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Le mardi 23/05/17

Homélie du fr Nicolas Tixier pou le 6e dimanche de Pâques au couvent de Strasbourg le 21/05/17 :

« Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio. »

Toi qu'on nomme le Paraclet,
Le don du Dieu très-Haut,
La source vivante, le Feu, la Charité,
L'Onction spirituelle.

Vous aurez bien sûr reconnu là l’un des couplets du Veni Creator. Mais qui est-il donc ce « Paraclitus » ? Littéralement, il est « celui qu’on appelle à son secours », « celui qui vient au-devant ». Il est l’avocat, celui qui est appelé auprès. Jésus nous le présente comme le Défenseur, selon la traduction liturgique telle que nous venons de l’entendre il y a quelques instants.

S’il faut un avocat, un paraclet, un défenseur, cela signifierait qu’il y a un objet, un intérêt à défendre, il y a des droits à faire valoir. Des droits que certains voudraient attaquer. Il y a les droits de la défense. Les droits de la défense de celui à qui l’avocat est promis par Jésus. C’est-à-dire l’homme. L’homme en procès. Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir l’objet d’un procès ? D’être « mis en accusation » ? C’est-à-dire « attiré dans la cause », « attiré dans le procès ».

Je ne parle pas ici des reproches que l’on peut se voir fait un jour par ceux avec qui nous vivons, et qui peuvent être justifiés, ou pas. Tu n’as pas fait ci, tu n’as pas fait ça. Tu as mal agi en faisant telle chose. C’est un peu désagréable, mais si c’est justifié, cela peut passer… Non, je parle d’une autre forme de procès, plus discret, plus intérieur. Il n’est pas besoin que les reproches soient formulés de vive voix. C’est en nous le plus souvent que résonne l’accusation. Que se passe-t-il dans ce lieu intérieur et mystérieux ? Entrons donc dans la salle d’audience…

Là encore, il y a une accusation qui est juste et une qui ne l’est pas. Celle qui est juste, c’est celle qui vient de notre conscience et qui nous rappelle de temps en temps que ce que nous faisons n’est pas bon. La conscience joue alors pleinement son rôle, qui est d’être le centre le plus intime et le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. Une petite histoire tsigane explique que les Gitans se déplacent depuis que l’un d’entre eux, un forgeron, aurait forgé les clous de la Passion et les aurait vendus aux soldats romains. Depuis, un clou incandescent ne cesserait d’apparaître sur les lieux de leur implantation, rappelant la terrible participation de l’homme à la mort du Christ, et les condamnant à tout jamais à errer sur la terre. On peut voir là le rappel bénéfique du mal, permettant de se convertir, de s’orienter vers le bien.

Les reproches de notre conscience nous permettent, c’est vrai, de marcher le plus fidèlement possible dans les voies de Dieu, en nous empêchant de donner libre cours à nos pulsions les plus primaires. Ils nous aident à ordonner notre vie, à ne pas marcher soumis à l’arbitraire de nos envies, de nos désirs bruts, sombres, et parfois destructeurs. Ainsi nous ne nous jetons normalement pas sauvagement sur notre prochain pour lui arracher la tête dès qu’il prononce une parole déplaisante. Et si nous le faisions, il se pourrait que notre conscience nous en fasse le reproche… Nous le savons, nous en avons l’intuition profonde, tout ceci est juste et nous pousse à emprunter le chemin de la vie.

Mais il y a une accusation injuste, celle-ci ne vient pas de Dieu, mais de celui que l’Écriture appelle l’accusateur. Celui qui attire sans cesse dans la cause, celui qui intente sans cesse un procès à l’homme. Il nous trouble, ne nous laisse pas de répit. Si vous avez un jour la chance de passer devant le tympan de l’abbatiale sainte Foy à Conques, dans l’Aveyron, vous y verrez, bien au centre, une représentation de la pesée des âmes, par laquelle on commence normalement la présentation du tympan. Un face à face, très amusant, entre un petit démon grimaçant et accusateur et un ange, et entre les deux, une balance.

Le petit démon tente de faire pencher la balance de son côté, en mettant son doigt sur le plateau avec un sourire narquois… Il joue avec les apparences, accusateur pervers. Il se sert du péché de l’homme pour laisser penser que par ce péché l’homme est nécessairement perdu. Je pourrais parodier son réquisitoire impitoyable : « Je mets devant toi ton péché, ce que tu caches soigneusement, et probablement honteusement. Exhibant ton péché, te couvrant de honte, je te montre également ta perte, car ce péché te perd ».

C’est alors qu’il faut regarder la scène attentivement, et constater que malgré le réquisitoire, la balance penche de l’autre côté. Du côté de l’ange. Et le démon ne parvient pas en fait à tuer l’âme. Son sourire se fige donc.

L’accusateur a donc trouvé meilleur plaideur que lui. C’est l’avocat, le défenseur. Alors qu’il prétendait perdre l’homme en dévoilant ses vérités cachées, voici que l’Esprit de Vérité vient au contraire rappeler à l’homme qu’il n’a pas à craindre la vérité, mais peut par elle marcher dans la lumière. L’homme pécheur est invité à marcher dans les voies de Dieu. À ne pas se laisser troubler par l’accusateur. C’est un des aspects de la victoire :

"Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. » (Ap 12)

Nous marchons donc avec un sûr appui. Consolateur, défenseur, Esprit de Vérité, avocat, intercesseur. Il est tout cela ce Paraclet qui vient, manifestant que l’action de Dieu se perpétue dans le monde. Manifestant que Dieu juge est aussi Dieu avocat. Il éclaire. Il avertit. Il conseille. Il exhorte. Et quand le pécheur revient à lui, il jette loin de lui son péché, aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident.

L’un des plus grands avocats du vingtième siècle, Vincent de Moro-Giafferi, brillant orateur, défenseur des grandes causes pénales, fustigeait ce qui empêchait le juge de trancher sereinement, dans le respect de la seule justice, et notamment les cris de haine de l’opinion réclamant le châtiment, l’accusateur :

« L'opinion publique ? Chassez-la, cette intruse, cette prostituée qui tire le juge par la manche ! C'est elle qui, au pied du Golgotha, tendait les clous aux bourreaux ».

On lui attribue cette parole, et j’y vois là la profession de foi d’un grand avocat, lucide sur le mal dont l’homme peut se rendre coupable, conscient de ce qui enténèbre l’âme humaine :

Il lui fut en effet demandé : « cher Maître, quel est le sens de votre vie d’avocat ?

Et « le grand Moro » de répondre simplement : « Défendre l’homme, toujours ».
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Homélie du fr Nicolas Tixier pou le 6e dimanche de Pâques au couvent de Strasbourg le 21/05/17 : 

« Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio. »

Toi quon nomme le Paraclet,
Le don du Dieu très-Haut,
La source vivante, le Feu, la Charité,
LOnction spirituelle.

Vous aurez bien sûr reconnu là l’un des couplets du Veni Creator. Mais qui est-il donc ce « Paraclitus » ? Littéralement, il est « celui qu’on appelle à son secours », « celui qui vient au-devant ». Il est l’avocat, celui qui est appelé auprès. Jésus nous le présente comme le Défenseur, selon la traduction liturgique telle que nous venons de l’entendre il y a quelques instants.

S’il faut un avocat, un paraclet, un défenseur, cela signifierait qu’il y a un objet, un intérêt à défendre, il y a des droits à faire valoir. Des droits que certains voudraient attaquer. Il y a les droits de la défense. Les droits de la défense de celui à qui l’avocat est promis par Jésus. C’est-à-dire l’homme. L’homme en procès. Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir l’objet d’un procès ? D’être « mis en accusation » ? C’est-à-dire « attiré dans la cause », « attiré dans le procès ». 

Je ne parle pas ici des reproches que l’on peut se voir fait un jour par ceux avec qui nous vivons, et qui peuvent être justifiés, ou pas. Tu n’as pas fait ci, tu n’as pas fait ça. Tu as mal agi en faisant telle chose. C’est un peu désagréable, mais si c’est justifié, cela peut passer… Non, je parle d’une autre forme de procès, plus discret, plus intérieur. Il n’est pas besoin que les reproches soient formulés de vive voix. C’est en nous le plus souvent que résonne l’accusation. Que se passe-t-il dans ce lieu intérieur et mystérieux ? Entrons donc dans la salle d’audience…

Là encore, il y a une accusation qui est juste et une qui ne l’est pas. Celle qui est juste, c’est celle qui vient de notre conscience et qui nous rappelle de temps en temps que ce que nous faisons n’est pas bon. La conscience joue alors pleinement son rôle, qui est d’être le centre le plus intime et le plus secret de lhomme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. Une petite histoire tsigane explique que les Gitans se déplacent depuis que l’un d’entre eux, un forgeron, aurait forgé les clous de la Passion et les aurait vendus aux soldats romains. Depuis, un clou incandescent ne cesserait d’apparaître sur les lieux de leur implantation, rappelant la terrible participation de l’homme à la mort du Christ, et les condamnant à tout jamais à errer sur la terre. On peut voir là le rappel bénéfique du mal, permettant de se convertir, de s’orienter vers le bien. 

Les reproches de notre conscience nous permettent, c’est vrai, de marcher le plus fidèlement possible dans les voies de Dieu, en nous empêchant de donner libre cours à nos pulsions les plus primaires. Ils nous aident à ordonner notre vie, à ne pas marcher soumis à l’arbitraire de nos envies, de nos désirs bruts, sombres, et parfois destructeurs. Ainsi nous ne nous jetons normalement pas sauvagement sur notre prochain pour lui arracher la tête dès qu’il prononce une parole déplaisante. Et si nous le faisions, il se pourrait que notre conscience nous en fasse le reproche… Nous le savons, nous en avons l’intuition profonde, tout ceci est juste et nous pousse à emprunter le chemin de la vie.

Mais il y a une accusation injuste, celle-ci ne vient pas de Dieu, mais de celui que l’Écriture appelle l’accusateur. Celui qui attire sans cesse dans la cause, celui qui intente sans cesse un procès à l’homme. Il nous trouble, ne nous laisse pas de répit. Si vous avez un jour la chance de passer devant le tympan de l’abbatiale sainte Foy à Conques, dans l’Aveyron, vous y verrez, bien au centre, une représentation de la pesée des âmes, par laquelle on commence normalement la présentation du tympan. Un face à face, très amusant, entre un petit démon grimaçant et accusateur et un ange, et entre les deux, une balance.

Le petit démon tente de faire pencher la balance de son côté, en mettant son doigt sur le plateau avec un sourire narquois… Il joue avec les apparences, accusateur pervers. Il se sert du péché de l’homme pour laisser penser que par ce péché l’homme est nécessairement perdu. Je pourrais parodier son réquisitoire impitoyable : « Je mets devant toi ton péché, ce que tu caches soigneusement, et probablement honteusement. Exhibant ton péché, te couvrant de honte, je te montre également ta perte, car ce péché te perd ».

C’est alors qu’il faut regarder la scène attentivement, et constater que malgré le réquisitoire, la balance penche de l’autre côté. Du côté de l’ange. Et le démon ne parvient pas en fait à tuer l’âme. Son sourire se fige donc.

L’accusateur a donc trouvé meilleur plaideur que lui. C’est l’avocat, le défenseur. Alors qu’il prétendait perdre l’homme en dévoilant ses vérités cachées, voici que l’Esprit de Vérité vient au contraire rappeler à l’homme qu’il n’a pas à craindre la vérité, mais peut par elle marcher dans la lumière. L’homme pécheur est invité à marcher dans les voies de Dieu. À ne pas se laisser troubler par l’accusateur. C’est un des aspects de la victoire :

Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisquon a jeté bas laccusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. » (Ap 12)

Nous marchons donc avec un sûr appui. Consolateur, défenseur, Esprit de Vérité, avocat, intercesseur. Il est tout cela ce Paraclet qui vient, manifestant que l’action de Dieu se perpétue dans le monde. Manifestant que Dieu juge est aussi Dieu avocat. Il éclaire. Il avertit. Il conseille. Il exhorte. Et quand le pécheur revient à lui, il jette loin de lui son péché, aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident.

L’un des plus grands avocats du vingtième siècle, Vincent de Moro-Giafferi, brillant orateur, défenseur des grandes causes pénales, fustigeait ce qui empêchait le juge de trancher sereinement, dans le respect de la seule justice, et notamment les cris de haine de l’opinion réclamant le châtiment, l’accusateur :

« Lopinion publique ? Chassez-la, cette intruse, cette prostituée qui tire le juge par la manche ! Cest elle qui, au pied du Golgotha, tendait les clous aux bourreaux ».

On lui attribue cette parole, et j’y vois là la profession de foi d’un grand avocat, lucide sur le mal dont l’homme peut se rendre coupable, conscient de ce qui enténèbre l’âme humaine :

Il lui fut en effet demandé : « cher Maître, quel est le sens de votre vie d’avocat ?

Et « le grand Moro » de répondre simplement : « Défendre l’homme, toujours ».

Josiane Piat, Brigitte Mendene et 5 autres personnes aiment cela

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Le lundi 08/05/17

Homélie du fr Cyrille-Marie Richard au couvent de Strasbourg pour le 4e dimanche de Pâques (Dimanche du Bon Pasteur) le 7 mai 2017 :

L’image du berger est belle. Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, c’était la représentation par excellence de Jésus dans les fresques, les sculptures, les bas-reliefs, dans les églises ou sur les tombeaux. Le crucifié n’a été représenté que plus tard.
Un berger dans un pré, avec des moutons autour de lui : tout cela est très beau, mais l’image pourrait paraître un peu niaise. Pourtant, elle est porteuse d’un sens très fort, pas du tout niais.
Le berger, dans l’histoire d’Israël, c’est avant tout le Seigneur. C’est lui qui prend soin de son troupeau. Et concrètement, cette fonction pastorale est comme « incarnée » par des hommes. Le peuple a des pasteurs qui le dirigent au nom du Seigneur, lui qui est le vrai berger.
Le premier de ces hommes à qui on applique l’image du berger, c’est le roi. Il y a là une spécificité d’Israël : l’image du roi, ce n’est pas le roi-guerrier, le roi-magicien ou guérisseur, c’est le roi-berger. D’ailleurs, David, le grand roi d’Israël, était berger, au sens propre, avant de devenir roi.
C’est une belle image pour décrire ce qu’est le roi d’Israël. Il n’est pas comme les grands qui font sentir leur pouvoir, il est celui qui prend soin de son peuple. Il ne se soucie pas seulement de la géopolitique du pays, mais du bien de chacun de ses habitants.
Cette image de la figure du chef est appliquée à Jésus. Il n’a pas de prétention nationale, militaire, il est le berger. Il est celui, nous disent les évangiles, qui est prêt à laisser momentanément 99 brebis pour aller chercher la 100ème qui s’est égarée. Ainsi, cette image du Christ-berger nous fait entrer dans le mystère de Jésus.
Pourtant, la parabole qui nous est racontée par Jésus dans l’évangile de ce soir n’a rien à voir avec David ou avec un quelconque roi. Et la transformation de l’image habituelle de ce qu’est un chef, en utilisant la métaphore du berger, va encore beaucoup plus loin chez saint Jean.
L’évangile d’aujourd’hui nous plonge au cœur de l’Exode.
Que fait le berger avec ses brebis ? Il les « fait sortir ». C’est une des expressions les plus courantes dans l’histoire d’Israël pour rappeler la sortie d’Egypte : Dieu a fait sortir son peuple. De manière un peu vigoureuse s’il le faut : Jésus nous dit que le berger « pousse les brebis dehors ». Ples brebis écoutent sa voix, comme le peuple des Hébreux a entendu le Seigneur donner sa Loi au Mont Sinaï. Ensuite, le berger marche à leur tête : voici la colonne de nuée dans laquelle était le Seigneur, et que les Hébreux n’avaient qu’à suivre pour trouver leur chemin.
« Jamais elles ne suivront, ces brebis, un étranger ». Façon de polie de leur donner ce conseil : « ne prenez pas le risque de suivre un dieu étranger ».

Le berger présenté ici n’est pas quelqu’un qui fait paître, qui surveille, qui chaque matin fait sortir les brebis de la bergerie et les y fait rentrer chaque soir. C’est un berger bien particulier, bien plus qu’un berger qui prend soin : c’est un berger qui fait sortir, qui libère, qui mène ailleurs. La différence avec les autres bergers, ce n’est pas seulement que celui-ci serait meilleur, plus doux, plus attentif à ses brebis que les autres bergers. La différence avec les autres bergers, dans notre évangile, c’est que celui-ci mène son troupeau vers des paysages inconnus où seul lui peut les mener.
Son œuvre, c’est de donner la vie, et de la donner en abondance. La vie en abondance, ce n’est pas une vie plus longue ou meilleure. C’est autre chose que ce que l’on peut imaginer : c’est la vraie vie.
Pour rester dans la métaphore, il ne s’agit pas d’aller d’un pâturage à un autre pâturage où l’herbe serait un peu plus verte. Le berger ne mène pas ses brebis de la Provence à la Normandie, par exemple. Il nous emmène vers un lieu qui est tout autre. Moïse n’a pas chercher à améliorer la condition des Hébreux en Egypte ; il n’a pas négocié avec Pharaon une amélioration :un peu moins de briques à contruire, un peu plus de nourriture chaque midi… Il a tout simplement fait partir son peuple.
Le bon berger fait quelque chose que lui seul peut faire : faire passer ses brebis dans un autre univers, où rien n’est pareil. Il ne fait pas seulement tout ce qu’il faut pour qu’une brebis, la 100ème par exemple, garde sa vie : il donne lui-même sa vie pour ses brebis.
Le psaume 22 que nous avons chanté, le dit poétiquement. Il nous raconte un exode, mené par ce berger.
Au début, il y a des brebis qui sont au pâturage. La situation n’est pas si mauvaise : les prés sont beaux, l’herbe est verte. Puis un mouvement commence : le berger va mener ses brebis. A un moment, le troupeau traverse le ravin de la mort ! Mais les brebis en sortent vivantes, elles ne craignent aucun mal. A la fin, elles arrivent dans la maison du Seigneur, où la table leur a été préparée.
Pourtant, des brebis, normalement, ne mangent pas à table ! On ne répand pas de parfum sur leur tête ! Mais le troupeau est entré dans une vie radicalement différente.
Ici, Jésus ne cherche pas à nous décrire ce qu’est la vie éternelle. Ce qu’il nous dit, c’est qui il est est lui-même : le seul capable de nous donner ce que personne d’autre ne peut nous donner. Le passage par la mort, il l’a assumé. L’entrée dans la vraie vie, il l’a aussi accomplie.
Faisons nôtre cette prière, l’oraison de ce dimanche : « Que le troupeau parvienne là où son Pasteur est entré victorieux ! »
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Homélie du fr Cyrille-Marie Richard au couvent de Strasbourg pour le 4e dimanche de Pâques (Dimanche du Bon Pasteur) le 7 mai 2017 :

L’image du berger est belle. Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, c’était la représentation par excellence de Jésus dans les fresques, les sculptures, les bas-reliefs, dans les églises ou sur les tombeaux. Le crucifié n’a été représenté que plus tard.
Un berger dans un pré, avec des moutons autour de lui : tout cela est très beau, mais l’image pourrait paraître un peu niaise. Pourtant, elle est porteuse d’un sens très fort, pas du tout niais.
Le berger, dans l’histoire d’Israël, c’est avant tout le Seigneur. C’est lui qui prend soin de son troupeau. Et concrètement, cette fonction pastorale est comme « incarnée » par des hommes. Le peuple a des pasteurs qui le dirigent au nom du Seigneur, lui qui est le vrai berger.
Le premier de ces hommes à qui on applique l’image du berger, c’est le roi. Il y a là une spécificité d’Israël : l’image du roi, ce n’est pas le roi-guerrier, le roi-magicien ou guérisseur, c’est le roi-berger. D’ailleurs, David, le grand roi d’Israël, était berger, au sens propre, avant de devenir roi.
C’est une belle image pour décrire ce qu’est le roi d’Israël. Il n’est pas comme les grands qui font sentir leur pouvoir, il est celui qui prend soin de son peuple. Il ne se soucie pas seulement de la géopolitique du pays, mais du bien de chacun de ses habitants.
Cette image de la figure du chef est appliquée à Jésus. Il n’a pas de prétention nationale, militaire, il est le berger. Il est celui, nous disent les évangiles, qui est prêt à laisser momentanément 99 brebis pour aller chercher la 100ème qui s’est égarée. Ainsi, cette image du Christ-berger nous fait entrer dans le mystère de Jésus.
Pourtant, la parabole qui nous est racontée par Jésus dans l’évangile de ce soir n’a rien à voir avec David ou avec un quelconque roi. Et la transformation de l’image habituelle de ce qu’est un chef, en utilisant la métaphore du berger, va encore beaucoup plus loin chez saint Jean.
L’évangile d’aujourd’hui nous plonge au cœur de l’Exode.
Que fait le berger avec ses brebis ? Il les « fait sortir ». C’est une des expressions les plus courantes dans l’histoire d’Israël pour rappeler la sortie d’Egypte : Dieu a fait sortir son peuple. De manière un peu vigoureuse s’il le faut : Jésus nous dit que le berger « pousse les brebis dehors ». Ples brebis écoutent sa voix, comme le peuple des Hébreux a entendu le Seigneur donner sa Loi au Mont Sinaï. Ensuite, le berger marche à leur tête : voici la colonne de nuée dans laquelle était le Seigneur, et que les Hébreux n’avaient qu’à suivre pour trouver leur chemin.
« Jamais elles ne suivront, ces brebis, un étranger ». Façon de polie de leur donner ce conseil : « ne prenez pas le risque de suivre un dieu étranger ».

Le berger présenté ici n’est pas quelqu’un qui fait paître, qui surveille, qui chaque matin fait sortir les brebis de la bergerie et les y fait rentrer chaque soir. C’est un berger bien particulier, bien plus qu’un berger qui prend soin : c’est un berger qui fait sortir, qui libère, qui mène ailleurs. La différence avec les autres bergers, ce n’est pas seulement que celui-ci serait meilleur, plus doux, plus attentif à ses brebis que les autres bergers. La différence avec les autres bergers, dans notre évangile, c’est que celui-ci mène son troupeau vers des paysages inconnus où seul lui peut les mener.
Son œuvre, c’est de donner la vie, et de la donner en abondance. La vie en abondance, ce n’est pas une vie plus longue ou meilleure. C’est autre chose que ce que l’on peut imaginer : c’est la vraie vie.
Pour rester dans la métaphore, il ne s’agit pas d’aller d’un pâturage à un autre pâturage où l’herbe serait un peu plus verte. Le berger ne mène pas ses brebis de la Provence à la Normandie, par exemple. Il nous emmène vers un lieu qui est tout autre. Moïse n’a pas chercher à améliorer la condition des Hébreux en Egypte ; il n’a pas négocié avec Pharaon une amélioration :un peu moins de briques à contruire, un peu plus de nourriture chaque midi… Il a tout simplement fait partir son peuple.
Le bon berger fait quelque chose que lui seul peut faire : faire passer ses brebis dans un autre univers, où rien n’est pareil. Il ne fait pas seulement tout ce qu’il faut pour qu’une brebis, la 100ème par exemple, garde sa vie : il donne lui-même sa vie pour ses brebis.
Le psaume 22 que nous avons chanté, le dit poétiquement. Il nous raconte un exode, mené par ce berger.
Au début, il y a des brebis qui sont au pâturage. La situation n’est pas si mauvaise : les prés sont beaux, l’herbe est verte. Puis un mouvement commence : le berger va mener ses brebis. A un moment, le troupeau traverse le ravin de la mort ! Mais les brebis en sortent vivantes, elles ne craignent aucun mal. A la fin, elles arrivent dans la maison du Seigneur, où la table leur a été préparée.
Pourtant, des brebis, normalement, ne mangent pas à table ! On ne répand pas de parfum sur leur tête ! Mais le troupeau est entré dans une vie radicalement différente.
Ici, Jésus ne cherche pas à nous décrire ce qu’est la vie éternelle. Ce qu’il nous dit, c’est qui il est est lui-même : le seul capable de nous donner ce que personne d’autre ne peut nous donner. Le passage par la mort, il l’a assumé. L’entrée dans la vraie vie, il l’a aussi accomplie.
Faisons nôtre cette prière, l’oraison de ce dimanche : « Que le troupeau parvienne là où son Pasteur est entré victorieux ! »

Thomas Zimmermann, Jean Philippe Ntéde Ntéde et 9 autres personnes aiment cela

Christele Jacqueline FroissardC'était beau

3 semaines il y a
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Sylvie RibautMille merci pour ce partage .. je n'étais malheureusement pas des vôtres ce dimanche.. Quel bonheur de la découvrir et d'être ainsi en communion avec vous. Ce serait magnifique si vous pouviez partager l'homélie dominicale sur FB chaque dimanche 😇 Belle semaine à vous tous. Bien fraternellement Sylvie

3 semaines il y a
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Le dimanche 23/04/17

Homélie du fr Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond le dimanche 23 avril au Monastère d'Orbey et au Couvent de Strasbourg, pour le 2e dimanche de Pâques.

Je suis frappé de voir dans ces récits d’apparition du Ressuscité qui jalonnent notre octave de Pâques jusqu’à aujourd’hui, je suis frappé par la place que tient le corps. Certes c’est évidemment d’abord le corps de Jésus, et ce n’est pas étonnant me direz-vous, tant les évangiles insistent sur la réalité du corps du Christ. Mais il y a aussi le corps des disciples qui rencontrent le Christ glorieux et ressuscité. Jésus fait tout pour s’adresser à leurs sens : il leur parle, il mange, il se donne à voir, il leur souffle dessus, et il se donne à toucher, à Thomas, aujourd’hui. Il s’adresse à nos sens car la reconnaissance du Ressuscité n’est pas d’abord un phénomène intellectuel, qui solliciterait avant tout la réflexion et la délibération des disciples, pour réfléchir si oui ou non cet homme qui affirme être ressuscité des morts est bien ce Jésus que nous avons côtoyé sur les routes de Galilée. Non, à chaque fois que Jésus est reconnu comme ressuscité, c’est immédiat chez les disciples, comme un réflexe à un stimulus. Et donc Jésus s’adresse aux sens de ses disciples. Tout se passe comme s’il voulait passer par notre corps, notre condition incarnée, pour mieux nous faire reconnaître sa présence à travers sa chair ressuscitée. À travers les sens des disciples, quelque chose de précisément sensuel se joue, un mystère charnel de communion se vit.

Il y a quelques années, je travaillais comme visiteur de malades dans l’aumônerie d’une unité de soins palliatifs, à Lille. J’y étais un jour par semaine. C’était à chaque fois une confrontation avec la maladie au stade terminal. La mort était très présente, tapie derrière l’oreiller de ces patients en fin de vie. Certains n’avaient plus grande capacité d’entrer en communication avec moi. Trop affaiblis, trop abreuvés de drogues puissantes, trop harnachés de tuyaux en tous genres. La bouche trop sèche était devenue muette, les yeux éteints ou les paupières closes ne me permettaient pas de repérer la flamme du regard qui atteste une conscience vivante. Entendaient-ils ce que je pouvais dire ? Pas moyen de le savoir. La mort était déjà un peu là. Alors pour ne pas rester inactif, pour garder à cette visite un caractère de visitation, pour rester un prochain pour eux, j’avais trouvé un moyen simple, avec le dernier sens disponible : le toucher. Non pas un toucher qui possède. Mais un toucher qui s’offre. Je glissais ma main sous la leur posée à plat sur le drap. Ou bien je caressais leur front avec le dessus de mes doigts. Par le contact de la peau, par les imperceptibles palpitations de la chair, quelque chose d’une rencontre se passait entre nous. Sans mots, sans paroles, et parfois sans regards.

Des années après, j’ai repensé à ces visites muettes à l’hôpital et pourtant intenses, lorsque j’ai vu cette image du pape François accueillant place St Pierre un malade très lourdement atteint d’une affection de la peau qui lui donnait un aspect repoussant et monstrueux, un peu comme « Elephant Man », avec une tête énorme et déformée, couverte d’excroissances et de pustules. Et le pape d’enlacer ce visage difforme d’une humanité meurtrie, et de le caresser longuement avec une lente douceur. Instants suspendus de communion entre deux hommes où chacun semble ne plus exister que pour l’autre au milieu d’une foule stupéfaite et interdite. Il y a ceci de très étonnant dans la caresse que chacun y est à la fois touchant et touché, aucun n'est plus exactement soi-même, sans être pour autant devenu autre. Le philosophe Emmanuel Lévinas a consacré d’admirables pages (dans "Totalité et Infini") au toucher et à la caresse, qui consiste selon lui « à ne se saisir de rien ». La caresse se contente d'effleurer. Elle glisse, indéfiniment. Elle cherche, sans savoir quoi, sans rien trouver, mais sans s’arrêter. En fait, la caresse « marche à l'invisible » dira Lévinas. Si vous avez jamais contemplé une mère caresser son enfant, vous savez que ce toucher-là de la caresse est bien autre chose qu'une banale affaire de peau, de cellules et de nerfs : c’est la mère qui se découvre un peu plus mère en cajolant son enfant et en lui disant par ce geste qu’il est son enfant. La caresse fait découvrir le corps comme autre, à la limite du dicible, et, dira Lévinas, comme un corps « lumineux », « au bord duquel on retient son souffle ». Curieux échos, sous la plume du philosophe, à la réalité du corps de résurrection que Jésus donne à voir et à toucher à ses disciples. Je crois qu’il se joue quelque chose de l’ordre de la caresse quand Thomas est invité par Jésus à étendre la main et à toucher avec elle son corps glorieux.

La main de l’homme est productive, active. Elle vise à l’efficience. Ce n’est pas pour rien qu’on a marqué les stades de l’évolution de l’homme par l’habileté de ses mains : homo habilis avant homo sapiens. L’homme a été intelligent avec sa main avant de l’être avec son cerveau, par ses œuvres de l’esprit. Mais aujourd’hui, même quand la main pourrait avoir le visage de la gratuité, elle devient comptable. Un pouce levé pour dire « c’est bien, bravo » ? Sur Facebook, cela devient un like, et on évalue le succès d’une photo au nombre de pouces levés qu’elle aura suscités… Course au chiffre et main de violence, même quand elle ne tient pas d’armes. Il faut voir un potier, un sculpteur, n’importe quel artiste ou artisan pour retrouver la réalité de la main, qui n’est pas d’abord productrice, mais qui épouse le matériau dont elle tire du neuf, qui découvre ce bloc de pierre ou de bois par le toucher et se laisse guider par lui pour en tirer l’œuvre d’art. Il faut voir aussi la main amoureuse, la main de la tendresse, la main de la caresse. Il est étonnant, le mystère de celui ou de celle qui aime et qui découvre la présence de l'autre à travers la caresse sur le visage, à travers la manière d'épouser les lignes de son corps : les amoureux se révèlent ainsi l’un à l’autre le secret quotidien de la présence de l'autre. Avec la main, on est totalement engagé dans le geste et la main qui caresse est aussi importante dans son geste de caresser que la joue qui se tend et qui s'offre à la caresse. La main qui caresse, au fond, dit « tu » avant de dire « je ». Elle révèle à l’autre sa présence pour moi, elle dit à l’autre son existence à lui, avant de lui dire qui je suis et de le posséder, et c’est en cela que la caresse de la main peut être sacrée : elle ne prend pas, elle donne. Les sculptures de mains de Rodin et Camille Claudel disent très bien ce mystère de communion entre deux êtres, avec une grande sensibilité.

Il me semble qu’il y a quelque chose de cet ordre à comprendre dans le geste de Thomas, lui qui au moment d’approcher la main s’exclame « mon Seigneur et mon Dieu ». Lui qui se convertit ainsi par la main, par laquelle il va pouvoir enfin dire « tu » (es mon Seigneur) et ne plus redire son « je » (ne peux pas le croire ressuscité). On a fait de Thomas l’évangile du doute, et ce n’est pas juste. Thomas est aussi le premier qui nous montre comment nous avons besoin de faire un chemin par les sens et par la chair pour pouvoir croire. Comment nous avons besoin de notre incarnation pour rejoindre le Dieu invisible qui s’est fait chair. Le Christ avait bien compris que Thomas, ce serait tout autre chose que Jean. St Jean, c’est l’immédiateté au matin de Pâques. Nous l’avons entendu dimanche dernier : au tombeau vide, devant l’inexplicable de l’absence, « il vit, et il crut ». Il y a des gens qui sont faits comme cela. Mais il y en a d'autres qui disent : si je ne touche pas, je ne crois pas. Et Jésus de répondre avec douceur : d'accord, à condition que le fait de toucher mon corps ressuscité ne soit pas pour toi une prise de possession de ce que je suis mais te conduise à une ouverture de ton cœur à la confession de foi. C'est très similaire à l’amour humain. Si l'amour humain est une main qui se porte sur l'autre, le domine et l'empêche de s'exprimer mais ne cherche qu’à en tirer quelque chose (plaisir ou puissance), c'est fichu. Si Thomas avait mal mis sa main sur le Christ, s'il l'avait mise comme Adam pour attraper le fruit, pour le "prendre pour soi", si Thomas avait posé sa main dans un geste de fermeture, il n'aurait jamais cru, le Christ n'aurait pas pu se donner à croire. Mais parce que Thomas avec délicatesse et respect, a vu le corps de son Seigneur et l'a touché, à partir de la main, son cœur s'est ouvert. Thomas nous indique la voie, il nous rappelle notre indépassable incarnation, cette condition de notre existence tellement incontournable que Dieu a choisi de l’assumer aussi pour lui-même en envoyant son Fils dans notre chair.
À l’heure du doute, il nous faut suivre Thomas dans ce chemin qui conduit de la main ouverte au cœur ouvert. De la caresse gratuite à la réception du don de la foi. Ce corps du Seigneur, nous le voyons et le touchons à chaque eucharistie. Il s’adresse à nos sens à chaque messe : il se donne à voir à l’élévation, se donne à goûter, se donne à toucher de nos mains. Je préférerais presque, en ce dimanche, la communion dans la main, étant sauve la liberté de chacun. Dans la main ouverte, pas dans la main qui attrape à la sauvette. Et pourquoi la communion dans la main ? Parce que c'est le geste de Thomas, et au fond, quand on reçoit la communion dans la main, c'est le cœur qui s’écrie « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».
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Homélie du fr Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond le dimanche 23 avril au Monastère dOrbey et au Couvent de Strasbourg, pour le 2e dimanche de Pâques.

Je suis frappé de voir dans ces récits d’apparition du Ressuscité  qui jalonnent notre octave de Pâques jusqu’à aujourd’hui, je suis frappé par la place que tient le corps. Certes c’est évidemment d’abord le corps de Jésus, et ce n’est pas étonnant me direz-vous, tant les évangiles insistent sur la réalité du corps du Christ. Mais il y a aussi le corps des disciples qui rencontrent le Christ glorieux et ressuscité. Jésus fait tout pour s’adresser à leurs sens : il leur parle, il mange, il se donne à voir, il leur souffle dessus, et il se donne à toucher, à Thomas, aujourd’hui. Il s’adresse à nos sens car la reconnaissance du Ressuscité n’est pas d’abord un phénomène intellectuel, qui solliciterait avant tout la réflexion et la délibération des disciples, pour réfléchir si oui ou non cet homme qui affirme être ressuscité des morts est bien ce Jésus que nous avons côtoyé sur les routes de Galilée. Non, à chaque fois que Jésus est reconnu comme ressuscité, c’est immédiat chez les disciples, comme un réflexe à un stimulus. Et donc Jésus s’adresse aux sens de ses disciples. Tout se passe comme s’il voulait passer par notre corps, notre condition incarnée, pour mieux nous faire reconnaître sa présence à travers sa chair ressuscitée. À travers les sens des disciples, quelque chose de précisément sensuel se joue, un mystère charnel de communion se vit.

Il y a quelques années, je travaillais comme visiteur de malades dans l’aumônerie d’une unité de soins palliatifs, à Lille. J’y étais un jour par semaine. C’était à chaque fois une confrontation avec la maladie au stade terminal. La mort était très présente, tapie derrière l’oreiller de ces patients en fin de vie. Certains n’avaient plus grande capacité d’entrer en communication avec moi. Trop affaiblis, trop abreuvés de drogues puissantes, trop harnachés de tuyaux en tous genres. La bouche trop sèche était devenue muette, les yeux éteints ou les paupières closes ne me permettaient pas de repérer la flamme du  regard qui atteste une conscience vivante. Entendaient-ils ce que je pouvais dire ? Pas moyen de le savoir. La mort était déjà un peu là. Alors pour ne pas rester inactif, pour garder à cette visite un caractère de visitation, pour rester un prochain pour eux, j’avais trouvé un moyen simple, avec le dernier sens disponible : le toucher. Non pas un toucher qui possède. Mais un toucher qui s’offre. Je glissais ma main sous la leur posée à plat sur le drap. Ou bien je caressais leur front avec le dessus de mes doigts. Par le contact de la peau, par les imperceptibles palpitations de la chair, quelque chose d’une rencontre se passait entre nous. Sans mots, sans paroles, et parfois sans regards.

Des années après, j’ai repensé à ces visites muettes à l’hôpital et pourtant intenses, lorsque j’ai vu cette image du pape François accueillant place St Pierre un malade très lourdement atteint d’une affection de la peau qui lui donnait un aspect repoussant et monstrueux, un peu comme « Elephant Man », avec une tête énorme et déformée, couverte d’excroissances et de pustules. Et le pape d’enlacer ce visage difforme d’une humanité meurtrie, et de le caresser longuement avec une lente douceur. Instants suspendus de communion entre deux hommes où chacun semble ne plus exister que pour l’autre au milieu d’une foule stupéfaite et interdite. Il y a ceci de très étonnant dans la caresse que chacun y est à la fois touchant et touché, aucun nest plus exactement soi-même, sans être pour autant devenu autre. Le philosophe Emmanuel Lévinas a consacré d’admirables pages (dans Totalité et Infini) au toucher et à la caresse, qui consiste selon lui « à ne se saisir de rien ». La caresse se contente deffleurer. Elle glisse, indéfiniment. Elle cherche, sans savoir quoi, sans rien trouver, mais sans s’arrêter. En fait, la caresse « marche à linvisible » dira Lévinas. Si vous avez jamais contemplé une mère caresser son enfant, vous savez que ce toucher-là de la caresse est bien autre chose quune banale affaire de peau, de cellules et de nerfs : c’est la mère qui se découvre un peu plus mère en cajolant son enfant et en lui disant par ce geste qu’il est son enfant. La caresse fait découvrir le corps comme autre, à la limite du dicible, et, dira Lévinas, comme un corps « lumineux », « au bord duquel on retient son souffle ». Curieux échos, sous la plume du philosophe, à la réalité du corps de résurrection que Jésus donne à voir et à toucher à ses disciples. Je crois qu’il se joue quelque chose de l’ordre de la caresse quand Thomas est invité par Jésus à étendre la main et à toucher avec elle son corps glorieux.

La main de l’homme est productive, active. Elle vise à l’efficience. Ce n’est pas pour rien qu’on a marqué les stades de l’évolution de l’homme par l’habileté de ses mains : homo habilis avant homo sapiens. L’homme a été intelligent avec sa main avant de l’être avec son cerveau, par ses œuvres de l’esprit. Mais aujourd’hui, même quand la main pourrait avoir le visage de la gratuité, elle devient comptable. Un pouce levé pour dire « c’est bien, bravo » ? Sur Facebook, cela devient un like, et on évalue le succès d’une photo au nombre de pouces levés qu’elle aura suscités… Course au chiffre et main de violence, même quand elle ne tient pas d’armes. Il faut voir un potier, un sculpteur, n’importe quel artiste ou artisan pour retrouver la réalité de la main, qui n’est pas d’abord productrice, mais qui épouse le matériau dont elle tire du neuf, qui découvre ce bloc de pierre ou de bois par le toucher et se laisse guider par lui pour en tirer l’œuvre d’art. Il faut voir aussi la main amoureuse, la main de la tendresse, la main de la caresse. Il est étonnant, le mystère de celui ou de celle qui aime et qui découvre la présence de lautre à travers la caresse sur le visage, à travers la manière dépouser les lignes de son corps : les amoureux se révèlent ainsi l’un à l’autre le secret quotidien de la présence de lautre. Avec la main, on est totalement engagé dans le geste et la main qui caresse est aussi importante dans son geste de caresser que la joue qui se tend et qui soffre à la caresse. La main qui caresse, au fond, dit « tu » avant de dire « je ». Elle révèle à l’autre sa présence pour moi, elle dit à l’autre son existence à lui, avant de lui dire qui je suis et de le posséder, et c’est en cela que la caresse de la main peut être sacrée : elle ne prend pas, elle donne. Les sculptures de mains de Rodin et Camille Claudel disent très bien ce mystère de communion entre deux êtres, avec une grande sensibilité. 

Il me semble qu’il y a quelque chose de cet ordre à comprendre dans le geste de Thomas, lui qui au moment d’approcher la main s’exclame « mon Seigneur et mon Dieu ». Lui qui se convertit ainsi par la main, par laquelle il va pouvoir enfin dire « tu » (es mon Seigneur) et ne plus redire son « je » (ne peux pas le croire ressuscité). On a fait de Thomas l’évangile du doute, et ce n’est pas juste. Thomas est aussi le premier qui nous montre comment nous avons besoin de faire un chemin par les sens et par la chair pour pouvoir croire. Comment nous avons besoin de notre incarnation pour rejoindre le Dieu invisible qui s’est fait chair. Le Christ avait bien compris que Thomas, ce serait tout autre chose que Jean. St Jean, c’est l’immédiateté au matin de Pâques. Nous l’avons entendu dimanche dernier : au tombeau vide, devant l’inexplicable de l’absence, « il vit, et il crut ». Il y a des gens qui sont faits comme cela. Mais il y en a dautres qui disent : si je ne touche pas, je ne crois pas. Et Jésus de répondre avec douceur : daccord, à condition que le fait de toucher mon corps ressuscité ne soit pas pour toi une prise de possession de ce que je suis mais te conduise à une ouverture de ton cœur à la confession de foi. Cest très similaire à l’amour humain. Si lamour humain est une main qui se porte sur lautre, le domine et lempêche de sexprimer mais ne cherche qu’à en tirer quelque chose (plaisir ou puissance), cest fichu. Si Thomas avait mal mis sa main sur le Christ, sil lavait mise comme Adam pour attraper le fruit, pour le prendre pour soi, si Thomas avait posé sa main dans un geste de fermeture, il naurait jamais cru, le Christ naurait pas pu se donner à croire. Mais parce que Thomas avec délicatesse et respect, a vu le corps de son Seigneur et la touché, à partir de la main, son cœur sest ouvert. Thomas nous indique la voie, il nous rappelle notre indépassable incarnation, cette condition de notre existence tellement incontournable que Dieu a choisi de l’assumer aussi pour lui-même en envoyant son Fils dans notre chair.
À l’heure du doute, il nous faut suivre Thomas dans ce chemin qui conduit de la main ouverte au cœur ouvert. De la caresse gratuite à la réception du don de la foi. Ce corps du Seigneur, nous le voyons et le touchons à chaque eucharistie. Il s’adresse à nos sens à chaque messe : il se donne à voir à l’élévation, se donne à goûter, se donne à toucher de nos mains. Je préférerais presque, en ce dimanche, la communion dans la main, étant sauve la liberté de chacun. Dans la main ouverte, pas dans la main qui attrape à la sauvette. Et pourquoi la communion dans la main ? Parce que cest le geste de Thomas, et au fond, quand on reçoit la communion dans la main, cest le cœur qui s’écrie « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Véronique Pedron-hallouin, Emmanuel Olivier et 10 autres personnes aiment cela

Christele Jacqueline FroissardC'était magnifique j'ai adore très émouvant

1 mois il y a   ·  1
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Angèle Kiefern grandmerci pour ce partage souhaité!

1 mois il y a   ·  1
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Le samedi 15/04/17

Dernier office de ténèbres ce matin. Vient le jour de l'attente et du silence de la tombe.
Ton Église t'attend, viens Seigneur Jésus!
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Dernier office de ténèbres ce matin. Vient le jour de lattente et du silence de la tombe. 
Ton Église tattend, viens Seigneur Jésus!

Miguel Angel Lopez, Friess Guillaume et 23 autres personnes aiment cela

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Jean Rene MatalaL'Office divin

1 mois il y a   ·  1
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Christele Jacqueline FroissardOui viens je vais voir se soir si tu et la

1 mois il y a   ·  1
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Jean Rene MatalaEn unions de prières

1 mois il y a   ·  1
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Nathalie MercierBonjour du Québec et joyeuses Pâques !

1 mois il y a   ·  1
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Sylvie RibautVivre cette semaine Sainte avec vous a été une découverte spirituelle magnifique... merci à vous tous ...

1 mois il y a   ·  1
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Le vendredi 14/04/17

Cette année le chemin de croix commence dans la rue devant l'église. ... Lire la suiteVoir moins de texte

Cette année le chemin de croix commence dans la rue devant léglise.

Vinz Crt, Sylvie Ribaut et 23 autres personnes aiment cela

Christele Jacqueline FroissardC'était pas à 15 h?

1 mois il y a

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Le jeudi 13/04/17

Veillée au reposoir. L'église reste ouverte jusqu'à minuit. ... Lire la suiteVoir moins de texte

Veillée au reposoir. Léglise reste ouverte jusquà minuit.

Vinz Crt, Sylvie Ribaut et 23 autres personnes aiment cela

Sébastien MilazzoC'est l'occasion ou jamais de cliquer sur "J'adore" 😉

1 mois il y a   ·  3
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Christele Jacqueline FroissardMerci pour cette magnifique messe à demain joyeuse pâque

1 mois il y a   ·  1
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Le jeudi 13/04/17

Jeudi saint, vendredi saint et samedi saint, office des ténèbres à 8h30 dans l'église du couvent. ... Lire la suiteVoir moins de texte

Jeudi saint, vendredi saint et samedi saint, office des ténèbres à 8h30 dans léglise du couvent.

Sylvie Ribaut, Isaure Levite et 12 autres personnes aiment cela

Christel FleA l'office des Ténèbres ce matin, j'ai été très touchée par le dernier texte évoquant St Pierre, lu par Frère Rémi Vallejo. Pourriez-vous me donner la référence de ce texte? Merci!

1 mois il y a
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Le mardi 11/04/17

Déjà la gloire transparaît derrière la croix...

(Rayon de lumière sur le crucifix du chœur juste avant la messe conventuelle)
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Déjà la gloire transparaît derrière la croix...

(Rayon de lumière sur le crucifix du chœur juste avant la messe conventuelle)

George Haeringer, Missa Verdate et 23 autres personnes aiment cela

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Le dimanche 09/04/17

SEMAINE SAINTE AU COUVENT
DES DOMINICAINS DE STRASBOURG

■ Lundi Saint (10/04) : célébration pénitentielle avec confession individuelle à 20h
■ Mardi Saint (11/04) : messe chrismale à la cathédrale de Strasbourg à 18h30
■ Jeudi Saint (13/04) :
- Office des Ténèbres à 8h30, Milieu du jour à 12h30
- Messe en mémoire de la Cène du Seigneur à 18h30.
La messe est suivie d'un repas festif ouvert à tous, puis de l'adoration du Saint Sacrement au reposoir dans l'église (les portes resteront ouvertes jusqu'à minuit)
■ Vendredi Saint (14/04)
- Office des Ténèbres à 8h30, Milieu du jour à 12h30
- Chemin de Croix à 15h
- Office de la Passion et de la Croix à 18h30
■ Samedi Saint (15/04)
- Office des Ténèbres à 8h30, Milieu du jour à 12h30
- Vêpres du Samedi saint à 19h
- Vigile pascale à 22h suivie d'un chocolat chaud-brioche
■ Dimanche de Pâques (16/04)
- Laudes de la Résurrection à 9h30
- Milieu du jour à 12h30
- Messe du jour de Pâques à 19h

Vous pouvez nous aider :
- par les fleurs et feuillages que vous pouvez apporter jeudi, vendredi, et samedi au couvent (privilégier le blanc et jaune)
- par les brioches, tartes et autres douceurs que vous pouvez apporter le samedi dans l'après-midi et qui seront partagées à l'issue de la vigile pascale.
... Lire la suiteVoir moins de texte

SEMAINE SAINTE AU COUVENT 
DES DOMINICAINS DE STRASBOURG

■ Lundi Saint (10/04) : célébration pénitentielle avec confession individuelle à 20h
■ Mardi Saint (11/04) : messe chrismale à la cathédrale de Strasbourg à 18h30
■ Jeudi Saint (13/04) :
 - Office des Ténèbres à 8h30,  Milieu du jour à 12h30
 - Messe en mémoire de la Cène du Seigneur à 18h30.
La messe est suivie dun repas festif ouvert à tous, puis de ladoration du Saint Sacrement au reposoir dans léglise (les portes resteront ouvertes jusquà minuit)
■ Vendredi Saint (14/04)
 - Office des Ténèbres à 8h30, Milieu du jour à 12h30
 - Chemin de Croix à 15h
 - Office de la Passion et de la Croix à 18h30
■ Samedi Saint (15/04)
 - Office des Ténèbres à 8h30, Milieu du jour à 12h30
 - Vêpres du Samedi saint à 19h
 - Vigile pascale à 22h suivie dun chocolat chaud-brioche
■ Dimanche de Pâques (16/04)
 - Laudes de la Résurrection à 9h30
 - Milieu du jour à 12h30
 - Messe du jour de Pâques à 19h

Vous pouvez nous aider :
- par les fleurs et feuillages que vous pouvez apporter jeudi, vendredi, et samedi au couvent (privilégier le blanc et jaune)
- par les brioches, tartes et autres douceurs que vous pouvez apporter le samedi dans laprès-midi et qui seront partagées à lissue de la vigile pascale.