tant de monde se presse dans ce beau jardin. De nombreux saints inconnus qui flânent, le nez au vent et le sourire aux lèvres.

Tant d’hommes et de femmes qui pensaient qu’ils n’étaient pas des saints. Et qui, laissant Dieu habiter leur vie, le sont – à leur grande surprise probablement – finalement devenus.
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Prédication du fr Nicolas Tixier pour la solennité de la Toussaint le 1/11 au couvent de Strasbourg:

« Perds pas ton temps. On va pas se mentir. Moi tu sais je ne suis pas un saint ! » C’est ce que m’a dit un jour Tchirklo, un homme que j’ai rencontré sur un terrain d’accueil de gens du voyage quelque part en Alsace. « Ça non, je ne suis pas un saint ! » Je venais de lui demander pourquoi il ne voulait pas faire sa première communion. Je lisais dans ses yeux de la colère… et du dépit aussi. Et bientôt aussi de la surprise lorsque je lui tends la main : « Nous allons bien nous entendre, car je ne le suis pas non plus ! » Début d’une longue conversation sur la sainteté…

Avec sa franchise, Tchirklo m’a dit ce que j’ai tant de fois entendu entre deux caravanes : « je ne suis pas un saint ». Toujours le même dépit, la même gêne, le même regret. Un peu de fatalisme aussi. Et probablement beaucoup de découragement. 

Je me le suis d’ailleurs dit à moi-même : il y a loin entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Loin entre ce que je suis et ce que j’ai conscience de devoir être pour être appelé « saint » … Un jour je me suis posé cette question : peut-on parler de la sainteté autrement que comme d’un regret, le regret de ne pas être saint ? Le regret de ne pas s’être vu marqué du tampon magique : « ceci est un saint ». 

Comme on peut comprendre le regret de celui qui, tel le mauvais larron, pourrait dire à Jésus :

« Laisse-moi seul. Qu’il m’arrive ce qui doit m’arriver. À celui qui est là à ta droite, tu as promis le paradis. Je le lui laisse de bon cœur. Il l’a bien mérité. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Soyez heureux, tous les deux ensemble, dans votre jardin céleste. Quant à moi, ne te torture pas à mon sujet. Je demeure celui qui est à ta gauche. Essaie de m’oublier. » Je ne suis pas saint. Laisse tomber.

Mais est-ce cela être saint ?

Un jour de Toussaint il y a quelques années, j’entre dans la nef du monastère des moniales dominicaines de Chalais en compagnie d’un vénérable frère pour célébrer la messe. L’église est bondée. Les vapeurs d’encens s’envolent vers la voûte. Les sœurs ont comme à leur habitude ce jour-là mis dans le chœur des dizaines de représentations de saints et de saintes, transformant le chœur en cortège céleste. Et nous avançons en procession tous les deux, côte à côte. À mi-parcours, je me penche vers le frère, et je lui dis, dans une envie de sourire que je confesse : « Je m’étonne de ne pas voir ton visage sur les murs du chœur… ». Lui ne répond pas. Intérieurement, je me repens d’avoir voulu le distraire en un moment si mal choisi. Nous arrivons dans le chœur, vénérons l’autel. Il reçoit l’encens. Encense. Et vient me rejoindre, en silence. Puis il se penche vers moi et me glisse à l’oreille « Tu as raison, on aurait dû mettre ma photo avec un petit écriteau en dessous : ‘En chantier’ » …

Un saint en chantier… Voilà l’expression qui me manquait. Peut-être que je ne suis pas un saint. Peut-être que je ne suis pas encore un saint. Mais cette sainteté n’est pas une rente de départ. Elle est tout autre chose. Elle est une vocation. Un appel. Elle sent le voyage. Elle sent le soleil, le vent, la pluie qui burinent le visage. Elle a le bruit des pas qui martèlent le sol de l’existence. Les efforts pour être debout. Pour marcher. Pour tomber. Pour repartir. Se relever. Repartir. Pour combattre, se combattre surtout. Pleurer parfois. Souffrir. Faire le mal et faire mal. Le regretter amèrement. Et toujours entendre au loin l’appel du Seigneur : « Aime-moi. Aime ton prochain comme toi-même ». « J’essaie Seigneur, mais c’est si dur. Je suis si inconstant. Ne fonde rien sur moi, ce serait bâtir sur du sable ». Et la tentation toujours de lui redire encore une fois : « éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur ».

Lui, jamais il ne s’éloigne. Jamais. Il attend. Il patiente. Il relève. Il encourage. Il envoie à nouveau. Pour que le chantier continue. Pour que ces apprentis saints que nous sommes poursuivent leur chemin, et avancent. Lui, son regard divin ne voit pas seulement un homme empêtré dans le péché et dans la honte. Il voit un saint grandir.

Il ne condamne pas la femme adultère. Il lui dit : « Va et désormais ne pèche plus ». Il dit à Zachée : « Descends-vite. Aujourd’hui je dois demeurer chez toi ». Autant d’invitations, qui ne laissent pas l’homme dans son humiliation. Mais qui l’invitent à partir. À quitter, pour devenir saints.

La Toussaint n’est pas la fête des vitraux et des statues de saints que contemplerait sagement le peuple assis dans l’église. Elle est la fête du peuple lui-même, le peuple de Dieu. Parce que la sainteté n’est pas la clôture qui ferme l’entrée du club des saints. Elle est une aventure, entière. Elle est une aventure, ouverte. L’aventure de chaque homme avec Dieu. La mystérieuse rencontre qui ne demande qu’à se faire entre le Créateur et sa créature. Entre l’Esprit et la chair. Le désir – ô combien fragile – d’un homme de se tourner vers Dieu. De lentement, péniblement laisser Dieu être Dieu en lui.

Appelés à la sainteté, voilà notre route. Appelés à devenir des saints. Ces familiers de Dieu. Chez qui Dieu plante sa tente, quand la porte si longtemps fermée s’entrouvre. Ces hommes des béatitudes : pauvres de cœur, tirant toute richesse de Dieu. Miséricordieux. Purs de cœur, pour aimer sans réserve ni profit. Une vocation au bonheur.

Au ciel, il paraît que les élus se donnent la main, comme dans une ronde. Ils dansent revêtus de blancheur, les pieds nus dans l’herbe verte du paradis. Catherine de Sienne s’entretient avec le Curé d’Ars. Dominique et Bernadette plaisantent ensemble, pendant que Philippe Néri fait rire aux éclats quelques martyrs. Augustin se repose d’avoir vu son Créateur, ce qu’il explique à Jean Bosco. Thérèse d’Avila se promène avec Odile et Éphrem le Syrien. Les anges battent des ailes à leur passage. Ce qui fait sourire saint Louis de Gonzague. Rose de Lima chantonne. François d’Assise exulte. On sent dans l’atmosphère les mets du festin des noces. 

Il faudra que la table soit grande.

Car tant de monde se presse dans ce beau jardin. De nombreux saints inconnus qui flânent, le nez au vent et le sourire aux lèvres. 

Tant d’hommes et de femmes qui pensaient qu’ils n’étaient pas des saints. Et qui, laissant Dieu habiter leur vie, le sont – à leur grande surprise probablement – finalement devenus.

Mireille Chapalay, Dominicains Strasbourg et 6 autres personnes aiment cela

Renée AzémaMerci Nicolas

1 mois il y a
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Le vendredi 28/10/16

« L’Europe peut mourir si elle perd de vue la question du sens » : un entretien avec le fr. Olivier Poquillon, ancien prieur du couvent de Strasbourg jusqu'en mai 2016, désormais à Bruxelles.
www.la-croix.com/Journal/LEurope-peut-mourir-elle-perd-question-sens-2016-10-26-1100799051
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Le jeudi 27/10/16

SOLENNITÉ DE TOUS LES SAINTS le 1er novembre :
• Lundi 31 à 19h : Premières vêpres de la Toussaint
• Mardi 1er :
- Laudes à 9h
- Office du milieu du jour à 12h30
- MESSE À 19h

Le 2 novembre, commémoration de tous les fidèles défunts : horaires de semaine, messe à 12h10
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SOLENNITÉ DE TOUS LES SAINTS le 1er novembre : 
• Lundi 31 à 19h : Premières vêpres de la Toussaint
• Mardi 1er :
   - Laudes à 9h
   - Office du milieu du jour à 12h30
   - MESSE À 19h

Le 2 novembre, commémoration de tous les fidèles défunts : horaires de semaine, messe à 12h10

Le mardi 25/10/16

Retrouvé à la date du 17 février 1968 dans les archives du couvent, où vécut le fr Yves Congar :
"En profonde reconnaissance
au P. Congar pour une heure d'entretien
Un groupe d'étudiants en théologie de Tübingen (All.)
Signé : M. le Prof. Joseph Ratzinger"
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Retrouvé à la date du 17 février 1968 dans les archives du couvent, où vécut le fr Yves Congar :
En profonde reconnaissance
au P. Congar pour une heure dentretien
Un groupe détudiants en théologie de Tübingen (All.)
Signé : M. le Prof. Joseph Ratzinger

Le lundi 24/10/16

Homélie du fr Bernard Senelle pour le 23/10, 30e dimanche du Temps Ordinaire au couvent de Strasbourg :

Deux hommes montent au Temple pour prier. Jusque-là tout avait bien commencé d’autant que l’un des deux prononce d’emblée une des formules rituelles familières qui commençaient les prières publiques ou privées : « Mon Dieu, je te rends grâce… »Jésus lui-même utilisera l’une de ces prières de louange rituelle : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre… »1 Mais la comparaison s’arrête là car l’objet de la louange de Jésus comme des juifs de son temps, ce sont les merveilles de la Création et les miracles de Dieu tout au long de l’histoire du salut. Dieu a fait sortir son peuple d’Egypte pour le conduire en terre promise, il amis un terme à l’exil et permis le retour du peuple vers sa terre. Quand à Jésus, il rend grâce au moment de ressusciter Lazare.
Or notre pharisien ne pense qu’à lui et rend grâce non pour les merveilles de Dieu mais pour lui. Il aurait pu n’être qu’un simple vantard, un peu plus bavard et naïf que ses semblables, un homme dont La piété serait noyée dans un flot d’orgueil spirituel et d’hypocrisie. Mais son mal est plus profond : il se croit juste et méprise ceux qui sont hors des clous, les pécheurs, il ne survit que par la critique des autres qu’il méprise, il bénit Dieu qui évite à celui qui est dans les règles de partager le sort funeste des incroyants ! En fait, il n’a pas besoin de conversion ni de la miséricorde et des merveilles de Dieu.
Et puis, il prend son cas pour la norme universelle et pense que ce qu’il avance doit valoir pour chacun : il lorgne au-dedans de son frère, dans sa vie au lieu de cheminer humblement avec son compagnon de prière et de route. Il rend grâce par ce qu’il n’est pas comme lui et lui reproche implicitement de ne pas faire comme lui. Par fois, nous rendons grâce par ce que nous sommes de bons chrétiens, de bons religieux, parce que notre famille est bonne, notre communauté fraternelle. Parfois aussi, nous cédons au démon de la comparaison : « Mon Dieu je te rends grâce par ce que je ne suis pas comme lui, je pratique tous les dimanches et même en semaine, je me démène alors qu’il ne fait rien, je bénis le ciel d’être dans cette paroisse et pas dans telle autre… La liste est longue et il y en a pour toutes les situations.
Pendant ce temps, le pubicain est humilié. Il a dû prendre son courage à deux mains pour oser pénétrer dans le Temple ; il se sait au ban de la société, méprisé et condamné sans remède par les gens. Il doit chaque jour essuyer les quolibets des bien-pensants, de ces « cœurs fermés qui, comme l’a si bien exprimé le pape François2 se cachent derrière les enseignements de l’Eglise pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et jugent quelques fois avec supériorité et superficialité les cas difficiles… »
Cet homme est humilié devant la prière de son compagnon, il se tient à distance et n’ose pas lever les yeux vers son Dieu. Mais il trouve les mots comme l’aveugle Bartimée les trouvera, il reconnaît son Sauveur, il attend quelque choses de son Dieu, là où les bons suiveurs ne demandent rien si ce n’est d’être loués. « Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli », nous a rappelé Ben Sirac le Sage.
Placé au cœur du Magnificat où les humbles sont relevés, le publicain comme l’aveugle Bartimée assume les obscurités de ceux qui font route avec lui et les libère. Il délivre le pharisien de son orgueil et de son aveuglement sur lui-même et les autres. Pour délivrer le monde du mal, il faut parfois consentir à le mette au jour. Ce n’est pas très agréable mais parfois, nous devons contribuer à faire apparaître le mal pour pouvoir mieux le combattre. Dieu dans le livre de Job, laisse le Satan agir, Jésus, dans l’Evangile, nomme les démons, il les démasque avant de les chasser.
Frères et sœurs, la confiance de cet humble serviteur en la miséricorde est un conducteur de la bonté de Dieu. Là où le pharisien la stoppe net, le publicain permet à la miséricorde de se répandre et de continuer aujourd’hui à faire des merveilles. Cette rencontre manifeste que la miséricorde de Dieu est aussi sa seule toute-puissance, et qu’elle capable d’opérer des miracles.
Aux yeux de Dieu, il se pourrait que le souffrant soit le pharisien. Nous avons malgré tout à le contempler avec les yeux de Dieu et à reconnaître le Christ en lui. Dans l’Evangile, le païens qui viennent vers Jésus, les peuples impurs, les samaritains sont le visage du Christ. Le publicain a vécu l’humiliation du Christ et sa présence au côté de son frère pharisien peut ouvrir ce dernier à la joie d’être tout simplement aimé de Dieu. Désarmé, se reconnaissant pécheur, le publicain n’a plus de raison d’avoir peur du pharisien observant. Pour lui et peut-être avec lui, le publicain dit ce soir : « Je rends grâces, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu prends en pitié le pécheur que je suis. ».
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Homélie du fr Bernard Senelle pour le 23/10, 30e dimanche du Temps Ordinaire au couvent de Strasbourg : 

Deux hommes montent au Temple pour prier. Jusque-là tout avait bien commencé d’autant que l’un des deux prononce d’emblée une des formules rituelles familières qui commençaient les prières publiques ou privées : « Mon Dieu, je te rends grâce… »Jésus lui-même utilisera l’une de ces prières de louange rituelle : «  Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre… »1 Mais la comparaison s’arrête là car l’objet de la louange de Jésus comme des juifs de son temps, ce sont les merveilles de la Création et les miracles de Dieu tout au long de l’histoire du salut. Dieu a fait sortir son peuple d’Egypte pour le conduire en terre promise, il  amis un terme à l’exil et permis le retour du peuple vers sa terre. Quand à Jésus, il rend grâce au moment de ressusciter Lazare. 
Or notre pharisien ne pense qu’à lui et rend grâce non pour les merveilles de Dieu mais pour lui. Il aurait pu n’être qu’un simple vantard, un peu plus bavard et naïf que ses semblables, un homme dont La piété serait noyée dans un flot d’orgueil spirituel et d’hypocrisie. Mais son mal est plus profond : il se croit juste et méprise ceux qui sont hors des clous, les pécheurs, il ne survit que par la critique des autres qu’il méprise, il bénit Dieu qui évite à celui qui est dans les règles de partager le sort funeste des incroyants ! En fait, il n’a pas besoin de conversion ni de la miséricorde et des merveilles de Dieu.  
Et puis, il prend son cas pour la norme universelle et pense que ce qu’il avance doit valoir pour chacun : il lorgne au-dedans de son frère, dans sa vie au lieu de cheminer humblement avec son compagnon de prière et de route. Il rend grâce par ce qu’il n’est pas comme lui et lui reproche implicitement de ne pas faire comme lui. Par fois, nous rendons grâce par ce que nous sommes de bons chrétiens, de bons religieux, parce que notre famille est bonne, notre communauté fraternelle. Parfois aussi, nous cédons au démon de la comparaison : « Mon Dieu je te rends grâce par ce que je ne suis pas comme lui, je pratique tous les dimanches et même en semaine, je me démène alors qu’il ne fait rien, je bénis le ciel d’être dans cette paroisse et pas dans telle autre… La liste est longue et il y en a pour toutes les situations. 
Pendant ce temps, le pubicain est humilié. Il a dû prendre son courage à deux mains pour oser pénétrer dans le Temple ; il se sait au ban de la société, méprisé et condamné sans remède par les gens. Il doit chaque jour essuyer les quolibets des bien-pensants, de ces « cœurs fermés qui, comme l’a si bien exprimé le pape François2 se cachent derrière les enseignements de l’Eglise pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et jugent quelques fois avec supériorité et superficialité les cas difficiles… »
Cet homme est humilié devant la prière de son compagnon, il se tient à distance et n’ose pas lever les yeux vers son Dieu. Mais il trouve les mots comme l’aveugle Bartimée les trouvera, il reconnaît son Sauveur, il attend quelque choses de son Dieu, là où les bons suiveurs ne demandent rien si ce n’est d’être loués. « Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli », nous a rappelé Ben Sirac le Sage. 
Placé au cœur du Magnificat où les humbles sont relevés, le publicain comme l’aveugle Bartimée assume les obscurités de ceux qui font route avec lui et les libère. Il délivre le pharisien de son orgueil et de son aveuglement sur lui-même et les autres. Pour délivrer le monde du mal, il faut parfois consentir à le mette au jour. Ce n’est pas très agréable mais parfois, nous devons contribuer à faire apparaître le mal pour pouvoir mieux le combattre. Dieu dans le livre de Job, laisse le Satan agir, Jésus, dans l’Evangile, nomme les démons, il les démasque avant de les chasser. 
Frères et sœurs, la confiance de cet humble serviteur en la miséricorde est un conducteur de la bonté de Dieu. Là où le pharisien la stoppe net, le publicain permet à la miséricorde de se répandre et de continuer aujourd’hui à faire des merveilles. Cette rencontre manifeste que la miséricorde de Dieu est aussi sa seule toute-puissance, et qu’elle capable d’opérer des miracles. 
Aux yeux de Dieu, il se pourrait que le souffrant soit le pharisien. Nous avons malgré tout à le contempler avec les yeux de Dieu et à reconnaître le Christ en lui. Dans l’Evangile, le païens qui viennent vers Jésus,  les peuples impurs, les samaritains sont le visage du Christ. Le publicain a vécu l’humiliation du Christ et sa présence au côté de son frère pharisien peut ouvrir ce dernier à la joie d’être tout simplement aimé de Dieu. Désarmé, se reconnaissant pécheur, le publicain n’a plus de raison d’avoir peur du pharisien observant. Pour lui et peut-être avec lui, le publicain dit ce soir : « Je rends grâces, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu prends en pitié le pécheur que je suis. ».

Irmã Teresa Ribeiro, Yveline Rival et 7 autres personnes aiment cela

Odile ClavertExcellent pour un bon début de semaine. Amitiés.

1 mois il y a
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Yveline RivalMerci. Très belle homélie!

1 mois il y a
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Le mercredi 05/10/16

Aujourd'hui commence le Pèlerinage du Rosaire à Lourdes avec les dominicains! Parmi les 20 000 pèlerins de toute la France 700 sont arrivés hier d'Alsace en train... et avec nous toujours nos Alsaciennes, prêtes pour la procession de la messe d'ouverture du Rosaire! ... Lire la suiteVoir moins de texte

Aujourdhui commence le Pèlerinage du Rosaire à Lourdes avec les dominicains! Parmi les 20 000 pèlerins de toute la France 700 sont arrivés hier dAlsace en train... et avec nous toujours nos Alsaciennes, prêtes pour la procession de la messe douverture du Rosaire!

Christele Jacqueline Froissard, Anis Hanna et 20 autres personnes aiment cela

Régine Charles-FélicitéBon pèlerinage à tous.

2 mois il y a   ·  1
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Christele Jacqueline FroissardTrès beau

2 mois il y a   ·  1
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Anne Marie GarandeauDu grand Est ??

2 mois il y a

1 réponse

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Marc ChaudeurTrès bien !

1 mois il y a   ·  1
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Le mardi 04/10/16

En cette fête de St François d'Assise, un texte de notre frère Pierre Raffin sur la réforme de l'Église menée par le 'Poverello' :

François d’Assise et la réforme de l’Eglise par voie de sainteté

Certes l’Eglise est sainte parce qu’elle est l’épouse du Christ, mais en temps que société humaine composée de pécheurs, elle a continuellement besoin de se réformer. Au temps de François d’Assise, l’Eglise vivait des tensions et des déchirements profonds. D’un côté, l’Eglise institutionnelle et surtout sa hiérarchie – le grand pape Innocent III – était rongée par les conflits endémiques avec l’Empereur. L’Eglise était perçue comme lointaine, engagée dans des affaires qui n’intéressaient pas le peuple. Les grands ordres religieux, comme les cisterciens, étaient florissants et s’imposaient par leur culture et leur spiritualité, mais ils étaient souvent devenus de grands et riches propriétaires terriens, assimilés aux féodaux de l’époque et loin du peuple. De l’autre côté, une nouvelle société était en train de naître, marquée par l’émigration des campagnes vers les villes et la création des communes en quête de liberté. Souvent ces communes, en mal d’affranchissement, se rangeaient volontiers parmi les opposants aux classes dominantes et en particulier à l’Eglise qui leur était assimilée. C’est dans ces nouveaux milieux que vont se recruter les courants spirituels, plus ou moins orthodoxes, avec parfois l’appui du bas clergé. La hiérarchie catholique cherchait à réagir en améliorant son organisation et en réprimant les abus tant en son sein ( lutte contre la simonie et le concubinage des clercs ) que dans la société elle-même. Mais cela ne suffisait pas à calmer ces courants de plus en plus schismatiques ; brandissant comme un étendard la pauvreté et la simplicité évangéliques contre l’Eglise institutionnelle, faisant plus de leur idéal une arme polémique qu’une véritable revendication spirituelle, accordant par exemple plus d’importance à la nudité des pieds des évangélisateurs qu’à leur mission reçue de l’autorité légitime. Ajoutons à cela les rivalités qui pouvaient opposer les nouvelles communes, c’était entre autres le cas des villes d’Ombrie.

Dans ce contexte, des historiens ont souvent présenté François d’Assise comme l’homme providentiel qui, en réelle empathie avec ces nouveaux courants, réussirait à les intégrer au cœur de l’Eglise institutionnelle. C’est le cas de l’historien protestant Paul Sabatier, selon lequel le cardinal Hugolin, le futur Grégoire IX, aurait eu l’intention d’appeler François à la Curie romaine pour y prendre en charge ces divers courants. En tout cas, cette idée ne fut jamais celle de François qui n’a jamais imaginé qu’il pût être appelé à réformer l’Eglise. Il ne faut sans doute pas tirer de fausses conclusions des paroles célèbres du Christ de Saint-Damien : ‘ Va, François, et répare mon Eglise qui, comme tu le vois, tombe en ruines.’ François les a en tout cas interprétées comme une invitation à restaurer le sanctuaire ainsi que d’autres dans la région. Le fameux rêve d’Innocent III, que Giotto a représenté dans l’église supérieure d’Assise, ne dit rien de plus. A supposer d’ailleurs qu’il soit historique, puisqu’un épisode analogue est attribué à saint Dominique, soutenant de son dos, comme le Poverello, la basilique du Latran en train de s’écrouler.

Alors, s’il n’a pas cherché à réformer l’Eglise, qu’a voulu François ? La réponse est certainement inscrite dans son Testament lui-même : ‘ Voici comment le Seigneur me donna, à moi, frère François, la grâce de commencer à faire pénitence : au temps où j’étais dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur me conduisit parmi eux ; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite, j’attendis un peu et je dis adieu au monde.

La raison profonde de la conversion de François n’est pas de nature sociale, mais évangélique. En embrassant un lépreux, François a renoncé à lui-même dans ce qu’il y avait de plus amer et ce qui répugnait le plus à sa nature. Il s’est fait violence : ‘ un jour, il rencontre un lépreux sur sa route, relate son premier biographe : se faisant violence, il s’approcha de lui et lui baisa la main. A partir de ce moment-là, il se mit à se mépriser de plus en plus, jusqu’à parvenir à une parfaite victoire sur lui-même par la grâce de Dieu.’ François n’est donc pas allé spontanément chez les lépreux, poussé par une compassion humaine ou religieuse, mais comme il l’écrit lui-même : ‘ Le Seigneur m’a conduit parmi eux.’ Jésus avait préparé son cœur de manière à ce que sa liberté réponde, au bon moment, à la grâce. C’est à cela qu’avaient servi le songe de Spolète et la question sur qui il préférait servir : le serviteur ou le maître, la maladie, l’emprisonnement à Pérouse et cette étrange inquiétude qui ne lui permettait plus de trouver du plaisir dans les divertissements et lui faisait rechercher les lieux solitaires. Sans être obligé de penser que Jésus en personne se montrait sous les traits du lépreux ( par analogie avec le manteau partagé de saint Martin de Tours ), la parole de Jésus, ‘ c’est à moi que vous l’avez fait ‘ suffisait à François pour le persuader qu’il venait de choisir entre lui-même et Jésus, tout comme l’apôtre Paul qui, à un certain moment, considère que ce qui avait été un avantage devient perte ‘ à cause du Christ ‘ ( Ph 3, 5 ). Pour François, ce qui était amer se transforma en douceur, ‘ à cause du Christ ‘. A partir de ce moment, François peut dire comme l’apôtre Paul : ‘ Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ‘…

Quelque temps après, alors que Dieu lui a envoyé des compagnons, François entend lire l’Evangile à la messe qui disait ce jour-là : ‘Jésus envoya ses disciples proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons et il leur dit : N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, n’ayez pas chacun une tunique de rechange ‘ ( Lc 9, 2-3 ). Ce texte est pour François une véritable révélation. A partir de ce moment, sa mission lui apparaît clairement : un retour simple et radical au véritable Evangile ( sine glossa ), vécu et prêché par Jésus. Revivre aujourd’hui la forme et le style de vie de Jésus et des apôtres ( la vita apostolica ) décrits dans les Evangiles. François commence sa Règle en disant : ‘ La Règle et la vie des Frères Mineurs est celle-ci : observer la saint Evangile de NSJC ‘.

Pour autant, François ne fit pas de sa découverte un programme de réforme pour l’Eglise. Il s’est contenté de la vivre avec ses premiers compagnons et, ce faisant, de montrer à l’Eglise tacitement qu’elle n’avait qu’une seule voie possible pour sortir de la crise : retourner à l’Evangile, se rapprocher des hommes et en particulier des pauvres et des petits.

Le retour à l’Evangile marque désormais la prédication de François. Il parle presque toujours de faire pénitence, mais, attention, ne nous méprenons pas sur le sens des mots. Il ne s’agit pas de faire des pénitences. François qui, comme Claire, est bon latiniste, lit l’Evangile dans le latin de la Vulgate : ‘ Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle et il disait : Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous ( en latin : Poenitemini ) et croyez à la Bonne Nouvelle ‘ ( Mc 1, 14-15 ). Faire pénitence, pour le texte sacré comme pour le Poverello, c’est se convertir, ainsi qu’il l’affirme dans son Testament : ‘ Voici comment le Seigneur me donna , à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence.’

L’expérience évangélique que François va vivre avec ses compagnons était, pour ainsi dire, le modèle de ce que l’Eglise était elle aussi appelée à vivre. L’autorité, jusque là conçue comme pouvoir et, par là, génératrice de conflits infinis, était vécue comme un service. Les nouveaux religieux étaient des frères ( les frères mineurs ), celui qui parmi eux exerçait l’autorité était un ministre, autrement dit un serviteur, voire un gardien. Alors que le clergé avait le plus souvent le monopole de la culture, François opte pour un statut d’humilité qui met sur le même plan lettrés et illettrés. Cela ne l’empêchera pas plus tard d’appliquer frère Antoine de Padoue à l’étude de la théologie et à l’enseignement de l’Ecriture Sainte. Et saint Bonaventure, biographe de François en même temps que ministre général, ne pensera pas trahir l’esprit du fondateur en envoyant les frères aux études dans les Universités et lui-même y enseignera.

Dans son étude sur la Vraie et fausse réforme dans l’Eglise, le cardinal Congar voit en tout cela un signe de la véritable réforme, d’une part François ne fait pas schisme, il reste ‘ in medio Ecclesiae ‘, il n’absolutise pas ses intuitions charismatiques, il demeure profondément solidaire de l’Eglise. La sainteté de François c’est de s’être livré totalement à Jésus Christ et à son Evangile. Pour lui, l’objectif final à atteindre, c’est de pouvoir dire comme l’apôtre Paul :

‘ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ‘.

+ fr Pierre RAFFIN, O.P., évêque émérite de Metz
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En cette fête de St François dAssise, un texte de notre frère Pierre Raffin sur la réforme de lÉglise menée par le Poverello : 

François d’Assise et la réforme de l’Eglise par voie de sainteté 

   Certes l’Eglise est sainte parce qu’elle est l’épouse du Christ, mais en temps que société humaine composée de pécheurs, elle a continuellement besoin de se réformer. Au temps de François d’Assise, l’Eglise vivait des tensions et des déchirements profonds. D’un côté, l’Eglise institutionnelle et surtout sa hiérarchie – le grand pape Innocent III – était rongée par les conflits endémiques avec l’Empereur. L’Eglise était perçue comme lointaine, engagée dans des affaires qui n’intéressaient pas le peuple. Les grands ordres religieux, comme les cisterciens, étaient florissants et s’imposaient par leur culture et leur spiritualité, mais ils étaient souvent devenus de grands et riches propriétaires terriens, assimilés aux féodaux de l’époque et loin du peuple. De l’autre côté, une nouvelle société était en train de naître, marquée par l’émigration des campagnes vers les villes et la création des communes en quête de liberté. Souvent ces communes, en mal d’affranchissement, se rangeaient volontiers parmi les opposants aux classes dominantes et en particulier à l’Eglise qui leur était assimilée. C’est dans ces nouveaux milieux que vont se recruter les courants spirituels, plus ou moins orthodoxes, avec parfois l’appui du bas clergé. La hiérarchie catholique cherchait à réagir en améliorant son organisation et en réprimant les abus tant en son sein ( lutte contre la simonie et le concubinage des clercs ) que dans la société elle-même. Mais cela ne suffisait pas à calmer ces courants de plus en plus schismatiques ; brandissant comme un étendard la pauvreté et la simplicité évangéliques contre l’Eglise institutionnelle, faisant plus de leur idéal une arme polémique qu’une véritable revendication spirituelle, accordant par exemple plus d’importance à la nudité des pieds des évangélisateurs qu’à leur mission reçue de l’autorité légitime. Ajoutons à cela les rivalités qui pouvaient opposer les nouvelles communes, c’était entre autres le cas des villes d’Ombrie.

   Dans ce contexte, des historiens ont souvent présenté François d’Assise comme l’homme providentiel qui, en réelle empathie avec ces nouveaux courants, réussirait à les intégrer au cœur de l’Eglise institutionnelle. C’est le cas de l’historien protestant Paul Sabatier, selon lequel le cardinal Hugolin, le futur Grégoire IX, aurait eu l’intention d’appeler François à la Curie romaine pour y prendre en charge ces divers courants. En tout cas, cette idée ne fut jamais celle de François qui n’a jamais imaginé qu’il pût être appelé à réformer l’Eglise. Il ne faut sans doute pas tirer de fausses conclusions des paroles célèbres du Christ de Saint-Damien : ‘ Va, François, et répare mon Eglise qui, comme tu le vois, tombe en ruines.’ François les a en tout cas interprétées comme une invitation à restaurer le sanctuaire ainsi que d’autres dans la région. Le fameux rêve d’Innocent III, que Giotto a représenté dans l’église supérieure d’Assise, ne dit rien de plus. A supposer d’ailleurs qu’il soit historique, puisqu’un épisode analogue est attribué à saint Dominique, soutenant de son dos, comme le Poverello, la basilique du Latran en train de s’écrouler.

   Alors, s’il n’a pas cherché à réformer l’Eglise, qu’a voulu François ?  La réponse est certainement inscrite dans son Testament lui-même : ‘ Voici comment le Seigneur me donna, à moi, frère François, la grâce de commencer à faire pénitence : au temps où j’étais dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur me conduisit parmi eux ; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite, j’attendis un peu et je dis adieu au monde.

      La raison profonde de la conversion de François n’est pas de nature sociale, mais évangélique. En embrassant un lépreux, François a renoncé à lui-même dans ce qu’il y avait de plus amer et ce qui répugnait le plus à sa nature. Il s’est fait violence : ‘ un jour, il rencontre un lépreux sur sa route, relate son premier biographe : se faisant violence, il s’approcha de lui et lui baisa la main. A partir de ce moment-là, il se mit à se  mépriser de plus en plus, jusqu’à parvenir à une parfaite victoire sur lui-même par la grâce de Dieu.’ François n’est donc pas allé spontanément chez les lépreux, poussé par une compassion humaine ou religieuse, mais comme il l’écrit lui-même : ‘ Le Seigneur m’a conduit parmi eux.’ Jésus avait préparé son cœur de manière à ce que sa liberté réponde, au bon moment, à la grâce. C’est à cela qu’avaient servi  le songe de Spolète et la question sur qui il préférait servir : le serviteur ou le maître, la maladie, l’emprisonnement à Pérouse et cette étrange inquiétude qui ne lui permettait plus de trouver du plaisir dans les divertissements et lui faisait rechercher les lieux solitaires. Sans être obligé de penser que Jésus en personne se montrait sous les traits du lépreux ( par analogie avec le manteau partagé de saint Martin de Tours ), la parole de Jésus, ‘ c’est à moi que vous l’avez fait ‘ suffisait à François pour le persuader qu’il venait de choisir entre lui-même et Jésus, tout comme l’apôtre Paul qui, à un certain moment, considère que ce qui avait été un avantage devient perte ‘ à cause du Christ ‘ ( Ph 3, 5 ). Pour François, ce qui était amer se transforma en douceur, ‘ à cause du Christ ‘. A partir de ce moment, François peut dire comme l’apôtre Paul : ‘ Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ‘…

   Quelque temps après, alors que Dieu lui a envoyé des compagnons, François entend lire l’Evangile à la messe qui disait ce jour-là : ‘Jésus envoya ses disciples proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons et il leur dit : N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, n’ayez pas chacun une tunique de rechange ‘ ( Lc 9, 2-3 ). Ce texte est pour François une véritable révélation. A partir de ce moment, sa mission lui apparaît clairement : un retour simple et radical au véritable Evangile ( sine glossa ), vécu et prêché par Jésus. Revivre aujourd’hui la forme et le style de vie de Jésus et des apôtres ( la vita apostolica ) décrits dans les Evangiles. François commence sa Règle en disant : ‘ La Règle et la vie des Frères Mineurs est celle-ci : observer la saint Evangile de NSJC ‘.

   Pour autant, François ne fit pas de sa découverte un programme de réforme pour l’Eglise. Il s’est contenté de la vivre avec ses premiers compagnons et, ce faisant, de montrer à l’Eglise tacitement qu’elle n’avait qu’une seule voie possible pour sortir de la crise : retourner à l’Evangile, se rapprocher des hommes et en particulier des pauvres et des petits.

   Le retour à l’Evangile marque désormais la prédication de François. Il parle presque toujours de faire pénitence, mais, attention, ne nous méprenons pas sur le sens des mots. Il ne s’agit pas de faire des pénitences. François qui, comme Claire, est bon latiniste, lit l’Evangile dans le latin de la Vulgate : ‘ Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle et il disait : Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous ( en latin : Poenitemini ) et croyez à la Bonne Nouvelle ‘ ( Mc 1, 14-15 ). Faire pénitence, pour le texte sacré comme pour le Poverello, c’est se convertir, ainsi qu’il l’affirme dans son Testament : ‘ Voici  comment le Seigneur me donna , à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence.’

   L’expérience évangélique que François va vivre avec ses compagnons était,  pour ainsi dire, le modèle de ce que l’Eglise était elle aussi appelée à vivre. L’autorité, jusque là conçue  comme pouvoir et, par là, génératrice de conflits infinis, était vécue comme un service. Les nouveaux religieux étaient des frères ( les frères mineurs ), celui qui parmi eux exerçait l’autorité était un ministre, autrement dit un serviteur, voire un gardien.  Alors que le clergé avait le plus souvent le monopole de la culture, François opte pour un statut d’humilité qui met sur le même plan lettrés et illettrés. Cela ne l’empêchera pas   plus tard d’appliquer frère Antoine de Padoue à l’étude de la théologie et à l’enseignement de l’Ecriture Sainte. Et saint Bonaventure, biographe de François en même temps que ministre général, ne pensera pas trahir l’esprit du fondateur en envoyant les frères aux études dans les Universités et lui-même y enseignera.

   Dans son étude sur la Vraie et fausse réforme dans l’Eglise, le cardinal Congar voit en tout cela un signe de la véritable réforme, d’une part François ne fait pas schisme, il reste ‘ in medio Ecclesiae ‘, il n’absolutise pas ses intuitions charismatiques, il demeure profondément solidaire de l’Eglise. La sainteté de François c’est de s’être livré totalement à Jésus Christ et à son Evangile. Pour lui, l’objectif final à atteindre, c’est de pouvoir dire comme l’apôtre Paul :

‘ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ‘.  

+ fr Pierre RAFFIN, O.P., évêque émérite de Metz

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Le lundi 03/10/16

Homélie pour le 27e dimanche du Temps Ordinaire (2/10/16) au couvent de Strasbourg par le fr. Antonio-Ryô Satô (Luc 17,5-10) :

« Augmente en nous la foi ! », dirent les Apôtres à Jésus. Pourquoi ont-ils osé le lui demander ? Parce qu’ils croyaient que plus on a de la foi, plus on a de la force ; une force plus grande pour pouvoir réaliser des choses plus prodigieuses. Ils croyaient qu’une force extraordinaire leur serait donnée en rapport avec l’intensité quantitative de la foi. Ils avaient donc envie d’une augmentation de leur foi comme s’il y avait une graduation du feu au réchaud. Et cela signifie qu’ils avaient l’ambition d’exercer un pouvoir plus grand que celui des autres.
Mais, Jésus bouleverse une telle conviction par une image exagérée ; il suffit d’avoir une foi de la taille d’une graine de moutarde pour déraciner un arbre et le planter dans la mer. Ainsi la question n’est-elle pas quelle quantité de foi tu as, mais, si tu as une vraie foi ou non. Et pourtant, ce que Jésus continue à dire est encore plus inattendu. Par une parabole d’un petit serviteur, il nous enseigne à vivre notre foi dans notre vie quotidienne sans chercher d’événement miraculeux. Si tu as une vraie foi, tu seras capable de tout faire. Cependant, si tu vis vraiment la foi, tu n’as envie de rien de prodigieux.
Parce que ce sont des miracles cachés dans notre vie quotidienne qui sont plus miraculeux que les prodiges extraordinaires. Il ne nous faut pas chercher à augmenter notre foi pour produire des miracles. Il nous faut vivre la foi pour constater le mystère de notre vie dans la réalité ordinaire que nous vivons chaque jour et chaque moment. Autrement dit, si nous avons une vraie foi, notre vie sera retrouvée remplie de miracles. Ou plutôt, si on refuse de vivre le quotidien comme quotidien, il est impossible d’expérimenter la merveilleuse rencontre avec Dieu dans la profondeur de notre existence. Ce n’est pas du tout de passer notre vie religieuse comme une routine. Il faut accepter de vivre la banalité pour être touché par l’Évangile qui perce la banalité.
Voulez-vous une preuve concrète ? Il y avait parmi vous un petit étranger craintif. Le voici qui est maintenant devant vous pour prêcher. Est-ce que ce n’est pas miraculeux à vos yeux ? Qu’est-ce qui l’a fait possible ? – c’est sa foi, peut-être. Mais qu’est-ce que c’est, sa foi ? – il croit à l’Évangile du Christ, et il croit à sa foi de lui-même et aussi à la foi de ceux et celles qui l’encouragent. Vivre la foi, c’est avoir foi en la foi de soi-même et en la foi de ceux et celles qui vivent ensemble le même Évangile. Vivre la foi, c’est ainsi que ma foi ou ta foi doit être la foi de l’Église ; nous vivons notre foi en l’Église comme Église.
Oui, j’ose dire : la foi rend tout possible ; ta foi te rend capable de tout faire ! Cependant, non pas toi seul, mais avec les autres. Ma foi me fait rend capable de surmonter mes difficultés avec mes frères et sœurs dans le Christ. J’aimerais inviter chacun et chacune de vous à expérimenter le miracle de notre vie par la foi en Christ, en soi-même et en autrui. Par exemple, je suis là, vous êtes là, nous sommes ici ensemble pour partager l’eucharistie du Christ. Si quelqu’un me dit : « Montre-moi un miracle par ta foi ! », je lui répondrai : « Personne d’entre nous n’est contraint d’être ici, mais chacun ou chacune est venu ici avec sa volonté et par la volonté du Christ pour se donner la paix. Où trouve-t-on une pareille assemblée si ce n’est dans l’Église catholique ! »
Alors, comment peux-tu ne pas reconnaître le Christ qui t’invite ? Comment peux-tu ne pas remercier les autres qui sont venus partager le même Corps du Christ avec toi ? Et comment peux-tu ne pas être heureux d’être toi-même catholique ? Nous sommes d’origines tellement diverses. Voyons, il y a huit jeunes hommes qui ont commencé leur noviciat pour devenir des serviteurs de notre Église. Ils ont choisi de vivre ensemble comme frères avec toutes leurs différences. Comment est-ce possible ? Car chacun d’eux croit à sa foi et à la foi des autres, et croit à la foi de vous tous qui les soutenez en prière.
Quoi qu’il en soit, même si nous ne cherchons pas de prodige extraordinaire, nous sommes très souvent tentés de crier à Dieu pour demander d’augmenter la foi en nous. Je le comprends, parce que vivre cette vie ordinaire, c’est déjà assez dur. Il est naturel que le croyant désire avoir une foi plus forte pour soutenir la réalité difficile qu’il lui faut vivre. Tu dirais donc : « Seigneur, donne-moi de la force ! » Jésus te répondrait : « D’abord, crois à ta foi elle-même. Fais confiance à ta foi. Et fais confiance à la bonne volonté de tes frères et de tes sœurs. »
Mais, je sais que tu pourrais dire : « Je n’ai ni frère ni sœur ; je n’ai, autour de moi, personne qui m’aide. » Alors, je te dis : c’est une grande chance pour constater que Jésus veut lui-même être ton premier et meilleur ami. Et lui t’invite à partir ensemble avec lui en aventure pour rencontrer ceux et celles qui veulent devenir tes frères et tes sœurs en partageant une bonne volonté avec toi. Oui, c’est une aventure. Et cette aventure avec le Christ ne peut être exercée que lorsque tu vis ta vie quotidienne comme un petit serviteur figuré dans l’Évangile d’aujourd’hui. Cependant, cette aventure n’est pas du tout moins héroïque que les prouesses des grands hommes. Ou plutôt, le vrai grand homme, c’est celui qui sait vivre cette aventure quotidienne afin de bénéficier de rencontres d’autres personnes dans leur bonne volonté qui lui donne de la force pour réaliser du bien général pour toute humanité.
Or, cette semaine, aura lieu le grand pèlerinage annuel du Rosaire à Lourdes, organisé par les frères dominicains. Nous prions pour tous les pèlerins, tous les hospitaliers et tous les aumôniers prêtres, religieux et laïcs. Je vous invite à prier surtout pour nos frères novices qui y participeront pour leur premier apostolat comme serviteurs religieux. Que ce soit pour nous tous une occasion de retrouver la force du Saint Esprit qui anime notre vie dans la foi de l’Église.
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Homélie pour le 27e dimanche du Temps Ordinaire (2/10/16) au couvent de Strasbourg par le fr. Antonio-Ryô Satô (Luc 17,5-10) :

« Augmente en nous la foi ! », dirent les Apôtres à Jésus. Pourquoi ont-ils osé le lui demander ? Parce qu’ils croyaient que plus on a de la foi, plus on a de la force ; une force plus grande pour pouvoir réaliser des choses plus prodigieuses. Ils croyaient qu’une force extraordinaire leur serait donnée en rapport avec l’intensité quantitative de la foi. Ils avaient donc envie d’une augmentation de leur foi comme s’il y avait une graduation du feu au réchaud. Et cela signifie qu’ils avaient l’ambition d’exercer un pouvoir plus grand que celui des autres.
Mais, Jésus bouleverse une telle conviction par une image exagérée ; il suffit d’avoir une foi de la taille d’une graine de moutarde pour déraciner un arbre et le planter dans la mer. Ainsi la question n’est-elle pas quelle quantité de foi tu as, mais, si tu as une vraie foi ou non. Et pourtant, ce que Jésus continue à dire est encore plus inattendu. Par une parabole d’un petit serviteur, il nous enseigne à vivre notre foi dans notre vie quotidienne sans chercher d’événement miraculeux. Si tu as une vraie foi, tu seras capable de tout faire. Cependant, si tu vis vraiment la foi, tu n’as envie de rien de prodigieux.
Parce que ce sont des miracles cachés dans notre vie quotidienne qui sont plus miraculeux que les prodiges extraordinaires. Il ne nous faut pas chercher à augmenter notre foi pour produire des miracles. Il nous faut vivre la foi pour constater le mystère de notre vie dans la réalité ordinaire que nous vivons chaque jour et chaque moment. Autrement dit, si nous avons une vraie foi, notre vie sera retrouvée remplie de miracles. Ou plutôt, si on refuse de vivre le quotidien comme quotidien, il est impossible d’expérimenter la merveilleuse rencontre avec Dieu dans la profondeur de notre existence. Ce n’est pas du tout de passer notre vie religieuse comme une routine. Il faut accepter de vivre la banalité pour être touché par l’Évangile qui perce la banalité.
Voulez-vous une preuve concrète ? Il y avait parmi vous un petit étranger craintif. Le voici qui est maintenant devant vous pour prêcher. Est-ce que ce n’est pas miraculeux à vos yeux ? Qu’est-ce qui l’a fait possible ? – c’est sa foi, peut-être. Mais qu’est-ce que c’est, sa foi ? – il croit à l’Évangile du Christ, et il croit à sa foi de lui-même et aussi à la foi de ceux et celles qui l’encouragent. Vivre la foi, c’est avoir foi en la foi de soi-même et en la foi de ceux et celles qui vivent ensemble le même Évangile. Vivre la foi, c’est ainsi que ma foi ou ta foi doit être la foi de l’Église ; nous vivons notre foi en l’Église comme Église.
Oui, j’ose dire : la foi rend tout possible ; ta foi te rend capable de tout faire ! Cependant, non pas toi seul, mais avec les autres. Ma foi me fait rend capable de surmonter mes difficultés avec mes frères et sœurs dans le Christ. J’aimerais inviter chacun et chacune de vous à expérimenter le miracle de notre vie par la foi en Christ, en soi-même et en autrui. Par exemple, je suis là, vous êtes là, nous sommes ici ensemble pour partager l’eucharistie du Christ. Si quelqu’un me dit : « Montre-moi un miracle par ta foi ! », je lui répondrai : « Personne d’entre nous n’est contraint d’être ici, mais chacun ou chacune est venu ici avec sa volonté et par la volonté du Christ pour se donner la paix. Où trouve-t-on une pareille assemblée si ce n’est dans l’Église catholique ! »
Alors, comment peux-tu ne pas reconnaître le Christ qui t’invite ? Comment peux-tu ne pas remercier les autres qui sont venus partager le même Corps du Christ avec toi ? Et comment peux-tu ne pas être heureux d’être toi-même catholique ? Nous sommes d’origines tellement diverses. Voyons, il y a huit jeunes hommes qui ont commencé leur noviciat pour devenir des serviteurs de notre Église. Ils ont choisi de vivre ensemble comme frères avec toutes leurs différences. Comment est-ce possible ? Car chacun d’eux croit à sa foi et à la foi des autres, et croit à la foi de vous tous qui les soutenez en prière.
Quoi qu’il en soit, même si nous ne cherchons pas de prodige extraordinaire, nous sommes très souvent tentés de crier à Dieu pour demander d’augmenter la foi en nous. Je le comprends, parce que vivre cette vie ordinaire, c’est déjà assez dur. Il est naturel que le croyant désire avoir une foi plus forte pour soutenir la réalité difficile qu’il lui faut vivre. Tu dirais donc : « Seigneur, donne-moi de la force ! » Jésus te répondrait : « D’abord, crois à ta foi elle-même. Fais confiance à ta foi. Et fais confiance à la bonne volonté de tes frères et de tes sœurs. »
Mais, je sais que tu pourrais dire : « Je n’ai ni frère ni sœur ; je n’ai, autour de moi, personne qui m’aide. » Alors, je te dis : c’est une grande chance pour constater que Jésus veut lui-même être ton premier et meilleur ami. Et lui t’invite à partir ensemble avec lui en aventure pour rencontrer ceux et celles qui veulent devenir tes frères et tes sœurs en partageant une bonne volonté avec toi. Oui, c’est une aventure. Et cette aventure avec le Christ ne peut être exercée que lorsque tu vis ta vie quotidienne comme un petit serviteur figuré dans l’Évangile d’aujourd’hui. Cependant, cette aventure n’est pas du tout moins héroïque que les prouesses des grands hommes. Ou plutôt, le vrai grand homme, c’est celui qui sait vivre cette aventure quotidienne afin de bénéficier de rencontres d’autres personnes dans leur bonne volonté qui lui donne de la force pour réaliser du bien général pour toute humanité.
Or, cette semaine, aura lieu le grand pèlerinage annuel du Rosaire à Lourdes, organisé par les frères dominicains. Nous prions pour tous les pèlerins, tous les hospitaliers et tous les aumôniers prêtres, religieux et laïcs. Je vous invite à prier surtout pour nos frères novices qui y participeront pour leur premier apostolat comme serviteurs religieux. Que ce soit pour nous tous une occasion de retrouver la force du Saint Esprit qui anime notre vie dans la foi de l’Église.

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Luc BinachonLa foi pistis devient de plus en plus petite au fur et à mesure qu’elle est purifiée. Plus petite qu'une graine de sénevé ou de moutarde ...

2 mois il y a
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