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Le lundi 20/03/17

Homélie du fr. Pierre Raffin op pour la solennité de saint Joseph le 20/03/17 au couvent de Strasbourg :

Pour célébrer saint Joseph, le lectionnaire liturgique nous propose trois textes, dont seul l’Evangile nous parle directement de lui : le premier chapitre de saint Matthieu rend compte en effet du drame intérieur de saint Joseph, lorsque Marie, sa fiancée, se trouve enceinte. La première lecture, extraite du deuxième Livre de Samuel, rapporte l’oracle du prophète Nathan au roi David, et la deuxième, extraite de la Lettre aux Romains, évoque la foi d’Abraham, une foi qui le rend père.

L’oracle du prophète Nathan à David est à la source du messianisme, c’est-à-dire de cette attente du fils de David, de celui qui doit lui succéder et régner pour toujours. David vit dans un palais, alors que l’Arche d’Alliance - présence sensible de Dieu au milieu de son peuple -, se trouve toujours sous une simple tente de nomade. David veut construire pour abriter l’Arche un temple magnifique. Dans un premier temps, le prophète approuve le projet du roi, mais, la nuit suivante, Dieu le charge d’expliquer à David qu’il ne lui appartient pas de construire une maison pour le Seigneur, car c’est Dieu lui-même qui lui construira une maison, une maison non pas de pierre ou de bois, mais une descendance. L’oracle de Nathan parle d’un fils, un fils qui aura un destin particulier : être le successeur de David pour toujours. Isaïe, lui aussi, prophétise que ce fils de David sera le Messie d’Israël. Joseph est de la maison de David et, par l’intermédiaire de Jésus, il est entré dans la dynastie de David, toutefois, cela n’est pas intervenu d’une manière ordinaire, car Jésus n’est pas le fils naturel de Joseph. Marie s’est trouvée enceinte avant de vivre avec Joseph. Jésus est cependant, du point de vue légal, le fils de David, puisqu’il a été placé par Dieu dans la famille de Joseph.

Là se trouve le drame de Joseph qu’évoque l’ Evangile selon saint Matthieu. Joseph devait beaucoup aimer Marie, d’autant plus que c’était une personne de très grande qualité, qui vivait dans la crainte de Dieu, qui était fidèle à tous ses devoirs et qui avait un cœur plein de vertu. Joseph devait aimer Marie d’un amour très ardent, mais voilà, avant que ne commence leur vie commune, Marie se trouve enceinte. Ce fait place Joseph dans une situation angoissante. Que faire ? Joseph est un homme juste qui cherche à accomplir la volonté de Dieu. Il pense ne pas avoir le droit de prendre chez lui Marie, son épouse. Il cherche une solution. Il ne veut pas répudier Marie publiquement et il décide de le faire en secret. Cette décision douloureuse cause, sans aucun doute, une immense douleur dans le cœur de Joseph.

C’est alors que l’ange lui apparaît et lui dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ‘.

‘ Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ‘, cette phrase est, pour Joseph, une grande libération. L’ange en effet lui annonce que la volonté de Dieu est contraire à la décision qu’il vient d’arrêter : il doit prendre avec lui Marie, son épouse, et assumer la responsabilité de père du fils de Marie. L’ange va lui préciser : ‘Tu lui donneras le nom de Jésus ‘. En donnant à l’enfant son nom, Joseph va assumer la responsabilité paternelle. Le drame intérieur que Joseph vient de vivre ressemble à celui d’Abraham lorsqu’il lui fut demandé de sacrifier Isaac, l’héritier des promesses divines. Parfaitement docile au Seigneur, Abraham s’apprêtait à passer à l’acte, lorsqu’il est arrêté par un ange qui lui dit que Dieu n’exigeait pas un tel sacrifice. Abraham conserve donc l’héritier des promesses et, à sa place, il offre en sacrifice un bélier qui se trouvait là. Cette épreuve évidemment fut très dure pour Abraham : celle de Joseph lui ressemble, il se voit perdre la personne qui lui est la plus chère et il la retrouve grâce à l’intervention de Dieu. Le bénéfice de cette épreuve est de purifier l’affection de Joseph. Il voulait certainement avoir Marie comme épouse, au sens charnel du terme et lui est demandé désormais de vivre avec elle d’une manière parfaitement chaste, respectant en elle la mère du Fils de Dieu. Les épreuves, la plupart du temps, nous font grandir, aussi nous faut-il les accueillir avec foi espérance, et chercher, à travers elles, ce que Dieu attend de nous. Dans le cas, l’épreuve a renforcé l’amour de Joseph pour Marie, même s’il doit renoncer aux rapports conjugaux. Joseph a vécu cette épreuve dans une grande docilité au Seigneur et il est devenu le père putatif de Jésus, c’est-à-dire le père supposé, de Jésus, qui sera effectivement appelé fils de Joseph.

La deuxième lecture, empruntée à la Lettre aux Romains, est bien choisie pour nous faire comprendre la foi de Joseph en partant de celle d’Abraham. Abraham est le père d’Isaac, mais, bien plus largement, d’une très nombreuse descendance, car il a cru à la parole de Dieu. Il était déjà âgée sans descendance, et Dieu lui promet une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer. Abraham crut en Dieu et, par la foi, il est devenu le père d’une multitude, principalement d’une immense descendance spirituelle, dont nous faisons aussi partie. La lettre aux Romains dit : ‘Espérant contre toute espérance, il a cru ‘ et, comme je viens de le dire, il a manifesté sa très grande foi lors du dramatique épisode du sacrifice d’Isaac. Abraham éclaire ainsi l’histoire de Joseph, nous permettant de comprendre quelque peu la profondeur de sa foi et de sa sainteté.

Joseph est donc pour nous un modèle de foi et de docilité à Dieu, un modèle d’amour paternel et d’amour conjugal, un modèle de vie pleinement consacrée à la gloire de Dieu dans le secret et la discrétion, sans jamais chercher à être vu, admiré ou estimé. Joseph a simplement cherché à être juste : c’est-à-dire docile à Dieu en toutes choses, afin d’accomplir son œuvre et de coopérer de cette manière au salut du monde.
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Homélie du fr. Pierre Raffin op pour la solennité de saint Joseph le 20/03/17 au couvent de Strasbourg : 

   Pour célébrer saint Joseph, le lectionnaire liturgique nous propose trois textes, dont seul l’Evangile nous parle directement de lui : le premier chapitre de saint Matthieu rend compte en effet du drame intérieur de saint Joseph, lorsque Marie, sa fiancée, se trouve enceinte. La première lecture, extraite du deuxième Livre de Samuel, rapporte l’oracle du prophète Nathan au roi David, et la deuxième, extraite de la Lettre aux Romains, évoque la foi d’Abraham, une foi qui le rend père.

   L’oracle du prophète Nathan à David est à la source du messianisme, c’est-à-dire de cette attente du fils de David, de celui qui doit lui succéder et régner pour toujours. David vit dans un palais, alors que l’Arche d’Alliance  - présence sensible de Dieu au milieu de son peuple -, se trouve toujours sous une simple tente de nomade. David veut construire pour abriter l’Arche un temple magnifique. Dans un premier temps, le prophète approuve le projet du roi, mais, la nuit suivante, Dieu le charge d’expliquer à David qu’il ne lui appartient pas de construire une maison pour le Seigneur, car c’est Dieu lui-même qui lui construira une maison, une maison non pas de pierre ou de bois, mais une descendance. L’oracle de Nathan parle d’un fils, un fils qui aura un destin particulier : être le successeur de David pour toujours. Isaïe, lui aussi, prophétise que ce fils de David sera le Messie d’Israël. Joseph est de la maison de David et, par l’intermédiaire de Jésus, il est entré dans la dynastie de David, toutefois, cela n’est pas intervenu d’une manière ordinaire, car Jésus n’est pas le fils naturel de Joseph. Marie s’est trouvée enceinte avant de vivre avec Joseph. Jésus est cependant, du point de vue légal, le fils de David, puisqu’il a été placé par Dieu dans la famille de Joseph.

   Là se trouve le drame de Joseph qu’évoque l’ Evangile selon saint Matthieu.  Joseph devait beaucoup aimer Marie, d’autant plus que c’était une personne de très grande qualité, qui vivait dans la crainte de Dieu, qui était fidèle à tous ses devoirs et qui avait un cœur plein de vertu. Joseph devait aimer Marie d’un amour très ardent, mais voilà, avant que ne commence leur vie commune, Marie se trouve enceinte. Ce fait place Joseph dans une situation angoissante. Que faire ? Joseph est un homme juste qui cherche à accomplir la volonté de Dieu. Il pense ne pas avoir le droit de prendre chez lui Marie, son épouse. Il cherche une solution. Il ne veut pas répudier Marie publiquement et il décide de le faire en secret. Cette décision douloureuse cause, sans aucun doute, une immense douleur dans le cœur de Joseph. 

   C’est alors que l’ange lui apparaît et lui dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ‘.

‘ Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ‘, cette phrase est, pour Joseph, une grande libération. L’ange en effet lui annonce que la volonté de Dieu est contraire à la décision qu’il vient d’arrêter : il doit prendre avec lui Marie, son épouse, et assumer la responsabilité de père du fils de Marie. L’ange va lui préciser : ‘Tu lui donneras le nom de Jésus ‘. En donnant à l’enfant son nom, Joseph va assumer la responsabilité paternelle. Le drame intérieur que Joseph vient de vivre ressemble à celui d’Abraham lorsqu’il lui fut demandé de sacrifier Isaac, l’héritier des promesses divines. Parfaitement docile au Seigneur, Abraham s’apprêtait à passer à l’acte, lorsqu’il est arrêté par un ange qui lui dit que Dieu n’exigeait pas un tel sacrifice. Abraham conserve donc l’héritier des promesses et, à sa place, il offre en sacrifice un bélier qui se trouvait là. Cette épreuve évidemment fut très dure pour Abraham : celle de Joseph lui ressemble, il se voit perdre la personne qui lui est la plus chère et il la retrouve grâce à l’intervention de Dieu. Le bénéfice de cette épreuve est de purifier l’affection de Joseph. Il voulait certainement avoir Marie comme épouse, au sens charnel du terme et lui est demandé désormais de vivre avec elle d’une manière parfaitement chaste, respectant en elle la mère du Fils de Dieu. Les épreuves,  la plupart du temps, nous font grandir, aussi nous faut-il les accueillir avec foi espérance, et chercher, à travers elles, ce que Dieu attend de nous. Dans le cas, l’épreuve a renforcé l’amour de Joseph pour Marie, même s’il doit renoncer aux rapports conjugaux. Joseph a vécu cette épreuve dans une grande docilité au Seigneur et il est devenu le père putatif  de Jésus, c’est-à-dire le père supposé, de Jésus, qui sera effectivement appelé fils de Joseph.

   La deuxième lecture, empruntée à la Lettre aux Romains,  est bien choisie pour nous faire comprendre la foi de Joseph en partant de celle d’Abraham. Abraham est le père d’Isaac, mais, bien plus largement, d’une très nombreuse descendance, car il a cru à la parole de Dieu. Il était déjà âgée sans descendance, et Dieu lui promet une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer. Abraham crut en Dieu et, par la foi, il est devenu le père d’une multitude, principalement d’une immense descendance spirituelle, dont nous faisons aussi partie. La lettre aux Romains dit : ‘Espérant contre toute espérance, il a cru ‘ et, comme je viens de le dire, il a manifesté sa très grande foi lors du dramatique épisode du sacrifice d’Isaac. Abraham éclaire ainsi l’histoire de Joseph, nous permettant de comprendre quelque peu la profondeur de sa foi et de sa sainteté.

   Joseph est donc pour nous un modèle de foi et de docilité à Dieu, un modèle d’amour paternel et d’amour conjugal, un modèle de vie pleinement consacrée à la gloire de Dieu dans le secret et la discrétion, sans jamais chercher à être vu, admiré ou estimé. Joseph a simplement cherché à être juste : c’est-à-dire docile à Dieu en toutes choses, afin d’accomplir son œuvre et de coopérer de cette manière au salut du monde.

Michael Chambellant, Missa Verdate et 2 autres personnes aiment cela

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Le mercredi 15/03/17

Homélie du fr Bernard Senelle au couvent de Strasbourg pour le 2e dimanche de Carême (dimanche de la Transfiguration) le 12/03/2017 :

S’il y a parmi nous des montagnards, ils savent ce qu’est un passage difficile, une cheminée à escalader, une crête qui ouvre sur un paysage somptueux mais qui n’en est pas moins vertigineuse. Le sommet quel qu’il soit se mérite et parfois au prix de la peur pour soi-même ou pour les autres. C’est un peu ce que vivent les apôtres en ce jour où Jésus les emmène sur une haute montagne. Ils sont émerveillés, éblouis par la lumière et la splendeur de ce qu’ils contemplent mais dans le même temps, la crainte va se saisir d’eux, il va falloir que Jésus s’approche d’eux, les touche et les apaise.
Frères et sœurs, la Transfiguration ne nous transporte pas dans un autre monde elle nous donne de voir autrement notre vie. Je lisais récemment ces lignes d’un père pour réconforter sa fille dont le mari était emprisonné dans des conditions redoutables : « Deux hommes regardaient à travers les barreaux d’une prison. L’un voyait de la boue, l’autre voyait les étoiles. »
Eh bien, à la suite d’Abraham, Jésus nous demande de voir et de suivre les étoiles, de quitter notre pays, notre tristesse, de laisser la plaine des soucis pour la haute montagne avec tous ses imprévus mais également ses beautés, ses merveilles. Après Moïse qui gravit la montagne en laissant le peuple en bas, Jésus gravit la montagne emmenant seulement trois disciples et en laissant neuf en bas. Ils vont entrevoir la dignité cachée de leur maître et être guéris de leur peur : épisode d’émerveillement, la Transfiguration se présente comme une anticipation du relèvement au matin de Pâques : « Relevez-vous ». C’est bien de relèvement dont il s’agit quand nous acceptons de voir la beauté de notre vie et les étoiles qui scintillent dans la nuit de notre monde enténébré.
Nous faisons partie de la cordée mystérieuse et Jésus nous façonne une fois encore à l’image et à la ressemblance de Dieu, du Saint-Béni Soit-Il : « Je ferai de toi une bénédiction. » Car guéris et remplis d’espérance nous devenons des bénédictions, nous sommes envoyés annoncer au monde tout le bien que Dieu porte en Lui et que son Fils est venu révéler. C’est cela bénir, c’est dire du bien, ainsi que le suggère une prière anonyme du XIV ° siècle : « Christ n’a pas de lèvres. Il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes » Partir, contempler, recevoir la paix, écouter la voix du Bien-Aimé, tel est le contenu de cette manifestation de la splendeur de la gloire du Père.
D’abord partir et même fuir, ici fuir loin de l’excitation de la fête des tabernacles afin de surmonter la tentation d’une vaine gloire car Jésus est d’abord un Messie souffrant. En cette heure comme plus tard au jardin d’agonie, il prend avec lui trois disciples et veut être seul avec eux. Il sait sans doute qu’ils ne vont pas comprendre comme le manifeste le désir de Pierre de dresser trois tentes. Les disciples ont du mal à accepter la Passion et veulent garder avec eux le Maître pour qu’il échappe à la colère et aux embûches de ceux qui lui sont hostiles. « Moïse est là avec Elie, se dit pierre, et ils ne supporteront pas de voir Dieu rempli d’outrages ». L’espace d’un instant, les trois disciples choisis sont entre le buisson ardent où Dieu se révéla à Moïse et le char de feu qui emporta Elie dans les nuées du ciel. Que s’est-il passé ? Que se sont-ils dits ?
Au fond, peu importe. Si nous avons été choisis pour monter, nous prenons part au colloque intérieur de Pierre devant la perspective de la Passion. « La mort de Jésus sur la croix n’est que la conséquence de la fermeture du monde » dira Romano Guardini. Pierre ressent la fermeture des cœurs, il veut abriter le Maître sous une hutte de branchages mais c’est Dieu qui se charge d’abriter les trois hommes de sa gloire.
Ce qui est surprenant, c’est que devant un signe de la gloire de Dieu, l’homme ne commence pas par s’émerveiller mais il s’effondre dans la crainte. Après le désert, la contemplation, l’éblouissement du Thabor s’avère être une expérience délicate, source de crainte et d’inquiétude : que c’est dur parfois de laisser entrer un peu d’espérance dans nos vies. Dieu seul dans l’Ancien Testament ou Jésus dans le Nouveau Testament peuvent nous relever de cette prostration et nous apaiser. « Relevez-vous, soyez sans crainte. » Jésus qui a tant guéri et ressuscité ordonne une fois encore à la vie de jaillir. Le carême c’est ce temps où nous libérons nos cœurs pour laisser éclater la vie et la lumière au matin de Pâques. Alors nous verrons que Dieu est lumière et qu’en Lui, il n’y a point de ténèbres.
Et puis, comme au baptême de Jésus, une voix se fait entendre et conclut par ces mots : « Ecoutez-le » Dieu nous parle de son Fils dans sa gloire de serviteur souffrant et nous prescrit d’y prêter attention : « Ecoutez-le » Que faisons-nous de ce commandement ? La lumière déchire les ténèbres et Dieu dit: « Celui-ci est mon fils, mon Bien-Aimé ». Le carême est le temps d’une attention renouvelée à notre Sauveur. Nous avons vite fait d’oublier les gens qui ont jalonné notre vie. Aujourd’hui, si nous nous entendons sa voix dans le brouhaha de notre monde, écoutons-le.
Cette écoute de la voix du Père permet une conversion : le respect plutôt que le meurtre, la fidélité au lieu de l’abandon, la vie plutôt que la mort. L’écoute de la voix bienveillante du Père nous conduit à sortir de notre indolence et nous demande de lâcher nos valises remplies de susceptibilité, de quant à soi, de jalousie, d’insatisfaction, d’indifférence. C’est la voie escarpée que seuls trois disciples ont pu emprunter. En ce temps où nous faisons du vide pour pouvoir contempler, Jésus nous demande de nous alléger pour pouvoir monter : « lâche tes pensées, les soucis que tu te fais pour élaborer des projets, prendre des décisions ou organiser des activités. Et lorsque tu te sentiras impuissant, viens-me voir et demeure en ma présence. Alors, peut-être tu pourras me suivre. »
Partir, contempler, écouter, apaiser. En ce jour, Jésus nous ouvre la voie qui conduit de la nuit de la mort jusqu'à la clarté du matin de Pâques. Dans le ciel bas et lourd de notre solitude jaillit un éclair, la présence aimée se manifeste à nous dans sa rayonnante beauté. Ne doutons pas, ce n’est pas un rêve, la vie est là, les étoiles invisibles le jour sont visibles la nuit, dans la foi nous voyons l’invisible. Amen.
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Homélie du fr Bernard Senelle au couvent de Strasbourg pour le 2e dimanche de Carême (dimanche de la Transfiguration) le 12/03/2017 :

S’il y a parmi nous des montagnards, ils savent ce qu’est un passage difficile, une cheminée à escalader, une crête qui ouvre sur un paysage somptueux mais qui n’en est pas moins vertigineuse. Le sommet quel qu’il soit se mérite et parfois au prix de la peur pour soi-même ou pour les autres. C’est un peu ce que vivent les apôtres en ce jour où Jésus les emmène sur une haute montagne. Ils sont émerveillés, éblouis par la lumière et la splendeur de ce qu’ils contemplent mais dans le même temps, la crainte va se saisir d’eux, il va falloir que Jésus s’approche d’eux, les touche et les apaise.  
Frères et sœurs, la Transfiguration ne nous transporte pas dans un autre monde elle nous donne de voir autrement notre vie. Je lisais récemment ces lignes d’un père pour réconforter sa fille dont le mari était emprisonné dans des conditions redoutables : «  Deux hommes regardaient à travers les barreaux d’une prison. L’un voyait de la boue, l’autre voyait les étoiles. »
Eh bien, à la suite d’Abraham, Jésus nous demande de voir et de suivre les étoiles, de quitter notre pays, notre tristesse, de laisser la plaine des soucis pour la haute montagne avec tous ses imprévus mais également ses beautés, ses merveilles. Après Moïse qui gravit la montagne en laissant le peuple en bas, Jésus gravit la montagne emmenant seulement trois disciples et en laissant neuf en bas. Ils vont entrevoir la dignité cachée de leur maître et être guéris de leur peur : épisode d’émerveillement, la Transfiguration se présente comme une anticipation du relèvement au matin de Pâques : « Relevez-vous ». C’est bien de relèvement dont il s’agit quand nous acceptons de voir la beauté de notre vie et les étoiles qui scintillent dans la nuit de notre monde enténébré. 
Nous faisons partie de la cordée mystérieuse et Jésus nous façonne une fois encore à l’image et à la ressemblance de Dieu, du Saint-Béni Soit-Il : « Je ferai de toi une bénédiction. » Car guéris et remplis d’espérance nous devenons des bénédictions, nous sommes envoyés annoncer au monde tout le bien que Dieu porte en Lui et que son Fils est venu révéler. C’est cela bénir, c’est dire du bien, ainsi que le suggère une prière anonyme du XIV ° siècle : « Christ n’a pas de lèvres. Il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes » Partir, contempler, recevoir la paix, écouter la voix du Bien-Aimé, tel est le contenu de cette manifestation de la splendeur de la gloire du Père. 
D’abord partir et même fuir, ici fuir loin de l’excitation de la fête des tabernacles afin de surmonter la tentation d’une vaine gloire car Jésus est d’abord un Messie souffrant. En cette heure comme plus tard au jardin d’agonie, il prend avec lui trois disciples et veut être seul avec eux. Il sait sans doute qu’ils ne vont pas comprendre comme le manifeste le désir de Pierre de dresser trois tentes. Les disciples ont du mal à accepter la Passion et veulent garder avec eux le Maître pour qu’il échappe à la colère et aux embûches de ceux qui lui sont hostiles. « Moïse est là avec Elie, se dit pierre, et ils ne supporteront pas de voir Dieu rempli d’outrages ». L’espace d’un instant, les trois disciples choisis sont entre le buisson ardent où Dieu se révéla à Moïse et le char de feu qui emporta Elie dans les nuées du ciel. Que s’est-il passé ? Que se sont-ils dits ? 
 Au fond, peu importe. Si nous avons été choisis pour monter, nous prenons part au colloque intérieur de Pierre devant la perspective de la Passion. « La mort de Jésus sur la croix n’est que la conséquence de la fermeture du monde » dira Romano Guardini. Pierre ressent la fermeture des cœurs, il veut abriter le Maître sous une hutte de branchages mais c’est Dieu qui se charge d’abriter les trois hommes de sa gloire.  
Ce qui est surprenant, c’est que devant un signe de la gloire de Dieu, l’homme ne commence pas par s’émerveiller mais il s’effondre dans la crainte. Après le désert, la contemplation, l’éblouissement du Thabor s’avère être une expérience délicate, source de crainte et d’inquiétude : que c’est dur parfois de laisser entrer un peu d’espérance dans nos vies. Dieu seul dans l’Ancien Testament ou Jésus dans le Nouveau Testament peuvent nous relever de cette prostration et nous apaiser. « Relevez-vous, soyez sans crainte. » Jésus qui a tant guéri et ressuscité ordonne une fois encore à la vie de jaillir. Le carême c’est ce temps où nous libérons nos cœurs pour laisser éclater la vie et la lumière au matin de Pâques. Alors nous verrons que Dieu est lumière et qu’en Lui, il n’y a point de ténèbres. 
Et puis, comme au baptême de Jésus, une voix se fait entendre et conclut par ces mots : « Ecoutez-le » Dieu nous parle de son Fils dans sa gloire de serviteur souffrant et nous prescrit d’y prêter attention : « Ecoutez-le » Que faisons-nous de ce commandement ? La lumière déchire les ténèbres et Dieu dit: « Celui-ci est mon fils, mon Bien-Aimé ». Le carême est le temps d’une attention renouvelée à notre Sauveur. Nous avons vite fait d’oublier les gens qui ont jalonné notre vie. Aujourd’hui, si nous nous entendons sa voix dans le brouhaha de notre monde, écoutons-le. 
Cette écoute de la voix du Père permet une conversion : le respect plutôt que le meurtre, la fidélité au lieu de l’abandon, la vie plutôt que la mort. L’écoute de la voix bienveillante du Père nous conduit à sortir de notre indolence et nous demande de lâcher nos valises remplies de susceptibilité, de quant à soi, de jalousie, d’insatisfaction, d’indifférence. C’est la voie escarpée que seuls trois disciples ont pu emprunter. En ce temps où nous faisons du vide pour pouvoir contempler, Jésus nous demande de nous alléger pour pouvoir monter : « lâche tes pensées, les soucis que tu te fais pour élaborer des projets, prendre des décisions ou organiser des activités. Et lorsque tu te sentiras impuissant, viens-me voir et demeure en ma présence. Alors, peut-être tu pourras me suivre. »
 Partir, contempler, écouter, apaiser. En ce jour, Jésus nous ouvre la voie qui conduit de la nuit de la mort jusquà la clarté du matin de Pâques. Dans le ciel bas et lourd de notre solitude jaillit un éclair, la présence aimée se manifeste à nous dans sa rayonnante beauté. Ne doutons pas, ce n’est pas un rêve, la vie est là, les étoiles invisibles le jour sont visibles la nuit, dans la foi nous voyons l’invisible. Amen.

Albert Cato, Sophie Martin et 7 autres personnes aiment cela

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Le jeudi 02/03/17

Prédication du fr Cyrille-Marie Richard le dimanche 26 février au couvent de Strasbourg :

Jésus n'a pas fréquenté l'école de Jules Ferry. Sinon, il aurait appris la morale dans les Fables de La Fontaine. Et quand on a un jour appris La Cigale et la Fourmi, on ne peut pas dire qu'il n'y a aucun souci à se faire pour la nourriture du lendemain.
Avec d'ailleurs un peu de bon sens, Jésus ne dirait pas à ses disciples "Demain s'occupera bien de lui-même" de peur qu'ils se trouvent fort dépourvus, quand la bise sera venue.

Mais Jésus n'est pas venu pour nous dire comment travailler – et encore moins comment ne pas travailler.

Jésus d'ailleurs, ne dit pas qu'il ne faudrait pas travailler, qu'il ne faudrait rien chercher.
Au début, il parle de ceux qui cherchent (de la nourriture, des vêtements). Il se moque d'eux gentiment avec cette question : "qui peut ajouter quoi que ce soit à la longueur de sa vie ?"
Après tout, si on mange, c'est pour vivre; si on s'habille, c'est pour le soin de son corps. La vie est plus importante que la nourriture, le corps est plus important que le vêtement. Or, la vie et le corps nous viennent de Dieu. Si donc il nous a donné la vie, il nous donnera aussi ce qui est nécessaire à l'entretien de celle-ci.

Un dieu qui aurait donné la vie mais ne donnerait pas ce qu'il faut pour vivre, ce serait un dieu qui se contredirait lui-même. Voici une tentation: ne pas faire confiance à Dieu, soupçonner, à certains moments, qu'il pourrait peut-être ne pas vouloir notre vie.
C'est la tentation récurrente des Hébreux dans le désert : "Nous as-tu fait sortir d'Egypte pour nous faire mourir de faim ou de soif dans le désert ?"
C'est difficile parfois de croire, d'une foi à toute épreuve, que Dieu est définitivement bon, toujours, totalement.
Isaïe le redit donc, inlassablement, dans notre première lecture : "même si une femme oubliait son enfant, moi le Seigneur, je n'oublierai pas mon peuple".

Quand il nous parle de chercher et de recevoir, Jésus fait une différence entre ses disciples et les païens. Tout le monde doit évidemment se nourrir et se vêtir, mais Jésus nous met en garde. La nourriture, le vêtement, cela, les païens le recherchent.
Or, pour les disciples, il n'en est pas de même : notre Père céleste sait de quoi nous avons besoin.
Autrement dit, la différence entre les païens et les disciples du Christ ne porte pas sur le fait de se nourrir, mais de savoir à qui nous devons la nourriture, et même à qui nous devons notre vie.
Le chrétien sait que tout lui vient du Père, la vie, la croissance et l'être. Et cela transforme radicalement son existence. Jésus nous invite à rester toujours reconnaissant, comme des petits enfants surpris à chaque instant de tant de bonté de la part de Dieu. A chaque moment, nous sommes invités à reconnaître la présence de Dieu, sa bonté pour nous, et à lui rendre grâce.
Ainsi, nous comprendrons toujours mieux que une personne qui nous connaît. Mieux encore, Dieu est de plus en plus pour nous un père, qui nous aime et qui veut notre vie, notre bonheur. Cela nous incite à nous tourner vers lui et à la prier, à entrer en relation avec lui.
Jésus, quand il parle du Dieu qui sait ce dont nous avons besoin, l'appelle "votre Père céleste". C'est évidemment une référence à ce qu'il vient d'enseigner à ses disciples, juste avant dans l'évangile : prier Dieu en lui disant "Notre Père qui es aux cieux..."

Mais l'évangile dit encore plus que cela. Car s'il est question de savoir recevoir, il est aussi question de chercher. Mais que faut-il chercher ?
La phrase-clef de cet évangile est : "cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, tout le reste vous sera donné par surcroît."
Nous n'avons pas à nous préoccuper pour la nourriture, ni pour notre vie, et pourtant, il y a quelque chose à chercher, quelque chose qui est plus grand encore que la vie.
C'est le Royaume de Dieu, cette vie d'un ordre supérieur, une vie qui vient de Dieu, qui est donnée par grâce, une vie qui est divine, une vie qui est éternelle.

Il ne s'agit pas seulement d'espérer vivre un jour dans le Royaume de Dieu. Jésus nous invite à chercher ce Royaume, dès maintenant.
Et ce faisant, le disciple se verra donner, par surcroît, tout ce dont il a besoin. "Qui cherche le Seigneur ne manqueta d'aucun bien", disait déjà le psalmiste.

Cette parole de Jésus répond à la remarque qu'il avait faite juste avant, remarque de simple bon sens: "qui peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?" Personne évidemment.
Eh bien si. Dieu, lui, peut ajouter, par surcroît, ce qu'il veut.

Mais il faut mettre ce que l'on désire, ce que l'on cherche, dans le bon ordre de priorité.
Le bonheur surnaturel donné par le Seigneur, qui s'appelle le Royaume des Cieux, n'est pas exclusif du bonheur terrestre. Mais si on cherche les biens terrestres, on n'ajoutera jamais rien à sa vie dans le Royaume. En revanche, si on cherche le Royaume, alors Dieu peut, par surcroît, ajouter aussi le bonheur, dès ici-bas.

Ce bonheur se manifestera peu à peu : d'abord en s'apercevant que bien des choses que nous croyions désirer ne sont en fait pas nécessaires, et qu'elles sont même parfois des boulets qui nous empêchent de nous tourner vers des réalités plus grandes et plus belles.
Voilà enfin comment on peut ne pas avoir à se préccuper du lendemain. Seule la recherche des biens supérieurs, le désir de Dieu et de la vie avec lui, peut nous délivrer de cette préoccupation du quotidien.

Ensuite, nous découvrons peu à peu que tout ce que nous avons est une preuve de l'amour de Dieu pour nous. On dit que certains self-made-men éprouvent de la satisfaction en sachant qu'ils ne doivent leur fortune qu'à eux-mêmes. N'est-ce pas encore plus réjouissant de savoir que quelqu'un m'a tout donné tellement il m'aime ?

Enfin, en recherchant tellement le Royaume de Dieu, nous finissons par en vivre déjà. La présence auprès de Dieu, la vie dans la charité, débarrassée du péché et de l'angoisse de la mort... ce n'est pas à repousser pour plus tard, mais à vivre dès maintenant.
Oui, il faut le dire et le redire autour de nous : la recherche du Royaume, la recherche de Dieu, est vraiment un chemin qui rend heureux dès maintenant celui qui le parcourt, en lui faisant découvrir qu'il parcourt déjà le chemin au côté du Seigneur.
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Prédication du fr Cyrille-Marie Richard le dimanche 26 février au couvent de Strasbourg : 

Jésus na pas fréquenté lécole de Jules Ferry. Sinon, il aurait appris la morale dans les Fables de La Fontaine. Et quand on a un jour appris La Cigale et la Fourmi, on ne peut pas dire quil ny a aucun souci à se faire pour la nourriture du lendemain.
Avec dailleurs un peu de bon sens, Jésus ne dirait pas à ses disciples Demain soccupera bien de lui-même de peur quils se trouvent fort dépourvus, quand la bise sera venue.

Mais Jésus nest pas venu pour nous dire comment travailler – et encore moins comment ne pas travailler.

Jésus dailleurs, ne dit pas quil ne faudrait pas travailler, quil ne faudrait rien chercher.
Au début, il parle de ceux qui cherchent  (de la nourriture, des vêtements). Il se moque deux gentiment avec cette question : qui peut ajouter quoi que ce soit à la longueur de sa vie ?
Après tout, si on mange, cest pour vivre; si on shabille, cest pour le soin de son corps. La vie est plus importante que la nourriture, le corps est plus important que le vêtement. Or, la vie et le corps nous viennent de Dieu. Si donc il nous a donné la vie, il nous donnera aussi ce qui est nécessaire à lentretien de celle-ci.

Un dieu qui aurait donné la vie mais ne donnerait pas ce quil faut pour vivre, ce serait un dieu qui se contredirait lui-même. Voici une tentation: ne pas faire confiance à Dieu,  soupçonner, à certains moments, quil pourrait peut-être ne pas vouloir notre vie.
Cest la tentation récurrente des Hébreux dans le désert : Nous as-tu fait sortir dEgypte pour nous faire mourir de faim ou de soif dans le désert ?
Cest difficile parfois de croire, dune foi à toute épreuve, que Dieu est définitivement bon, toujours, totalement.
Isaïe le redit donc, inlassablement, dans notre première lecture : même si une femme oubliait son enfant, moi le Seigneur, je noublierai pas mon peuple.

Quand il nous parle de chercher et de recevoir, Jésus fait une différence entre ses disciples et les païens. Tout le monde doit évidemment se nourrir et se vêtir, mais Jésus nous met en garde. La nourriture, le vêtement, cela, les païens le recherchent.
Or, pour les disciples, il nen est pas de même : notre Père céleste sait de quoi nous avons besoin.
Autrement dit, la différence entre les païens et les disciples du Christ ne porte pas sur le fait de se nourrir, mais de savoir à qui nous devons la nourriture, et même à qui nous devons notre vie.
Le chrétien sait que tout lui vient du Père, la vie, la croissance et lêtre. Et cela transforme radicalement son existence. Jésus nous invite à rester toujours reconnaissant, comme des petits enfants surpris à chaque instant de tant de bonté de la part de Dieu. A chaque moment, nous sommes invités à reconnaître la présence de Dieu, sa bonté pour nous, et à lui rendre grâce.
Ainsi, nous comprendrons toujours mieux que une personne qui nous connaît. Mieux encore, Dieu est de plus en plus pour nous un père, qui nous aime et qui veut notre vie, notre bonheur. Cela nous incite à nous tourner vers lui et à la prier, à entrer en relation avec lui.
Jésus, quand il parle du Dieu qui sait ce dont nous avons besoin, lappelle votre Père céleste. Cest évidemment une référence à ce quil vient denseigner à ses disciples, juste avant dans lévangile : prier Dieu en lui disant Notre Père qui es aux cieux...

Mais lévangile dit encore plus que cela. Car sil est question de savoir recevoir, il est aussi question de chercher. Mais que faut-il chercher ?
La phrase-clef de cet évangile est : cherchez dabord le Royaume de Dieu et sa justice, tout le reste vous sera donné par surcroît.
Nous navons pas à nous préoccuper pour la nourriture, ni pour notre vie, et pourtant, il y a quelque chose à chercher, quelque chose qui est plus grand encore que la vie.
Cest le Royaume de Dieu, cette vie dun ordre supérieur, une vie qui vient de Dieu, qui est donnée par grâce, une vie qui est divine, une vie qui est éternelle.

Il ne sagit pas seulement despérer vivre un jour dans le Royaume de Dieu. Jésus nous invite à  chercher ce Royaume, dès maintenant. 
Et ce faisant, le disciple se verra donner, par surcroît, tout ce dont il a besoin. Qui cherche le Seigneur ne manqueta daucun bien, disait déjà le psalmiste.

Cette parole de Jésus répond à la remarque quil avait faite juste avant, remarque de simple bon sens: qui peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Personne évidemment.
Eh bien si. Dieu, lui, peut ajouter, par surcroît, ce quil veut.

Mais il faut mettre ce que lon désire, ce que lon cherche, dans le bon ordre de priorité.
Le bonheur surnaturel donné par le Seigneur, qui sappelle le Royaume des Cieux, nest pas exclusif du bonheur terrestre. Mais si on cherche les biens terrestres, on najoutera jamais rien à sa vie dans le Royaume. En revanche, si on cherche le Royaume, alors Dieu peut, par surcroît, ajouter aussi le bonheur, dès ici-bas.

Ce bonheur se manifestera peu à peu : dabord en sapercevant que bien des choses que nous croyions désirer ne sont en fait pas nécessaires, et quelles sont même parfois des boulets qui nous empêchent de nous tourner vers des réalités plus grandes et plus belles.
Voilà enfin comment on peut ne pas avoir à se préccuper du lendemain. Seule la recherche des biens supérieurs, le désir de Dieu et de la vie avec lui, peut nous délivrer de cette préoccupation du quotidien.

Ensuite, nous découvrons peu à peu que tout ce que nous avons est une preuve de lamour de Dieu pour nous. On dit que certains self-made-men éprouvent de la satisfaction en sachant quils ne doivent leur fortune quà eux-mêmes. Nest-ce pas encore plus réjouissant de savoir que quelquun ma tout donné tellement il maime ?

Enfin, en recherchant tellement le Royaume de Dieu, nous finissons par en vivre déjà. La présence auprès de Dieu, la vie dans la charité, débarrassée du péché et de langoisse de la mort... ce nest pas à repousser pour plus tard, mais à vivre dès maintenant.
Oui, il faut le dire et le redire autour de nous : la recherche du Royaume, la recherche de Dieu, est vraiment un chemin qui rend heureux dès maintenant celui qui le parcourt, en lui faisant découvrir quil parcourt déjà le chemin au côté du Seigneur.

Le mercredi 15/02/17

Modifications d'horaires :

En raison de la retraite annuelle de la communauté, il n'y aura pas de vêpres ni de laudes célébrées dans l'église du couvent du lundi 20 soir au samedi 25 matin inclus. La messe quotidienne reste assurée tous les jours de semaine à 12h10, reprise des horaires normaux dès le samedi 25 au soir.
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Modifications dhoraires : 

En raison de la retraite annuelle de la communauté, il ny aura pas de vêpres ni de laudes célébrées dans léglise du couvent du lundi 20 soir au samedi 25 matin inclus. La messe quotidienne reste assurée tous les jours de semaine à 12h10, reprise des horaires normaux dès le samedi 25 au soir.

Monique Jansou, Laure de Marolles et 10 autres personnes aiment cela

Régine Charles-FélicitéBonne retraite annuelle à toute la communauté.

1 mois il y a   ·  2
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Le lundi 13/02/17

Homélie du fr Jacques-François Vergonjeanne pour le 6e dimanche du Temps Ordinaire, au couvent de Strasbourg.

La tiédeur, obstacle à la sainteté .
« Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux ». Pourquoi ce jugement sans appel sur la justice de ces hommes ?C'était pourtant des juifs amoureux de la loi, épris de perfection, des modèles pour les autres. Ce jugement de Jésus ne concerne d'ailleurs pas tout scribe et tout pharisien, mais certains d'entre eux, qui s'enorgueillissaient de pouvoir pratiquer les nombreuses prescriptions de la Loi ajoutées au Décalogue. D'où un sentiment de suffisance : celui d'être justifiés (de gagner leur salut) sans avoir besoin de l'aide de Dieu. Saint Paul a été l'un de ces pharisiens-là, avant sa rencontre bouleversante avec la personne du Christ. Il écrira plus tard aux Galates : « Si la justice (la sainteté) vient de la pratique de la Loi, c'est donc que le Christ est mort pour rien ! ». (Ga 2,21)
Jésus veut entraîner ses disciples au-delà d'une religion du devoir accompli, du contentement d'en avoir fait assez pour Dieu et pour les autres. On a donné ! Le livre de l'Apocalypse fait dire à Jésus, s'adressant à l'église de Laodicée : « Je connais ta conduite , tu n'es ni brûlant, ni froid. Puisque te voilà tiède, je vais te vomir de ma bouche » (Ap 3,14-15). Un disciple de saint Jean Bosco, le Bx Alamano, disait : « Le tiédeur est un obstacle à la sainteté ».
Passer d'un je crois à un je t'aime.
Véronique, une mère de quatre enfants, très engagée dans sa paroisse, éprouve le besoin, autour de la cinquantaine de faire une retraite ignatienne. Son accompagnateur l'invite à méditer longuement le personnage de Zachée : « Zachée, descends vite de ton arbre, il me faut demeurer chez toi » (Lc 19,5).En un instant, témoigne-t-elle, je me suis sentie envahie par une paix et une joie difficiles à décrire. Des verrous ont sauté en moi. Je suis passée d'une foi cérébrale à l'amour ; d'un JE CROIS à un JE L'AIME. Il m'a fallu cinquante ans pour passer de la tête au cœur. Depuis, je ne peux me taire, j'ai besoin de partager ce trésor ».
Une vielle dame somnolente .
La France et l'Europe traversent actuellement une période difficile. Une crise qui est tout à la fois économique, politique, sociale, sociétale. En profondeur, c'est une crise existentielle et spirituelle.
Lorsque le pape François a été invité à parler au parlementaires européens, à Strasbourg, il a comparé l'Europe à une vieille dame somnolente dans son fauteuil. La société européenne lui semble anesthésiée par la recherche des biens matériels et le confort qu'ils procurent. Comment sortir l'Europe de cet assoupissement spirituel ?
Dom André Louf, a été père abbé de l'abbaye du Mont des Cats, en Flandre française pendant trente ans. Il témoigne de sa longue expérience d'accompagnateur spirituel : « A un moment,l'Esprit nous invite à faire un saut. Si nous parvenons à répondre à cet appel, alors, mystérieusement, l'Esprit prend l'initiative de notre vie. »
« Pourvu que vienne un homme » .
Ces jours-ci, me reviennent en mémoire les paroles d'une chanson de Jacques Brel :
« Pourvu que nous vienne un homme
Aux portes de la cité
Que l'amour soit son royaume
et l'espoir son invité.
Qu'il chasse à jamais et pour toujours
Les solutions qui seraient sans amour. »
J'ignore à qui pensait Jacques Brel en souhaitant l'advenue d'un tel homme. Pour moi, cet homme aux portes de la cité, évoque une figure christique. Serait-ce un guide spirituel qui donnerait envie aux européens de donner le meilleur d'eux-mêmes ? Un homme politique de grande envergure ?
Dans tous les cas de figures, si l'Esprit ne suscite pas dans l'Eglise et dans la société des hommes et des femmes de tous les milieux sociaux et de tous les âges,
qui soient les témoins, dans leur vie quotidienne et leurs engagements, de la force désarmée et désarmante des béatitudes, insuffisants et dérisoires seraient tous les plans A et tous les plans B, pour redonner aux Français le goût de l'avenir.
Des artisans de paix, qui rendraient possible le vivre ensemble, malgré nos différences.
Des cœurs purs qui porteraient sur les autres le regard de miséricorde qui est celui de Dieu.
Des assoiffés de justice pour les petites gens, négligés par le système.
Je termine cette homélie à la manière poétique de Jacques Brel :
Pourvu que l'Esprit suscite,
aux portes de la cité,
des hommes et des femmes
dont la colère soit juste,
jeune et belle comme l'orage.
Qu'ils ne deviennent jamais
Ni des vieux ni des sages.
... Lire la suiteVoir moins de texte

Homélie du fr Jacques-François Vergonjeanne pour le 6e dimanche du Temps Ordinaire, au couvent de Strasbourg.

La  tiédeur, obstacle à la sainteté .
«  Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens vous nentrerez pas dans le Royaume des cieux ». Pourquoi ce jugement sans appel sur la justice de ces hommes ?Cétait pourtant des juifs amoureux de la loi, épris de perfection, des modèles pour les autres. Ce jugement de Jésus ne concerne dailleurs pas tout scribe et tout pharisien, mais certains dentre eux, qui senorgueillissaient de pouvoir pratiquer les nombreuses prescriptions de la Loi ajoutées au Décalogue. Doù un sentiment de suffisance : celui dêtre justifiés (de gagner leur salut) sans avoir besoin de laide de Dieu. Saint Paul a été lun de ces pharisiens-là, avant sa rencontre bouleversante avec la personne du Christ. Il écrira plus tard aux Galates : « Si la justice (la sainteté)  vient de la pratique de la Loi, cest donc que le Christ est mort pour rien ! ». (Ga 2,21)
Jésus veut entraîner ses disciples au-delà dune religion du devoir accompli, du contentement den avoir fait assez pour Dieu et pour les autres. On a donné ! Le livre de lApocalypse fait dire à Jésus, sadressant à léglise de Laodicée : «  Je connais ta conduite , tu nes ni brûlant, ni froid. Puisque te voilà tiède, je vais te vomir de ma bouche » (Ap 3,14-15). Un disciple de saint Jean Bosco, le Bx Alamano, disait : « Le tiédeur est un obstacle à la sainteté ».
Passer dun je crois à un je taime.
Véronique, une mère de quatre enfants, très engagée dans sa paroisse, éprouve le besoin, autour de la cinquantaine de faire une retraite ignatienne. Son accompagnateur linvite à méditer longuement le personnage de Zachée : « Zachée, descends vite de ton arbre, il me faut demeurer chez toi » (Lc 19,5).En un instant, témoigne-t-elle, je me suis sentie envahie par une paix et une joie difficiles à décrire. Des verrous ont sauté en moi. Je suis passée dune foi cérébrale à lamour ; dun JE CROIS à un JE LAIME. Il ma fallu cinquante ans pour passer de la tête au cœur. Depuis, je ne peux me taire, jai besoin de partager ce trésor ».
Une vielle dame somnolente .
La France et lEurope traversent actuellement une période difficile. Une crise qui est tout à la fois économique, politique, sociale, sociétale. En profondeur, cest une crise existentielle et spirituelle.
Lorsque le pape François a été invité à parler au parlementaires européens, à Strasbourg, il a comparé lEurope à une vieille dame somnolente dans son fauteuil. La société européenne lui semble anesthésiée par la recherche des biens matériels et le confort quils procurent. Comment sortir lEurope de cet assoupissement spirituel ?
Dom André Louf, a été père abbé de labbaye du Mont des Cats, en Flandre française pendant trente ans. Il témoigne de sa longue expérience daccompagnateur spirituel : «  A un moment,lEsprit nous invite à faire un saut. Si nous parvenons à répondre à cet appel, alors, mystérieusement, lEsprit prend linitiative de notre vie. »
« Pourvu que vienne un homme » .
Ces jours-ci, me reviennent en mémoire les paroles dune chanson de Jacques Brel :
« Pourvu que nous vienne un homme 
Aux portes de la cité
Que lamour soit son royaume
et lespoir son invité.
Quil chasse à jamais et pour toujours
Les solutions qui seraient sans amour. »
Jignore à qui pensait Jacques Brel en souhaitant ladvenue dun tel homme. Pour moi, cet homme aux portes de la cité, évoque une figure christique. Serait-ce un guide spirituel qui donnerait envie aux européens de donner le meilleur deux-mêmes ? Un homme politique de grande envergure ?
Dans tous les cas de figures, si lEsprit ne suscite pas dans lEglise et dans la société des hommes et des femmes de tous les  milieux sociaux et de tous les âges,
qui soient les témoins, dans leur vie quotidienne et leurs engagements, de la force désarmée et désarmante des béatitudes, insuffisants et dérisoires seraient tous les plans A et tous les plans B, pour redonner aux Français le goût de lavenir.
Des artisans de paix,  qui rendraient possible le vivre ensemble, malgré nos différences.
Des cœurs purs qui porteraient sur les autres le regard de miséricorde qui est celui de Dieu.
Des assoiffés de justice pour les petites gens, négligés par le système.
Je termine cette homélie à la manière poétique de Jacques Brel :
Pourvu que lEsprit suscite,
aux portes de la cité,
 des hommes et des femmes
dont la  colère soit juste,
jeune et belle comme lorage.
Quils ne deviennent jamais
Ni des vieux ni des sages.

Thomas Zimmermann, Angèle Kiefer et 10 autres personnes aiment cela

Danielle Kerckhovebien resonne mais helas pas pour demain !

1 mois il y a
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Le lundi 16/01/17

Changements dans la programmation des activités du centre Mounier :
- La conférence de Reza MOGHADDASSI ("La soif de l'essentiel") initialement programmée au Mercredi 18 janvier est reportée au Lundi 27 mars
- Le concert du samedi 21 janvier commencera à 20h et non à 20h30

Retrouvez la liste actualisée des prochaines conférences, tables-rondes, cours et concerts à venir sur dominicains-strasbourg.fr/index.php/prochains-rendez-vous/
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Le dimanche 08/01/17

Dominicains Strasbourg a ajouté 2 photos.

Nous tirons les rois cet après-midi avec les bénévoles qui nous aident à tenir la porterie du couvent.
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Nous tirons les rois cet après-midi avec les bénévoles qui nous aident à tenir la porterie du couvent.

Sylvie Ribaut, Laure Bathellier et 23 autres personnes aiment cela

Yveline RivalBelle sainte fête de l’Épiphanie à vous tous!

2 mois il y a   ·  1
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Le mercredi 04/01/17

Dominicains Strasbourg a changé sa photo de couverture. ... Lire la suiteVoir moins de texte

Le lundi 02/01/17

Prédication du fr Nicolas Tixier pour la solennité de Ste Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier 2017 au couvent de Strasbourg :

C’est dommage que les tableaux ne parlent pas. Ils nous raconteraient bien des choses peut-être. La Joconde nous expliquerait les raisons de son sourire. Le beau tableau de la crèche de notre église ne parle pas lui non plus, mais ça laisse le champ libre à nos rêves : nous pouvons ainsi imaginer ce que se disent l’âne et le bœuf, contemplant l’enfant Jésus qui occupe leur mangeoire.
C’est dommage que les mosaïques ne parlent pas elles non plus. C’est ce que je me dis à chaque fois que j’entre dans la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon… Si vous avez déjà eu l’occasion d’entrer dans cet édifice cher au cœur de tous les Lyonnais, vous avez été aspiré par le tourbillon de décorations que l’architecte Pierre Bossan a déployé en l’honneur de la Sainte Vierge. Et puis vos yeux ont fini par se poser dessus, l’immense mosaïque qui représente le concile d’Éphèse, tenu en 431. Qu’y voit-on ? La Vierge Marie sur un trône, tenant entre ses bras l’enfant Jésus. Un cortège d’anges au-dessus de sa tête. L’empereur Théodose, sa femme Pulchérie. Et devant, un homme qui semble danser devant la Vierge, Saint Cyrille d’Alexandrie venu défendre ce qui sera l’œuvre de ce concile : l’affirmation de ce que Marie est Mère de Dieu.
Les tableaux ne parlent pas. Les mosaïques ne parlent pas. C’est dommage ! Car si celle-ci le faisait, on entendrait une clameur immense. Une foule hurler. « Theotokos ! Theotokos ! Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! », comme l’histoire le rapporte. La foule, le peuple d’Éphèse qui hurle son attachement à la Mère de Dieu. C’était une époque, bien lointaine, où la définition de la foi faisait la une des journaux du soir, où l’on pouvait en venir aux mains pour cela !
Crierions-nous nous aussi, comme la foule d’Éphèse, Theotokos ! Mère de Dieu ! Qui au fond de lui-même ce soir ne se dit pas (comme peut-être à chaque Je vous salue Marie) « tout de même, appeler Marie, Mère de Dieu, c’est un peu osé ! Mère de Jésus, je veux bien, mais Mère de Dieu ? Que je sache, le livre de la Genèse ne nous a pas parlé d’une naissance de Dieu avant la création du monde. Et puis, Marie n’était même pas là à l’époque.
Marie est dite « Mère de Dieu », pourtant. Et la foule d’Éphèse avait raison de s’en réjouir, et nous de la fêter aujourd’hui sous ce titre. Mère de Dieu, parce qu’il fallait que Dieu ait une mère, bien sûr !
Mais de qui parlons-nous ? Même si nous l’aimons beaucoup, nous ne parlons pas de Marie en premier. Ce titre de « Mère de Dieu » n’est pas là pour l’honorer en premier lieu. Ce n’est pas une pure invention parce qu’elle le mériterait, par simple dévotion de notre part. Elle est mère de Dieu à cause du Mystère de Dieu. Elle est mère de Dieu parce qu’effectivement Dieu devait avoir une mère.
Pourquoi ? Parce que dans le plan de Dieu, il y avait cette venue. Cette venue dans le monde. Dans l’humanité du monde. Cette venue dans la chair. C’est ce que nous avons fêté joyeusement ces derniers jours. Ce bouleversement. Cette révolution. Cette incroyable rencontre du Ciel et de la Terre. Tout est là. Dans cette crèche, dans ce bébé. Si sage. Si calme. Si petit et si grand. Dieu. Homme. Vrai Dieu. Vrai homme. Totalement Dieu. Totalement homme.
C’est lui, Jésus, qui nous apprend qui est sa mère. C’est parce que lui a voulu être qui il est, que nous comprenons qui elle est.
C’est en contemplant son visage à lui, en réécoutant ce qu’il nous dit de lui-même, que nous comprenons qui est sa mère. Parce que lui, Jésus est vraiment homme. Alors elle, Marie est vraiment mère de Dieu.
Il fallait que Dieu ait une mère. Il le fallait. Cela ne pouvait être autrement. Car Dieu avait le projet résolu de se faire chair. Il avait le projet résolu de sauver les hommes. Comment allait-il faire ? Il aurait pu apparaître un jour à nouveau dans un buisson en feu, comme à Moïse. Il aurait pu se dire à nouveau dans le bruissement d’une brise légère, comme à Elie. Il aurait pu parler au milieu de la nuit, comme à Samuel. Il aurait pu bien des choses en somme.
Mais le projet de Dieu allait cette fois-ci bien plus loin. Il voulait venir. Ne pas faire semblant. Ne pas prendre une simple apparence d’homme. Ne pas jouer à l’homme en restant Dieu. Combien on a pu discuter durant les premiers siècles de l’histoire de l’Église autour de ces questions… Car cela semblait tellement inimaginable d’accepter ce grand mystère : Dieu pouvait-il s’être abaissé à ce point qu’il se corrompe avec l’humanité ? Quelle déchéance que celle de prendre chair ! Alors il fallait prendre la défense de sa divinité, par maints stratagèmes, maints discours théologiques. Empêcher le scandale de l’Incarnation. Empêcher Dieu de se compromettre avec la chair. Le laisser au Ciel en somme, et les hommes sur la terre. N’était-ce pas moins scandaleux ?
Mais il faut s’y résoudre « le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ». Dieu voulait prendre la condition de sa créature : l’homme. Dieu voulait devenir homme.
Et comment devient-on homme ? On naît. On naît d’une mère. Un jour, on passe du tombeau secret de son ventre au grand air du jour. On respire un grand coup et on hurle de la vie qui pénètre dans nos poumons. Nous avons tous ceci en commun : nous sommes nés d’une mère. Elle a pu être aimante ou absente. Elle a pu nous voir grandir ou pas. Nous entourer d’affection ou pas. Elle nous a mis au monde.
*
Que crie donc la foule d’Éphèse quand elle acclame la Mère de Dieu ? Sans doute acclame-t-elle la Vierge Marie, c’est bien certain. Comment ne pas acclamer celle qui a dit oui à Dieu ? Celle par qui le Salut est entré dans le monde ? La Nouvelle Ève ?
Mais je crois que la foule d’Éphèse acclame plus loin encore. Par la mère, elle acclame celui qui l’a fait nommer « mère ». Le Fils. Elle acclame par Marie le Salut dont elle est l’instrument. Elle acclame le Sauveur, ce Fils unique qu’elle a mis au monde. Ce fils dans lequel la foule reconnaît non seulement Dieu, mais aussi l’homme. De chair et d’os. Il est tellement important qu’il soit homme cet enfant-Dieu. Un homme né d’une mère. Ce que la foule acclame c’est un Dieu devenu, par le ventre de Marie, son frère.
Alors il est acclamé comme il le mérite, par sa famille terrestre. Dans la fraternité de ceux qui sont nés d’une mère. Le peuple des hommes, dont il est lui-même. Le peuple de ceux dont il est venu partager les joies et la déréliction, le peuple de ceux dont il vient goûter la condition et les misères excepté le péché. Le peuple qui s’est réveillé un jour, sorti du ventre de sa mère, et s’endort un soir dans le tombeau. Le peuple dont il prendra la mort sur le dos, pour le délivrer de la mort.
Parce qu’il est venu pour cela et uniquement pour cela, pour nous sauver.
Je remonte pour finir sur la colline de Fourvière. À côté de la basilique, les lettres lumineuses « Merci Marie » éclairent le ciel, bien visibles de toute la ville. C’est peut-être ce que nous aurons envie de lui dire aujourd’hui, à elle, la jeune fille de Nazareth, devenue Mère de Dieu.
Merci Marie d’avoir entendu l’appel du Seigneur et d’y avoir consenti. Merci Marie d’avoir accueilli dans ta chair de femme l’enfant-Dieu.
Merci Marie de nous avoir donné le Sauveur du Monde.
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Prédication du fr Nicolas Tixier pour la solennité de Ste Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier 2017 au couvent de Strasbourg : 

C’est dommage que les tableaux ne parlent pas. Ils nous raconteraient bien des choses peut-être. La Joconde nous expliquerait les raisons de son sourire. Le beau tableau de la crèche de notre église ne parle pas lui non plus, mais ça laisse le champ libre à nos rêves : nous pouvons ainsi imaginer ce que se disent l’âne et le bœuf, contemplant l’enfant Jésus qui occupe leur mangeoire.
C’est dommage que les mosaïques ne parlent pas elles non plus. C’est ce que je me dis à chaque fois que j’entre dans la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon… Si vous avez déjà eu l’occasion d’entrer dans cet édifice cher au cœur de tous les Lyonnais, vous avez été aspiré par le tourbillon de décorations que l’architecte Pierre Bossan a déployé en l’honneur de la Sainte Vierge. Et puis vos yeux ont fini par se poser dessus, l’immense mosaïque qui représente le concile d’Éphèse, tenu en 431. Qu’y voit-on ? La Vierge Marie sur un trône, tenant entre ses bras l’enfant Jésus. Un cortège d’anges au-dessus de sa tête. L’empereur Théodose, sa femme Pulchérie. Et devant, un homme qui semble danser devant la Vierge, Saint Cyrille d’Alexandrie venu défendre ce qui sera l’œuvre de ce concile : l’affirmation de ce que Marie est Mère de Dieu.
Les tableaux ne parlent pas. Les mosaïques ne parlent pas. C’est dommage ! Car si celle-ci le faisait, on entendrait une clameur immense. Une foule hurler. « Theotokos ! Theotokos ! Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! », comme l’histoire le rapporte. La foule, le peuple d’Éphèse qui hurle son attachement à la Mère de Dieu. C’était une époque, bien lointaine, où la définition de la foi faisait la une des journaux du soir, où l’on pouvait en venir aux mains pour cela !
Crierions-nous nous aussi, comme la foule d’Éphèse, Theotokos ! Mère de Dieu ! Qui au fond de lui-même ce soir ne se dit pas (comme peut-être à chaque Je vous salue Marie) « tout de même, appeler Marie, Mère de Dieu, c’est un peu osé ! Mère de Jésus, je veux bien, mais Mère de Dieu ? Que je sache, le livre de la Genèse ne nous a pas parlé d’une naissance de Dieu avant la création du monde. Et puis, Marie n’était même pas là à l’époque.
Marie est dite « Mère de Dieu », pourtant. Et la foule d’Éphèse avait raison de s’en réjouir, et nous de la fêter aujourd’hui sous ce titre. Mère de Dieu, parce qu’il fallait que Dieu ait une mère, bien sûr !
Mais de qui parlons-nous ? Même si nous l’aimons beaucoup, nous ne parlons pas de Marie en premier. Ce titre de « Mère de Dieu » n’est pas là pour l’honorer en premier lieu. Ce n’est pas une pure invention parce qu’elle le mériterait, par simple dévotion de notre part. Elle est mère de Dieu à cause du Mystère de Dieu. Elle est mère de Dieu parce qu’effectivement Dieu devait avoir une mère.
Pourquoi ? Parce que dans le plan de Dieu, il y avait cette venue. Cette venue dans le monde. Dans l’humanité du monde. Cette venue dans la chair. C’est ce que nous avons fêté joyeusement ces derniers jours. Ce bouleversement. Cette révolution. Cette incroyable rencontre du Ciel et de la Terre. Tout est là. Dans cette crèche, dans ce bébé. Si sage. Si calme. Si petit et si grand. Dieu. Homme. Vrai Dieu. Vrai homme. Totalement Dieu. Totalement homme. 
C’est lui, Jésus, qui nous apprend qui est sa mère. C’est parce que lui a voulu être qui il est, que nous comprenons qui elle est. 
C’est en contemplant son visage à lui, en réécoutant ce qu’il nous dit de lui-même, que nous comprenons qui est sa mère. Parce que lui, Jésus est vraiment homme. Alors elle, Marie est vraiment mère de Dieu.
Il fallait que Dieu ait une mère. Il le fallait. Cela ne pouvait être autrement. Car Dieu avait le projet résolu de se faire chair. Il avait le projet résolu de sauver les hommes. Comment allait-il faire ? Il aurait pu apparaître un jour à nouveau dans un buisson en feu, comme à Moïse. Il aurait pu se dire à nouveau dans le bruissement d’une brise légère, comme à Elie. Il aurait pu parler au milieu de la nuit, comme à Samuel. Il aurait pu bien des choses en somme. 
Mais le projet de Dieu allait cette fois-ci bien plus loin. Il voulait venir. Ne pas faire semblant. Ne pas prendre une simple apparence d’homme. Ne pas jouer à l’homme en restant Dieu. Combien on a pu discuter durant les premiers siècles de l’histoire de l’Église autour de ces questions… Car cela semblait tellement inimaginable d’accepter ce grand mystère : Dieu pouvait-il s’être abaissé à ce point qu’il se corrompe avec l’humanité ? Quelle déchéance que celle de prendre chair ! Alors il fallait prendre la défense de sa divinité, par maints stratagèmes, maints discours théologiques. Empêcher le scandale de l’Incarnation. Empêcher Dieu de se compromettre avec la chair. Le laisser au Ciel en somme, et les hommes sur la terre. N’était-ce pas moins scandaleux ?
Mais il faut s’y résoudre « le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ». Dieu voulait prendre la condition de sa créature : l’homme. Dieu voulait devenir homme.
Et comment devient-on homme ? On naît. On naît d’une mère. Un jour, on passe du tombeau secret de son ventre au grand air du jour. On respire un grand coup et on hurle de la vie qui pénètre dans nos poumons. Nous avons tous ceci en commun : nous sommes nés d’une mère. Elle a pu être aimante ou absente. Elle a pu nous voir grandir ou pas. Nous entourer d’affection ou pas. Elle nous a mis au monde.
*
Que crie donc la foule d’Éphèse quand elle acclame la Mère de Dieu ? Sans doute acclame-t-elle la Vierge Marie, c’est bien certain. Comment ne pas acclamer celle qui a dit oui à Dieu ? Celle par qui le Salut est entré dans le monde ? La Nouvelle Ève ?
Mais je crois que la foule d’Éphèse acclame plus loin encore. Par la mère, elle acclame celui qui l’a fait nommer « mère ». Le Fils. Elle acclame par Marie le Salut dont elle est l’instrument. Elle acclame le Sauveur, ce Fils unique qu’elle a mis au monde. Ce fils dans lequel la foule reconnaît non seulement Dieu, mais aussi l’homme. De chair et d’os. Il est tellement important qu’il soit homme cet enfant-Dieu. Un homme né d’une mère. Ce que la foule acclame c’est un Dieu devenu, par le ventre de Marie, son frère.
Alors il est acclamé comme il le mérite, par sa famille terrestre. Dans la fraternité de ceux qui sont nés d’une mère. Le peuple des hommes, dont il est lui-même. Le peuple de ceux dont il est venu partager les joies et la déréliction, le peuple de ceux dont il vient goûter la condition et les misères excepté le péché. Le peuple qui s’est réveillé un jour, sorti du ventre de sa mère, et s’endort un soir dans le tombeau. Le peuple dont il prendra la mort sur le dos, pour le délivrer de la mort.
Parce qu’il est venu pour cela et uniquement pour cela, pour nous sauver.
Je remonte pour finir sur la colline de Fourvière. À côté de la basilique, les lettres lumineuses « Merci Marie » éclairent le ciel, bien visibles de toute la ville. C’est peut-être ce que nous aurons envie de lui dire aujourd’hui, à elle, la jeune fille de Nazareth, devenue Mère de Dieu.
Merci Marie d’avoir entendu l’appel du Seigneur et d’y avoir consenti. Merci Marie d’avoir accueilli dans ta chair de femme l’enfant-Dieu. 
Merci Marie de nous avoir donné le Sauveur du Monde.