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Le mercredi 07/11/18

En ce jour où nous fêtons les saints et les saintes de notre ordre, le frère Pierre Raffin fait mémoire du frère Pierre Claverie O.P., évêque d'Oran jusqu'à son assassinat en 1996 et qui sera béatifié le 8 décembre prochain:

"A chaque Toussaint de l’Ordre, je fais mémoire de tous les frères et sœurs, que j’ai connus en plus de soixante ans de vie dominicaine et que je considère comme des saints. Or, il se trouve cette année que l’un d’entre eux sera, dans quelques semaines, officiellement déclaré bienheureux à Oran, dont il a été l’évêque de 1981 à 1996, le frère Pierre Claverie.

Le soir du 8 décembre 1959, il arrivait du noviciat de Lille, où il venait de faire profession temporaire, au couvent d’études du Saulchoir, où j’étais depuis deux ans. Il avait à la fois le charme du jeune pied noir chaleureux et convaincu et la maturité d’un homme ordonné et organisé. Ses frères de noviciat ne se privaient pas de dire qu’il avait été le plus ferme soutien d’un maître des novices dépressif, le frère Dominique Delalande, qui avait eu du mal à achever l’année de noviciat 1958-59.

Au studentat, où nous étions alors 51 frères étudiants, il participait activement à la vie commune en tous ses éléments et donnait le témoignage d’un frère discret et assidu à la prière commune, aux études et à la détente fraternelle. Nous étions alors en pleine guerre d’Algérie et lorsqu’on échangeait avec lui, il confiait facilement ses préoccupations pour ce pays où il était né et avait passé son enfance et sa jeunesse, à l’ombre du couvent dominicain d’Alger – alors très Algérie française – et de sa célèbre troupe scout, la Saint-Do.

J’appréciais vivement ce frère et éprouvais pour lui une véritable sympathie. Au terme de l’année 1959-60, je partis pour le Liban accomplir comme détaché mes obligations militaires. Je n’en revins qu’en septembre 1962, alors que Pierre Claverie venait de partir au service militaire, récemment réduit de vingt-quatre à dix-huit mois. Je ne le retrouverais donc qu’en 1963-64, alors que je me préparais à l’ordination presbytérale. Pierre Claverie et moi avions alors beaucoup à partager. Au Liban, j’avais fait la découverte non seulement des églises orientales, mais de l’Islam et des chrétiens de langue arabe. Je n’excluais pas de consacrer ma vie dominicaine aux pays arabes, conformément aux engagements de notre Province, qui envisageait alors une fondation à Beyrouth. Pierre Claverie avait mûri, il portait un autre regard sur l’Algérie et les pays arabes et nous nous retrouvions souvent autour de ces pôles d’intérêt. Lorsque je fus ordonné prêtre, le 5 juillet 1964, il fut du petit groupe de frères qui m’accompagnèrent pour ma première messe et il fut un peu adopté par mes parents qui, disait-il, ressemblaient aux siens.

L’année 1964-1965, Pierre faisait à son tour partie du groupe des diacres, alors que j’étais jeune père et, par là-même, selon l’organisation interne du Saulchoir en communautés bien tranchées, un peu séparé de lui. Son ordination, le 4 juillet 1965, me permit de faire la connaissance de ses parents, des personnes merveilleuses de délicatesse et riches en capacités d’amitié. Je les retrouverais avec plaisir à Alger, en octobre 1981, à l’occasion de l’ordination épiscopale de Pierre.

Nous nous retrouvâmes, l’année 1965-66, dans la communauté des jeunes pères, où nous échangions beaucoup sur le futur de notre vie dominicaine. Pour lui, c’était assez clair, il retournerait en Algérie, dans un couvent dominicain, renouvelé dans sa composition, tourné désormais vers l’Algérie et non plus vers la communauté française. Pierre jouissait de l’estime des frères qui lui reconnaissaient de nombreuses qualités : on le voyait père maître, prieur et pourquoi pas provincial… Quand on parlait avec lui, on comprenait qu’il avait vécu un véritable drame intérieur : passer de l’Algérie française à une autre Algérie n’avait pu se faire pour lui que dans les souffrances et bien des ruptures ; en même temps, l’épreuve avait fortifié sa belle maturité qui marquait ses premières années dominicaines.

Au terme de l’année scolaire 1965-66, j’étais envoyé à Toulouse pour faire l’habilitation au doctorat en théologie à l’Institut catholique ; Pierre terminait sa formation au Saulchoir, prélude à une assignation prochaine au couvent d’Alger. Nous fûmes alors plusieurs années sans nous revoir, mais nous restions attentifs à nos itinéraires respectifs.

De ces années de formation commune, je dirai qu’en ses jeunes années dominicaines, Pierre a donné les signes précurseurs du dominicain, du prêtre et de l’évêque qu’il fut en Algérie, un homme mûr et prudent – au sens où l’entend saint Thomas d’Aquin -, avec de grandes capacités relationnelles et une vie spirituelle profonde.

C’est au cours des années 1975-1987 que nous nous retrouvâmes, à Paris. Comme secrétaire de la Province, j’étais présent au chapitre provincial et aux conseils provinciaux auxquels il participa depuis 1975. Ensuite, à partir de 1978, comme prieur du couvent de l’Annonciation, je l’accueillais lors de ses venues à Paris. Le couvent de l’Annonciation comptait alors plusieurs frères anciens d’Alger, dont le Père Louis Lefèvre grand aumônier de la Saint-Do. Ces frères me permirent de mieux comprendre l’enfance et l’adolescence de Pierre à Alger. A l’occasion du décès de plusieurs d’entre eux, je découvris la Saint-Do d’Alger et, à la mort du Père Lefèvre, les anciens de la Saint-Do me pressèrent de ne pas les abandonner, si bien que, jusqu’à mon départ de Paris pour Metz en 1987, je fus de loin en loin leur aumônier… A chaque séjour de Pierre à Paris, nous prenions du temps ensemble : il me parlait de ce qu’il vivait en Algérie, mais aussi du Proche-Orient où il se rendait de temps à autre. La Province l’avait d’ailleurs chargé d’une sorte d’audit sur l’IDEO du Caire. Lorsqu’il était à Paris, je l’emmenais souvent dîner chez ma mère qui lui préparait les petits plats qu’il affectionnait…

Ses informations et sa réflexion étaient profondes et sérieuses, on pouvait miser sur elles. Il avait en même temps une bonne connaissance des personnes et un grand respect pour elles. C’était un conseiller provincial sage et averti, surtout pour tout ce qui concernait le monde arabe. En même temps, ceux qui le connaissaient le mieux pressentaient que ses engagements en Algérie débordaient le monde dominicain proprement dit et les priveraient peut-être un jour de son immédiate collaboration. C’est ce qui se produisit en mai 1981, lorsqu’il fut élu évêque d’Oran pour succéder à Mgr Teissier, nommé archevêque coadjuteur d’Alger. A peine nommé évêque, Pierre me confia le soin de rassembler ce qui lui serait nécessaire : crosse et mitre, anneau pastoral et croix pectorale… En octobre 1981, j’accompagnais le Père Raulin, provincial, pour l’ordination. Je me souviens d’avoir eu quelques difficultés avec les douaniers algériens pour passer sa crosse et faire comprendre ce dont il s’agissait ! A Alger, je fus frappé de l’estime dont jouissait Pierre, de la profondeur de son enracinement, de son aisance à parler la langue arabe : à la fin de son ordination, il s’exprima longuement en arabe sans aucune note…

De 1981 à 1987, nous nous revîmes assez souvent à l’occasion de ses passages à Paris et, même s’il ne jouissait plus dans l’Ordre de la voix active et passive, on avait recours à ses avis. Bien des échos positifs nous parvenaient de la manière dont il s’acquittait de sa mission épiscopale à Oran, notamment de la part des sœurs dominicaines de la Présentation qui étaient alors à l’évêché : elles étaient impressionnées par sa simplicité, sa profondeur spirituelle, son esprit de pauvreté, son ardeur à la prière commune…

En 1987, je fus à mon tour appelé à l’épiscopat et, tout naturellement, je lui demandai d’être co-consécrateur à mon ordination à la cathédrale de Metz. Pierre vint à Metz, accompagné de Maître Rahal Redouane, avocat à Oran, qui est devenu depuis un ami et qui ne manque jamais de m’adresser ses vœux.

Devenus l’un et l’autre évêques dans des contextes très différents, les relations épistolaires et téléphoniques ne manquèrent pas entre nous deux, ainsi que des échanges entre nos deux diocèses. Le diocèse de Metz comptait alors dans son presbyterium des prêtres naguère incardinés à Oran et qui, après 1961, avaient fait le choix d’un diocèse de la métropole ; ils furent, en Moselle, d’excellents pasteurs. A plusieurs reprises, le diocèse de Metz reçut la visite de Mgr Claverie : il y fit des conférences publiques et m’aida dans la rédaction d’une lettre pastorale sur l’Islam. A travers toutes ces relations, je perçus mieux quel type d’homme il était devenu, un homme de prière et de foi, un homme clairvoyant, libre et courageux, défendant les droits de l’Église au nom de l’Islam lui-même et de sa crédibilité, ne revendiquant d’autre privilège que celui d’apporter sa libre contribution au développement intégral de l’Algérie. Il percevait avec une vive acuité la vocation et la mission d’une Église servante et pauvre, renonçant à tout prosélytisme, apportant sa contribution désintéressée à un pays avec lequel il avait choisi de se lier, récusant tous les fanatismes d’où qu’ils viennent. C’est l’amour de l’Algérie qui le poussait à s’exprimer pour son seul bien, plus que pour la défense des intérêts de l’Église catholique. Comme beaucoup d’autres frères et sœurs de l’Ordre, il se tenait avec lucidité et courage sur cette ligne de fracture, et c’est cela qui l’a conduit à être éliminé brutalement, avec son merveilleux jeunes chauffeur musulman Mohamed Bouchikry, le 1er août 1996. Quelques semaines auparavant, fin juin, son homélie au rassemblement de la Saint-Do à Prouilhe était prémonitoire : il se savait menacé, d’aucuns le pressaient de rentrer en France, mais il avait donné sa vie à l’Algérie, rien ne pouvait l’arrêter. Il lui arrivait d’ajouter : Rien que pour un homme comme Mohamed, cela vaut la peine de rester !

C’est à Lourdes, où je me trouvais avec le pèlerinage du diocèse de Metz, que j’appris la nouvelle au moment du petit déjeuner. J’allais ensuite célébrer la messe à la grotte et je me souviens d’avoir dit alors aux pèlerins : Je pleure, mais je suis fier de lui ! Me revenait à la mémoire la lettre magnifique du Maître de l’Ordre, Antonin Brémond, le 20 septembre 1748, à la suite du martyre de plusieurs frères en Chine et au Vietnam, dans laquelle il rend grâce au Seigneur d’avoir choisi comme martyrs des frères d’aujourd’hui ! Sollicité par le secrétaire de la Conférence épiscopale de représenter les évêques de France à ses funérailles le 5 août à Oran, je dus y renoncer, ne pouvant abandonner à Lourdes le pèlerinage du diocèse. Fort heureusement, le frère Albert-Marie de Monléon, alors évêque de Pamiers, nous y représenta. A son retour, il nous adressa un compte-rendu dans lequel il disait : En écoutant les uns et les autres, tant à Alger qu’à Oran, au cours des quarante-huit heures passées là-bas, il m’est apparu que les chrétiens d’Algérie sont sensibles au fait qu’il ne faut pas dissocier la mort de Mgr Claverie et des autres prêtres, religieuses et religieux, de celle de centaines d’Algériens de toutes conditions, assassinés, presque quotidiennement, souvent de manière horrible. C’est ce que continuent de rappeler aujourd’hui les évêques d’Algérie.

En 1998, la Providence voulut, que, pour lui succéder à l’évêché d’Oran, fût choisi un prêtre originaire de Moselle, mais incardiné à Alger, Alphonse Georger. Il souhaitait être ordonné évêque à la cathédrale de Metz, où mon prédécesseur l’avait naguère ordonné prêtre. L’ordination eut lieu le 16 août 1998 et fut présidée par Mgr Joseph Duval, neveu du Cardinal, entouré de Mgr Teissier et de moi-même. Nous le fêtions tout autant pour lui-même que comme le successeur de Pierre Claverie à Oran. En venant à Metz, Mgr Georger m’apporta un beau cadeau : la mitre et la calotte violette de Pierre Claverie. Les considérant d’abord comme des reliques, je les plaçai dans une vitrine à l’évêché de Metz jusqu’au jour où recevant le cardinal Gantin, préfet de la congrégation pour les évêques,celui-ci m’enjoignit de les utiliser : il était doublement votre frère, comme dominicain et comme évêque, portez-les. Et c’est ce que je fais aujourd’hui.

Je n’ai jamais pu réaliser mon désir de me rendre à Oran du vivant de Pierre. J’ai fait deux fois le voyage depuis sa mort. La première fois, sous l’épiscopat de Mgr Georger, et la deuxième, pour l’ordination épiscopale du frère Jean-Paul Vesco. Ce fut à chaque fois un grand réconfort de pouvoir prier sur sa tombe. Les murs de l’oratoire portent encore les traces des sangs mêlés de Pierre et de Mohamed, car l’explosion de la bombe projeta sur eux la porte qui écrasa leurs deux corps. C’est pour moi un signe bouleversant du pasteur que Pierre a voulu être à Oran et en Algérie.

Bienheureux Pierre, te voilà inscrit, dans le Propre liturgique de l’Ordre, comme évêque martyr, intercède auprès de Dieu pour que tes frères évêques et tes frères dominicains aient le courage et l’audace des apôtres pour annoncer à temps et à contre-temps la parole de vie ! Amen !"

7 novembre 2018, + fr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz
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En ce jour où nous fêtons les saints et les saintes de notre ordre, le frère Pierre Raffin fait mémoire du frère Pierre Claverie O.P., évêque dOran jusquà son assassinat en 1996 et qui sera béatifié le 8 décembre prochain: 

A chaque Toussaint de l’Ordre, je fais mémoire de tous les frères et sœurs, que j’ai connus en plus  de soixante ans de vie  dominicaine et que je considère comme des saints. Or, il se trouve cette année que l’un d’entre eux sera,  dans quelques semaines, officiellement déclaré bienheureux à Oran, dont il a été l’évêque de 1981 à 1996, le frère Pierre Claverie.

 Le soir du 8 décembre 1959, il arrivait du noviciat de Lille, où il venait de faire profession temporaire, au couvent d’études du Saulchoir, où j’étais depuis deux ans. Il avait à la fois le charme du jeune pied noir chaleureux et convaincu et la maturité d’un homme ordonné et organisé. Ses frères de noviciat ne se privaient pas de dire qu’il avait été le plus ferme soutien d’un maître des novices dépressif, le frère Dominique Delalande, qui avait eu du mal à achever l’année de noviciat 1958-59. 

 Au studentat, où nous étions alors 51 frères étudiants, il participait activement à la vie commune en tous ses éléments et donnait le témoignage d’un frère discret et assidu à la prière commune, aux études et à la détente fraternelle. Nous étions alors en pleine guerre d’Algérie et lorsqu’on échangeait avec lui, il confiait facilement ses préoccupations pour ce pays où il était né et avait passé son enfance et sa jeunesse, à l’ombre du couvent dominicain d’Alger – alors très  Algérie française – et de sa célèbre troupe scout, la Saint-Do.

 J’appréciais vivement ce frère et éprouvais pour lui une véritable sympathie. Au terme de l’année 1959-60, je partis pour le Liban accomplir comme détaché mes obligations militaires. Je n’en revins qu’en septembre 1962, alors que Pierre Claverie venait de partir au service militaire, récemment réduit de vingt-quatre à dix-huit mois. Je ne le retrouverais donc qu’en 1963-64, alors que je me préparais à l’ordination presbytérale. Pierre Claverie et moi  avions alors beaucoup à partager. Au Liban, j’avais fait la découverte non seulement des églises orientales, mais de l’Islam et des chrétiens de langue arabe. Je n’excluais pas de consacrer ma vie dominicaine aux pays arabes, conformément aux engagements de notre Province, qui envisageait alors une fondation à Beyrouth. Pierre Claverie avait mûri, il portait un autre regard sur l’Algérie et les pays arabes et nous nous retrouvions souvent autour de ces pôles d’intérêt. Lorsque je fus ordonné prêtre, le 5 juillet 1964, il fut du petit groupe de frères qui m’accompagnèrent pour ma première messe et il fut un peu adopté par mes parents qui, disait-il, ressemblaient aux siens.

 L’année 1964-1965, Pierre faisait à son tour partie du groupe des diacres, alors que j’étais jeune père et, par là-même, selon l’organisation interne du Saulchoir en communautés bien tranchées, un peu séparé de lui. Son ordination, le 4 juillet 1965, me permit de faire la connaissance de ses parents, des personnes merveilleuses de délicatesse et riches en capacités d’amitié. Je les retrouverais  avec plaisir à Alger, en octobre 1981, à l’occasion de l’ordination épiscopale de Pierre.

 Nous nous retrouvâmes, l’année 1965-66, dans la communauté des jeunes pères, où nous échangions beaucoup sur le futur de notre vie dominicaine. Pour lui, c’était assez clair, il retournerait en Algérie, dans un couvent dominicain, renouvelé dans sa composition, tourné désormais vers l’Algérie et non plus vers la communauté française. Pierre jouissait de l’estime des frères qui lui reconnaissaient de nombreuses qualités : on le voyait père maître, prieur et pourquoi pas provincial… Quand on parlait avec lui, on comprenait qu’il avait vécu un véritable drame intérieur : passer de l’Algérie française à une autre Algérie n’avait pu se faire pour lui que dans les souffrances et bien des ruptures ; en même temps, l’épreuve avait fortifié sa belle maturité qui marquait ses premières années dominicaines. 

 Au terme de l’année scolaire 1965-66, j’étais envoyé à Toulouse pour faire l’habilitation au doctorat en théologie à l’Institut catholique ; Pierre terminait sa formation au Saulchoir, prélude à une assignation prochaine au couvent d’Alger. Nous fûmes alors plusieurs années sans nous revoir, mais nous restions attentifs à nos itinéraires respectifs.

 De ces années de formation commune, je dirai qu’en ses jeunes années dominicaines, Pierre a donné les signes précurseurs du dominicain, du prêtre et de l’évêque qu’il fut en Algérie, un homme mûr et prudent – au sens où l’entend saint Thomas d’Aquin -, avec de grandes capacités relationnelles et une vie spirituelle profonde.

 C’est au cours des années 1975-1987 que nous nous retrouvâmes, à Paris. Comme secrétaire de la Province, j’étais présent au chapitre provincial et aux conseils provinciaux auxquels il participa  depuis  1975. Ensuite, à partir de 1978, comme prieur du couvent de l’Annonciation, je l’accueillais lors de ses venues à Paris. Le couvent de l’Annonciation comptait alors plusieurs frères anciens d’Alger, dont le Père Louis Lefèvre grand aumônier de la Saint-Do. Ces frères me permirent de mieux comprendre l’enfance et l’adolescence de Pierre à Alger. A l’occasion du décès de plusieurs d’entre eux, je découvris la Saint-Do d’Alger et, à la mort du Père Lefèvre, les anciens de la Saint-Do me pressèrent de ne pas les abandonner, si bien que, jusqu’à mon départ de Paris pour Metz en 1987, je fus de loin en loin leur aumônier… A chaque séjour de Pierre à Paris, nous prenions du temps ensemble : il me parlait de ce qu’il vivait en Algérie, mais aussi du Proche-Orient où il se rendait de temps à autre. La Province l’avait d’ailleurs chargé d’une sorte d’audit sur l’IDEO du Caire. Lorsqu’il était à Paris, je l’emmenais souvent dîner chez ma mère qui lui préparait les petits plats qu’il affectionnait…

 Ses informations et sa réflexion étaient profondes et sérieuses, on pouvait miser sur elles. Il avait en même temps une bonne connaissance des personnes et un grand respect pour elles. C’était un conseiller provincial sage et averti, surtout pour tout ce qui concernait le monde arabe. En même temps, ceux qui le connaissaient le mieux pressentaient que ses engagements en Algérie débordaient le monde dominicain proprement dit et les priveraient peut-être un jour de son immédiate collaboration. C’est ce qui se produisit en mai 1981, lorsqu’il fut élu évêque d’Oran pour succéder à Mgr Teissier, nommé archevêque coadjuteur d’Alger. A peine nommé évêque, Pierre me confia le soin de rassembler ce qui lui serait nécessaire : crosse et mitre, anneau pastoral et croix pectorale… En octobre 1981, j’accompagnais le Père Raulin, provincial, pour l’ordination. Je me souviens d’avoir eu quelques difficultés avec les douaniers algériens pour passer sa crosse et faire comprendre ce dont il s’agissait ! A Alger, je fus frappé de l’estime dont jouissait Pierre, de la profondeur de son enracinement, de son aisance à parler la langue arabe : à la fin de son ordination, il s’exprima longuement en arabe sans aucune note…

 De 1981 à 1987, nous nous revîmes assez souvent à l’occasion de ses passages à Paris et, même s’il ne jouissait plus dans l’Ordre de la voix active et passive, on avait recours à ses avis. Bien des échos positifs nous parvenaient de la manière dont il s’acquittait de sa mission épiscopale à Oran, notamment de la part des sœurs dominicaines de la Présentation qui étaient  alors à l’évêché : elles étaient impressionnées par sa simplicité, sa profondeur spirituelle, son esprit de pauvreté, son ardeur à la prière commune…

 En 1987, je fus à mon tour appelé à l’épiscopat et, tout naturellement, je lui demandai d’être co-consécrateur à mon ordination à la cathédrale de Metz. Pierre vint à Metz, accompagné de Maître Rahal Redouane, avocat à Oran, qui est devenu depuis un ami et qui ne manque jamais de m’adresser ses vœux.

 Devenus l’un et l’autre évêques dans des contextes très différents, les relations épistolaires et téléphoniques ne manquèrent pas entre nous deux, ainsi que des échanges entre nos deux diocèses. Le diocèse de Metz comptait alors dans son presbyterium des prêtres naguère incardinés à Oran et qui, après 1961, avaient fait le choix d’un diocèse de la métropole ; ils furent, en Moselle, d’excellents pasteurs. A plusieurs reprises, le diocèse de Metz reçut la visite de Mgr Claverie : il y fit des conférences publiques et m’aida dans la rédaction d’une lettre pastorale sur l’Islam. A travers toutes ces relations, je perçus mieux quel type d’homme il était devenu, un homme de prière et de foi, un homme clairvoyant, libre et courageux, défendant les droits de l’Église au nom de l’Islam lui-même et de sa crédibilité, ne revendiquant d’autre privilège que celui d’apporter sa libre contribution au développement intégral de l’Algérie. Il percevait avec une vive acuité la vocation et la mission d’une Église servante et pauvre, renonçant à tout prosélytisme, apportant sa contribution  désintéressée à un pays avec lequel il avait choisi de se lier, récusant tous les fanatismes d’où qu’ils viennent. C’est l’amour de l’Algérie qui le poussait à s’exprimer pour son seul bien, plus que pour la défense des intérêts de l’Église catholique. Comme beaucoup d’autres frères et sœurs de l’Ordre, il se tenait avec lucidité et courage sur cette ligne de fracture, et c’est cela qui l’a conduit à être éliminé brutalement, avec son merveilleux jeunes chauffeur musulman Mohamed Bouchikry, le 1er août 1996. Quelques semaines auparavant, fin juin, son homélie au rassemblement de la Saint-Do à Prouilhe était prémonitoire : il se savait menacé, d’aucuns le pressaient de rentrer en France, mais il avait donné sa vie à l’Algérie, rien ne pouvait l’arrêter. Il lui arrivait d’ajouter : Rien que pour un homme comme Mohamed, cela vaut la peine de rester !

 C’est à Lourdes, où je me trouvais avec le pèlerinage du diocèse de Metz, que j’appris la nouvelle au moment du petit déjeuner. J’allais ensuite célébrer la messe à la grotte et je me souviens d’avoir dit alors aux pèlerins : Je pleure, mais je suis fier de lui ! Me revenait à la mémoire la lettre magnifique du Maître de l’Ordre, Antonin Brémond, le 20 septembre 1748, à la suite du martyre de plusieurs frères en Chine et au Vietnam, dans laquelle il rend grâce au Seigneur d’avoir choisi comme martyrs des frères d’aujourd’hui ! Sollicité par le secrétaire de la Conférence épiscopale de représenter les évêques de France à ses funérailles le 5 août à Oran, je dus y renoncer, ne pouvant abandonner à Lourdes le pèlerinage du diocèse. Fort heureusement, le frère Albert-Marie de Monléon, alors évêque de Pamiers, nous y représenta. A son retour, il nous adressa un compte-rendu dans lequel il disait : En écoutant les uns et les autres, tant à Alger qu’à Oran, au cours des quarante-huit heures passées là-bas, il m’est apparu que les chrétiens d’Algérie sont sensibles au fait qu’il ne faut pas dissocier la mort de Mgr Claverie et des autres prêtres, religieuses et religieux, de celle de centaines d’Algériens de toutes conditions, assassinés, presque quotidiennement, souvent de manière horrible. C’est ce que continuent de rappeler aujourd’hui les évêques d’Algérie.

 En 1998, la Providence voulut, que, pour lui succéder à l’évêché d’Oran, fût choisi un prêtre originaire de Moselle, mais incardiné à Alger, Alphonse Georger. Il souhaitait être ordonné évêque à la cathédrale de Metz, où mon prédécesseur l’avait naguère ordonné prêtre. L’ordination eut lieu le 16 août 1998 et fut présidée par Mgr Joseph Duval, neveu du Cardinal, entouré de Mgr Teissier et de moi-même. Nous le fêtions tout autant pour lui-même  que comme le successeur de Pierre Claverie à Oran. En venant à Metz, Mgr Georger m’apporta un beau cadeau : la mitre et la calotte violette de Pierre Claverie. Les considérant d’abord comme des reliques, je les plaçai dans une vitrine à l’évêché de Metz jusqu’au jour où recevant le cardinal Gantin, préfet de la congrégation  pour les évêques,celui-ci  m’enjoignit de les utiliser : il était doublement votre frère, comme dominicain et comme évêque, portez-les. Et c’est ce que je fais aujourd’hui.

 Je n’ai jamais pu réaliser mon désir de me rendre à Oran du vivant de Pierre. J’ai fait deux fois le voyage depuis sa mort. La première fois, sous l’épiscopat de Mgr Georger, et la deuxième, pour l’ordination épiscopale du frère Jean-Paul Vesco. Ce fut à chaque fois un grand réconfort de pouvoir prier sur sa tombe. Les murs de l’oratoire portent encore les traces des sangs mêlés de Pierre et de Mohamed, car l’explosion de la bombe projeta sur eux la porte qui écrasa leurs deux corps. C’est pour moi un signe bouleversant du pasteur que Pierre a voulu être à Oran et en Algérie.

 Bienheureux Pierre, te voilà inscrit, dans le Propre liturgique de l’Ordre, comme évêque martyr, intercède auprès de Dieu pour que tes frères évêques et tes frères dominicains aient le courage et l’audace des apôtres pour annoncer à temps et à contre-temps la parole de vie !   Amen !

 7 novembre 2018, + fr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz

Le dimanche 04/11/18

Homélie prononcée par le fr. Nicolas Tixier, O.P., le dimanche 4 Novembre 2018 (31e dimanche TO - B : Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34)

« Tu aimeras, tu aimeras ». C’est bien beau tout ça. On le sait bien qu’être chrétien c’est aimer. On parle bien de « charité chrétienne », non ? Que doit-on encore réentendre ce commandement comme s’il était ignoré… Reparlons-en cependant puisque la liturgie nous y invite. Puisque le Christ lui-même nous y invite en désignant ainsi le premier commandement. Mais à trop parler d’amour ne risque-t-on pas de verser dans la mièvrerie ? Je repensais à cette chanson de la chanteuse Anaïs que l’on entendait il y a quelques années sur les ondes :

Ça dégouline d'amour,
C'est beau mais c'est insupportable.
C'est un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrase :
"Elle est bonne ta quiche, amour"
"Mon cœur, passe-moi la salade"

C’est une chanson humoristique (et les effets de voix de la chanteuse y ajoutent pour beaucoup !) qui parle de la douleur de la solitude et qui se moque gentiment des apparences sucrées de l’amour, les trouvant à la fois (comme elle l’avoue elle-même) très enviables et un peu ridicules aussi. Bien loin de moi l’idée de dénigrer les mots doux qui sont les expressions de l’amour. L’amour en effet se dit. L’amitié n’a pas besoin, elle, d’être dite. Les amis sont amis sans qu’ils aient besoin de se le dire. Les amoureux, eux, ont besoin de parler. Et les mots sont même bien pauvres pour exprimer ce qu’ils voudraient dire à la personne aimée. Alors, comme toutes ces chansons d’amour que l’on n’a pas fini de composer, ils redisent la même chose jusqu’à l’épuisement du langage, jusqu’à ce que la vie prenne le relais des mots.

C’est là toute la question. L’amour ne peut en rester aux mots, aux paroles. L’amour se vit. Il me semble que Jésus ne dit pas autre chose au scribe, et à nous aussi bien sûr. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Point de sucre dans cet amour-là, bien au contraire. Du sel, plutôt. Le sel qui maintient éveillé. Le sel de la relation vivante, piquante, douloureuse parfois. Le sel qui picote et rend attentif, fait dresser l’oreille : « Écoute Israël ! » Le début de la prière juive la plus simple et la plus essentielle. « Écoute ! » « Écoute » dit Dieu, « Écoute qui je suis » (le Seigneur ton Dieu est l’Unique), « Écoute comment tu dois m’aimer ». Comment t’aimerais-je Seigneur ? réponds le croyant avec sincérité. Mais tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Je te le dis si souvent.

Oui, mais les mots ne suffisent pas. L’émotion même ne suffit pas. Le sentiment pas davantage. Alors comment faut-il aimer ? Jésus répond : « de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute force, de toute ton âme ». Le cœur seul ne suffisait donc pas ? Non. Il faut non seulement le cœur (et tout le cœur), mais aussi l’âme (toute l’âme), l’esprit (tout l’esprit) et la force (toute la force). On a beaucoup discuté sur ces quatre facultés humaines : le cœur, l’âme, l’esprit, la force. Que nous dit cette liste dressée par Jésus en reprenant (et en allongeant) l’énumération du Deutéronome ? Elle nous parle d’un entier. L’engagement tout entier du croyant tout entier envers Dieu qui se donne lui-même tout entier. Un engagement, à la fois dans le culte et dans la vie quotidienne.

C’est là qu’intervient le second commandement donné par Jésus. Celui-là n’était pas attendu. Le scribe ne demandait que le premier. Eh bien voilà aussi le second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aimer son prochain comme soi-même, c’est bien la conséquence nécessaire de ce qui vient d’être dit : voici que tout ton être (esprit, âme, cœur, force) est voué à aimer. Tu es fait pour aimer. Alors il te faut aimer ton prochain totalement.

Jésus aurait pu dire « tu aimeras ton prochain de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force, de toute ton âme ». Il a dit autrement (reprenant le Lévitique) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce qui est en soi une exigence. S’aimer soi-même : de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. Aimer totalement implique l’amour de soi, ce qui n’est pas des plus faciles : il me faut affronter mes grandes ou petites tragédies intimes, mon incapacité à sortir de moi-même, mon immaturité, mon péché. Georges Bernanos a bien raison de le dire : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr (…) La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même. »

Peut-être me faut-il alors reconnaître humblement que je ne sais pas vraiment aimer. Dieu, mon frère, moi-même. Aimer vraiment m’est difficile. Il me semble parfois que j’en suis empêché, malgré l’élan des origines. Il faut du temps pour donner à l’amour sa mesure.

Au jour de sa profession solennelle, un frère dominicain se jette par terre les bras en croix étendus sur le sol. Quelques minutes après il fait don de sa vie par des paroles ancestrales, qu’il fait précéder de la mention capitale : « moi, frère untel, je ». C’est là l’expression de son amour. Au jour d’un mariage un couple échange des consentements « moi je te reçois comme époux », « moi je te reçois comme épouse ». Don total. A chaque fois, quelques mots, dont on comprend le sens sans bien le comprendre pourtant. Une minute tout au plus pour donner sa vie. Qu’est-ce qui suit ? La vie justement. La vie comme la continuation de ce qui a été dit, promis. La vie avec le sel de ses épreuves et de ses combats. Les chahuts de l’existence. Le doute parfois. Qu’ai-je dit quand j’ai parlé ? Qu’ai-je dit quand j’ai promis ?

C’est alors que levant les yeux nous pouvons contempler le visage de celui qui a parlé et promis le premier. Celui qui nous a aimés le premier. Jésus-Christ dont les paroles sont bien plus que des mots. « Ceci est mon corps livré pour vous ». « Ceci est mon sang versé pour vous ». Esprit, âme, force, cœur. Tout est résumé, tout est dit. Le repas annonce le don de Jésus pour le salut du monde.

Le don suivra. Total. Définitif. Sans partage. Comme une manière divine de dire ce qu’est aimer. « S’offrant lui-même une fois pour toutes » disait l’épître aux Hébreux. Esprit, âme, force, cœur. Le don de Jésus sur la Croix. Le don de Jésus ce soir dans cette eucharistie. Comme s’il signait du poids de sa vie sa déclaration d’amour aux hommes.

C’est là, bien là, dans ce don de Dieu, que nous apprenons nous-mêmes à aimer.
... Lire la suiteVoir moins de texte

Homélie prononcée par le fr. Nicolas Tixier, O.P., le dimanche 4 Novembre 2018 (31e dimanche TO - B : Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34) 

« Tu aimeras, tu aimeras ». C’est bien beau tout ça. On le sait bien qu’être chrétien c’est aimer. On parle bien de « charité chrétienne », non ? Que doit-on encore réentendre ce commandement comme s’il était ignoré… Reparlons-en cependant puisque la liturgie nous y invite. Puisque le Christ lui-même nous y invite en désignant ainsi le premier commandement. Mais à trop parler d’amour ne risque-t-on pas de verser dans la mièvrerie ? Je repensais à cette chanson de la chanteuse Anaïs que l’on entendait il y a quelques années sur les ondes :

Ça dégouline damour,
Cest beau mais cest insupportable.
Cest un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrase :
Elle est bonne ta quiche, amour
Mon cœur, passe-moi la salade

C’est une chanson humoristique (et les effets de voix de la chanteuse y ajoutent pour beaucoup !) qui parle de la douleur de la solitude et qui se moque gentiment des apparences sucrées de l’amour, les trouvant à la fois (comme elle l’avoue elle-même) très enviables et un peu ridicules aussi. Bien loin de moi l’idée de dénigrer les mots doux qui sont les expressions de l’amour. L’amour en effet se dit. L’amitié n’a pas besoin, elle, d’être dite. Les amis sont amis sans qu’ils aient besoin de se le dire. Les amoureux, eux, ont besoin de parler. Et les mots sont même bien pauvres pour exprimer ce qu’ils voudraient dire à la personne aimée. Alors, comme toutes ces chansons d’amour que l’on n’a pas fini de composer, ils redisent la même chose jusqu’à l’épuisement du langage, jusqu’à ce que la vie prenne le relais des mots. 

C’est là toute la question. L’amour ne peut en rester aux mots, aux paroles. L’amour se vit. Il me semble que Jésus ne dit pas autre chose au scribe, et à nous aussi bien sûr. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Point de sucre dans cet amour-là, bien au contraire. Du sel, plutôt. Le sel qui maintient éveillé. Le sel de la relation vivante, piquante, douloureuse parfois. Le sel qui picote et rend attentif, fait dresser l’oreille : « Écoute Israël ! » Le début de la prière juive la plus simple et la plus essentielle. « Écoute ! » « Écoute » dit Dieu, « Écoute qui je suis » (le Seigneur ton Dieu est l’Unique), « Écoute comment tu dois m’aimer ». Comment t’aimerais-je Seigneur ? réponds le croyant avec sincérité. Mais tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! Je te le dis si souvent.

Oui, mais les mots ne suffisent pas. L’émotion même ne suffit pas. Le sentiment pas davantage. Alors comment faut-il aimer ? Jésus répond : « de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute force, de toute ton âme ». Le cœur seul ne suffisait donc pas ? Non. Il faut non seulement le cœur (et tout le cœur), mais aussi l’âme (toute l’âme), l’esprit (tout l’esprit) et la force (toute la force). On a beaucoup discuté sur ces quatre facultés humaines : le cœur, l’âme, l’esprit, la force. Que nous dit cette liste dressée par Jésus en reprenant (et en allongeant) l’énumération du Deutéronome ? Elle nous parle d’un entier. L’engagement tout entier du croyant tout entier envers Dieu qui se donne lui-même tout entier. Un engagement, à la fois dans le culte et dans la vie quotidienne.

C’est là qu’intervient le second commandement donné par Jésus. Celui-là n’était pas attendu. Le scribe ne demandait que le premier. Eh bien voilà aussi le second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aimer son prochain comme soi-même, c’est bien la conséquence nécessaire de ce qui vient d’être dit : voici que tout ton être (esprit, âme, cœur, force) est voué à aimer. Tu es fait pour aimer. Alors il te faut aimer ton prochain totalement. 

Jésus aurait pu dire « tu aimeras ton prochain de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force, de toute ton âme ». Il a dit autrement (reprenant le Lévitique) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce qui est en soi une exigence. S’aimer soi-même : de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force. Aimer totalement implique l’amour de soi, ce qui n’est pas des plus faciles : il me faut affronter mes grandes ou petites tragédies intimes, mon incapacité à sortir de moi-même, mon immaturité, mon péché. Georges Bernanos a bien raison de le dire : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr (…) La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même. » 

Peut-être me faut-il alors reconnaître humblement que je ne sais pas vraiment aimer. Dieu, mon frère, moi-même. Aimer vraiment m’est difficile. Il me semble parfois que j’en suis empêché, malgré l’élan des origines. Il faut du temps pour donner à l’amour sa mesure.

Au jour de sa profession solennelle, un frère dominicain se jette par terre les bras en croix étendus sur le sol. Quelques minutes après il fait don de sa vie par des paroles ancestrales, qu’il fait précéder de la mention capitale : « moi, frère untel, je ». C’est là l’expression de son amour. Au jour d’un mariage un couple échange des consentements « moi je te reçois comme époux », « moi je te reçois comme épouse ». Don total. A chaque fois, quelques mots, dont on comprend le sens sans bien le comprendre pourtant. Une minute tout au plus pour donner sa vie. Qu’est-ce qui suit ? La vie justement. La vie comme la continuation de ce qui a été dit, promis. La vie avec le sel de ses épreuves et de ses combats. Les chahuts de l’existence. Le doute parfois. Qu’ai-je dit quand j’ai parlé ? Qu’ai-je dit quand j’ai promis ?

C’est alors que levant les yeux nous pouvons contempler le visage de celui qui a parlé et promis le premier. Celui qui nous a aimés le premier. Jésus-Christ dont les paroles sont bien plus que des mots. « Ceci est mon corps livré pour vous ». « Ceci est mon sang versé pour vous ». Esprit, âme, force, cœur. Tout est résumé, tout est dit. Le repas annonce le don de Jésus pour le salut du monde.

Le don suivra. Total. Définitif. Sans partage. Comme une manière divine de dire ce qu’est aimer. « S’offrant lui-même une fois pour toutes » disait l’épître aux Hébreux. Esprit, âme, force, cœur. Le don de Jésus sur la Croix. Le don de Jésus ce soir dans cette eucharistie. Comme s’il signait du poids de sa vie sa déclaration d’amour aux hommes.

C’est là, bien là, dans ce don de Dieu, que nous apprenons nous-mêmes à aimer.

Très belle et actuelle homélie, amour, mot tellement galvaudé par les temps qui courent don d’amour , amour unique, inconditionnel, Jésus sera avant tout pour moi, Amour, toujours....

1 semaine il y a
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C''était beau avec en plus le romantique fr. Nicolas Tixier o. P.

7 jours il y a
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Le jeudi 01/11/18

Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P., le 1er novembre 2018 en la fête de la Toussaint :

Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles Amen ! ... Dans cette hymne d’adoration envers Dieu, nous ressentons toute la joie qui éclate de cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, cette foule des saints et des saintes venant de toutes nations, tribus, peuples et langues qui se tiennent devant Dieu en extase. Ils sont animés d’une joie profonde, intense, qui les élèvent au-dessus d’eux-mêmes. Cette joie, ils l’ont acquise dans le sang de l’agneau. Délivrés des chaînes qui entravaient leur ancienne vie, ils sont passés par l’épreuve, par la dépossession, par un renoncement à soi, pour accéder à la vie nouvelle.

Nous éprouvons toute sorte de joie dans nos vies. Les plus grandes surgissent dans des moments privilégiés où nous avons la sensation de renaître à la vie. On imagine que c’est cette joie là que la foule immense éprouve devant Dieu. la joie radicale d’une vie nouvelle et libre. Dieu est là. Ils le contemplent.

Quand Jésus gravit la montagne avec ses disciples, c’est pour qu’ils découvrent en extase la joie céleste qui les attend. Il leur offre en effet une vision de la joie promise à ceux qui quitte leur ancienne vie pour suivre celle de l’agneau de Dieu. Heureux les pauvres de cœurs, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice.... quelle belle litanie. Elle montre comment la joie promise nous sera accordée de multiples manières !

Cette joie reste-t-elle cependant une simple promesse pour nous qui vivons encore les pieds sur terre ? Certes, notre récompense est dans les cieux. C’est d’abord dans l’espérance que nous croyons en cette joie. Mais nous la recevons déjà dans la foi.

Une jeune étudiante qui est venue à Lourdes au pèlerinage du Rosaire pour la première fois, m’a confié son expérience. Elle se disait elle-même éloignée de toute religion. En voyant la joie de tant de personnes qui avaient beaucoup de raisons de ne pas se réjouir, elle me disait : « quand même, la foi, ça aide ». Elle avait été touchée par la joie qui débordait de ces personnes abîmées ou usées par la vie. Parce que la foi les transfigurait. La foi nous remplit des prémices de la joie céleste, de ses premiers signes. Oui heureux sommes-nous parce que nous croyons, Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux. Bientôt nous verrons Dieu tel qu’il est !
Mais je crois qu’il y a aussi bien plus que cela. Notre joie, la joie que cette étudiante a décelée dans le cœur des pèlerins de Lourdes, elle nous vient aussi de la communion des saints. Toute la foule des saints, en contemplation devant un Dieu qui les aime, est habitée par une joie qu’ils aspirent à partager avec nous. Le partage et la communion font partie de la vraie joie. Sainte Thérèse disait qu’elle voulait passe son Ciel à faire le bien sur la terre. Maintenant qu’elle y est, on peut croire que c’est ce qu’elle est en train de faire ! Avec elle, la multitude des saints et des saintes avec qui nous sommes en communion ne cessent de répandre sur nous leur joie débordante. Parmi cette multitude des gens que nous avons connus, des gens de nos familles, des amis....

Pour éviter de faire des déçus, notre société contemporaine chante les louanges de ceux qui accèdent au bonheur tout seul. On doit être responsable de son propre bonheur. Partout, on nous dit qu’il n’existe pas de meilleure stratégie pour être heureux que d’apprendre à ne dépendre que de soi-même. Et si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.

Mais ce n’est pas le bonheur que Jésus promet à ses disciples. La vraie joie est révélation de ce lien qui nous unit entre nous avec les saints d’en-haut. C’est une conquête. Il ne faut donc pas avoir peur de ne pas y être encore arrivé. Mais nous pouvons nous appuyer sur tous les saints. On est ensemble devant Dieu. Si pour nous cette conquête de la vraie joie nous semble trop ardue, rappelons-nous qu’une foule immense en-haut n’attend que de nous la partager.
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Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P., le 1er novembre 2018 en la fête de la Toussaint : 

Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles Amen ! ... Dans cette hymne d’adoration envers Dieu, nous ressentons toute la joie qui éclate de cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, cette foule des saints et des saintes venant de toutes nations, tribus, peuples et langues qui se tiennent devant Dieu en extase. Ils sont animés d’une joie profonde, intense, qui les élèvent au-dessus d’eux-mêmes. Cette joie, ils l’ont acquise dans le sang de l’agneau. Délivrés des chaînes qui entravaient leur ancienne vie, ils sont passés par l’épreuve, par la dépossession, par un renoncement à soi, pour accéder à la vie nouvelle. 

Nous éprouvons toute sorte de joie dans nos vies. Les plus grandes surgissent dans des moments privilégiés où nous avons la sensation de renaître à la vie. On imagine que c’est cette joie là que la foule immense éprouve devant Dieu. la joie radicale d’une vie nouvelle et libre. Dieu est là. Ils le contemplent. 

Quand Jésus gravit la montagne avec ses disciples, c’est pour qu’ils découvrent en extase la joie céleste qui les attend. Il leur offre en effet une vision de la joie promise à ceux qui quitte leur ancienne vie pour suivre celle de l’agneau de Dieu. Heureux les pauvres de cœurs, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice.... quelle belle litanie. Elle montre comment la joie promise nous sera accordée de multiples manières !

Cette joie reste-t-elle cependant une simple promesse pour nous qui vivons encore les pieds sur terre ? Certes, notre récompense est dans les cieux. C’est d’abord dans l’espérance que nous croyons en cette joie. Mais nous la recevons déjà dans la foi. 

Une jeune étudiante qui est venue à Lourdes au pèlerinage du Rosaire pour la première fois, m’a confié son expérience. Elle se disait elle-même éloignée de toute religion. En voyant la joie de tant de personnes qui avaient beaucoup de raisons de ne pas se réjouir, elle me disait : « quand même, la foi, ça aide ». Elle avait été touchée par la joie qui débordait de ces personnes abîmées ou usées par la vie. Parce que la foi les transfigurait. La foi nous remplit des prémices de la joie céleste, de ses premiers signes. Oui heureux sommes-nous parce que nous croyons, Heureux les pauvres de cœurs, car le Royaume des Cieux est à eux. Bientôt nous verrons Dieu tel qu’il est ! 
Mais je crois qu’il y a aussi bien plus que cela. Notre joie, la joie que cette étudiante a décelée dans le cœur des pèlerins de Lourdes, elle nous vient aussi de la communion des saints. Toute la foule des saints, en contemplation devant un Dieu qui les aime, est habitée par une joie qu’ils aspirent à partager avec nous. Le partage et la communion font partie de la vraie joie. Sainte Thérèse disait qu’elle voulait passe son Ciel à faire le bien sur la terre. Maintenant qu’elle y est, on peut croire que c’est ce qu’elle est en train de faire ! Avec elle, la multitude des saints et des saintes avec qui nous sommes en communion ne cessent de répandre sur nous leur joie débordante. Parmi cette multitude des gens que nous avons connus, des gens de nos familles, des amis....

Pour éviter de faire des déçus, notre société contemporaine chante les louanges de ceux qui accèdent au bonheur tout seul. On doit être responsable de son propre bonheur. Partout, on nous dit qu’il n’existe pas de meilleure stratégie pour être heureux que d’apprendre à ne dépendre que de soi-même. Et si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. 

Mais ce n’est pas le bonheur que Jésus promet à ses disciples. La vraie joie est révélation de ce lien qui nous unit entre nous avec les saints d’en-haut. C’est une conquête. Il ne faut donc pas avoir peur de ne pas y être encore arrivé. Mais nous pouvons nous appuyer sur tous les saints. On est ensemble devant Dieu. Si pour nous cette conquête de la vraie joie nous semble trop ardue, rappelons-nous qu’une foule immense en-haut n’attend que de nous la partager.

Merci Fr Jean Baptiste pour ses belles paroles d'esperance

2 semaines il y a   ·  1
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Amen Amen Amen

1 semaine il y a
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Le mercredi 31/10/18

Horaires au couvent des dominicains de Strasbourg :
1er Novembre 2018 : Solennité de la Toussaint.
9h : Laudes
19h : Messe de la Toussaint

2 novembre 2018 : commémoration de tous les fidèles défunts.
12h10 : messe
... Lire la suiteVoir moins de texte

Horaires au couvent des dominicains de Strasbourg : 
1er Novembre 2018 : Solennité de la Toussaint. 
9h : Laudes
19h : Messe de la Toussaint

2 novembre 2018 : commémoration de tous les fidèles défunts. 
12h10 : messe

Le jeudi 18/10/18

Le frère Rémy Valléjo vient d'écrire un nouveau livre sur Maître Eckhart disponible dans les libraires cette semaine !

L’éternité est déjà là quand cède en l’homme tout ce qui le retient sur un chemin de vérité et de liberté.

Lorsqu’il emprunte cette voie pour dire le mystère de Dieu à ses frères, aux moniales et aux béguines de la vallée rhénane, Maître Eckhart (1260-1328) ne sait pas encore qu’il lui faudra le vivre jusqu’aux confins du plus radical abandon qui, certainement, est sa plus authentique prédication. Dès lors, éprouvée par l’adversité, sa parole est un chemin d’humanité qui, jusque dans un « je ne sais pas », offre à chacun d’avancer « au large », conformément à la parole de Jésus à ses disciples, dans les profondeurs océaniques du désir le plus intime, là même où l’âme humaine accueille ce qui lui est le « plus proche ».
... Lire la suiteVoir moins de texte

Le frère Rémy Valléjo vient décrire un nouveau livre sur Maître Eckhart disponible dans les libraires cette semaine ! 

L’éternité est déjà là quand cède en l’homme tout ce qui le retient sur un chemin de vérité et de liberté.

Lorsqu’il emprunte cette voie pour dire le mystère de Dieu à ses frères, aux moniales et aux béguines de la vallée rhénane, Maître Eckhart (1260-1328) ne sait pas encore qu’il lui faudra le vivre jusqu’aux confins du plus radical abandon qui, certainement, est sa plus authentique prédication. Dès lors, éprouvée par l’adversité, sa parole est un chemin d’humanité qui, jusque dans un « je ne sais pas », offre à chacun d’avancer « au large », conformément à la parole de Jésus à ses disciples, dans les profondeurs océaniques du désir le plus intime, là même où l’âme humaine accueille ce qui lui est le « plus proche ».

Voir les commentaires précédents

Sincères félicitations!

4 semaines il y a
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Yo lo quiero!

4 semaines il y a
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Felicitations

4 semaines il y a
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Andres Rivera je ne sais pas

4 semaines il y a

2 réponses

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Et bien moi je sais une chose, c'est que je vais me procurer ce livre !

4 semaines il y a
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Un de mes maîtres préfères .. J’ai hâte de le découvrir sous la plume de frere Remy 🙏

4 semaines il y a
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J’ai commencé hier à lire le livre en version numérique... Très heureux de cette approche très intérieure de la spiritualité de Maître Eckhart !

4 semaines il y a
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Ah, Simon Rispal?

3 semaines il y a
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Le lundi 08/10/18

Dominicains Strasbourg a partagé la publication de Pèlerinage du Rosaire - Alsace.

Les pèlerins du Rosaire - Alsace sont revenus de Lourdes ! Voici quelques images du pèlerinage.
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Retour en Alsace après une semaine magnifique à Lourdes. Merci Seigneur pour toutes les grâces reçues ! Quelques premières photos de notre groupe

Les pèlerins du Rosaire - Alsace sont revenus de Lourdes ! Voici quelques images du pèlerinage.

Très heureux d'avoir pu vivre mon premier pèlerinage à Lourdes avec vous. Merci!

4 semaines il y a
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Le lundi 08/10/18

Dans le cadre de l'année Gutenberg, le Rhin Mystique propose une exposition sur le thème : "BIBLIA ARABICA ET SYRIACA - LA BIBLE DES IMPRIMEURS, UNE AVENTURE POLYGLOTTE D'OCCIDENT ET D'ORIENT

Depuis 1455, avec l'impression par Gutenberg (1400-1468) de la première Bible à 42 lignes, dite B42, la Bible est l’objet de prédilection des imprimeurs. Du XVe au XVIIe siècle, les bibles en latin, grec, hébreu, allemand et français, mais aussi en arabe et autres langues orientales témoignent d’une ingéniosité toujours renouvelée. Commencée en Occident au XVe siècle, cette aventure polyglotte se poursuit en Orient au XVIIIe siècle avec les premières presses introduites au Liban et à Mossoul.

Attention ! pour des raisons logistiques, les ouvrages seront présentés à partir du 18 octobre.

Église du Temple-Neuf à Strasbourg du 5 octobre au 4 novembre 2018 tous les jours, sauf le lundi, de 14h à 18h
... Lire la suiteVoir moins de texte

Dans le cadre de lannée Gutenberg, le Rhin Mystique propose une exposition sur le thème : BIBLIA ARABICA ET SYRIACA - LA BIBLE DES IMPRIMEURS, UNE AVENTURE POLYGLOTTE DOCCIDENT ET DORIENT

Depuis 1455, avec limpression par Gutenberg (1400-1468) de la première Bible à 42 lignes, dite B42, la Bible est l’objet de prédilection des imprimeurs. Du XVe au XVIIe siècle, les bibles en latin, grec, hébreu, allemand et français, mais aussi en arabe et autres langues orientales témoignent d’une ingéniosité toujours renouvelée. Commencée en Occident au XVe siècle, cette aventure polyglotte se poursuit en Orient au XVIIIe siècle avec les premières presses introduites au Liban et à Mossoul.

Attention ! pour des raisons logistiques, les ouvrages seront présentés à partir du 18 octobre.

Église du Temple-Neuf à Strasbourg du 5 octobre au  4 novembre 2018 tous les jours, sauf le lundi, de 14h à 18h

Très intéressant j'aimerais avoir la chance d'y être emmenée ! !

1 mois il y a   ·  1
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Le dimanche 23/09/18

Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 23 septembre 2018 (25éme DIM (B) Sag 2,12.17-20 ; Ja 3,16-4,3 ; Mc 9,30-37 )

POUR ETRE LE PREMIER MIEUX VAUT COMMENCER EN DERNIER

Ce désir humain d'être le préféré .
Jésus marche en tête de la petite bande de ses apôtres. Il vient de leur annoncer, pour la deuxième fois, que sa mission va mal se terminer et de manière dramatique. Comme pour oublier cette sombre nouvelle, les apôtres discutent qu'une question qui les tracassent :
lequel d'entre eux est le plus grand dans l'estime du Maître ? A qui réserve-t-il la place de premier ministre dans le Royaume à venir ?
Le désir d'arriver en premier dans l'affection de quelqu'un qu'on admire et qu'on aime, est inhérent à la condition humaine. Observez les jeunes enfants dans une famille. C'est à qui s'efforcera d'être remarqué par maman ou papa, selon les cas. Il y a rivalité entre eux.
Mais pour monter tout en haut du podium, il faut entrer en compétition avec les autres et donc les éliminer.
A la dernière place dans la condition de serviteur.
La deuxième lecture, tirée de l'épître de St Jacques,dénonce ces rivalités et les sentiments fratricides qu'elles suscitent :« La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes
sortes d'actions malfaisantes … D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous ? N'est-ce pas justement tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? »
A celui, à celle, qui ambitionne de devenir son disciple, Jésus propose un retournement à 180°, dit en termes évangéliques : une conversion de cette dynamique fratricide:
« Si tu veux être le premier, choisis d'être le dernier et le serviteur de tous. »
Jésus n'oblige pas, il sollicite notre désir. Il dit au jeune homme riche, insatisfait de la vie qu'il mène: « Si tu veux être parfait, dépouille-toi de tes biens au bénéfice des pauvres .. »
Choisir d'aller à la dernière place, ce n'est pas une manoeuvre pour se faire remarquer. C'est répondre à un attrait du cœur suscité par l'Esprit de Jésus.Tu renonces à être celui qui cherchait à s'imposer aux autres.
Philippe, d'une famille de grands industriels du Nord de la France, a choisi d'être prêtre ouvrier. Ses camarades d'atelier s'en étonnent :« Tu as une formation d'ingénieur, tu
pourrais être cadre.. Pourquoi, tu restes ici ? « Pour partager votre vie, à cause de Jésus, » répond Philippe.
Grandeur du Serviteur de tous.
Oui, être serviteur de tous. Sans discrimination. Ne pas s'accrocher aux privilèges de sa classe sociale. Le Fils de Dieu, d'une très haute naissance pourtant, nous a donné l'exemple : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur. .. » (Ph 2,6- 11)
Si Jésus, le Fils de l'homme, a choisi la toute dernière place : celle d'un crucifié, c'était pour sauver la multitude des hommes des puissances du mal. Grandeur inégalable de
l'amour de ce Serviteur!
Dans les plus hautes responsabilités, le disciple du Christ veillera à rester serviteur de ses frères. N'appelle-t-on pas le pape, successeur de Pierre, serviteur des serviteurs de Dieu ?

La parabole du petit enfant .
Pour illustrer son enseignement, Jésus appelle un petit enfant et le place au milieu de ses apôtres. N'entreront dans le Royaume, leur dit-il, que ceux et celles qui auront retrouvé leur coeur de tout petit enfant, et l'innocence première de leur regard.
Jésus embrasse ensuite cet enfant et conclut son enseignement : « Quiconque accueille en mon un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille.Et celui qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille , mais Celui qui m'a envoyé. »
Dans le film intitulé Le pape François, un homme de Parole , qui vient de sortir en salle, le réalisateur utilise des documents d'archives qui nous font revivre quelques-unes des rencontres de François avec les foules de différents pays et avec des chefs d'Etat.
Dans plusieurs de ces documentaires, on peut voir des parents présentant leurs enfants au pape. Lui, les prend dans ses bras et les embrasse.
Ces documentaires sont suivis d'entretiens du pape, face à face avec les spectateurs.
« Tout récemment, raconte François, un enfant m' a demandé par courrier électronique de pouvoir parler avec moi. Cet enfant était atteint d'un cancer en phase terminale. II savait qu'il allait mourir bientôt, mais il n'avait n'a pas peur de la mort. Ne pouvant l'embrasser, je l'ai béni. »
Le lendemain même les portes du Royaume s'ouvraient pour laisser entrer le petit cancéreux. C'est avec son regard d'enfant, que le pape François nous parle de cet enfant..

Fr Jacques-François Vergonjeanne.
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Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 23 septembre 2018 (25éme DIM  (B) Sag 2,12.17-20 ;  Ja 3,16-4,3 ;  Mc 9,30-37 )

POUR ETRE LE PREMIER MIEUX VAUT COMMENCER EN DERNIER

Ce désir humain dêtre le préféré .
Jésus marche en tête de la petite bande de ses apôtres. Il vient de leur annoncer, pour la deuxième fois, que sa mission va mal se terminer et de manière dramatique. Comme pour oublier cette sombre nouvelle, les apôtres discutent quune question qui les tracassent :   
lequel dentre eux est le plus grand  dans lestime du Maître ? A qui réserve-t-il la place de premier ministre dans le Royaume à venir ?
Le désir darriver en premier dans laffection de quelquun quon admire et quon aime, est inhérent à la condition humaine. Observez les jeunes enfants dans une famille. Cest à  qui sefforcera dêtre remarqué par maman ou papa, selon les cas. Il y a rivalité entre eux.
Mais pour monter tout en haut du podium, il faut entrer en compétition avec les autres et donc les éliminer.
A la dernière place dans la condition de serviteur.
La deuxième lecture, tirée de lépître de St Jacques,dénonce ces rivalités et les sentiments fratricides quelles suscitent :« La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes 
sortes dactions malfaisantes … Doù viennent les guerres, doù viennent les conflits entre vous ? Nest-ce pas justement tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? » 
A celui, à celle, qui ambitionne de devenir son disciple, Jésus propose un retournement à 180°, dit en termes évangéliques : une conversion de cette dynamique fratricide:
« Si tu veux être le premier, choisis dêtre le dernier et le serviteur de tous. »
Jésus noblige pas, il sollicite notre désir. Il dit  au jeune homme riche, insatisfait de la vie quil mène: « Si tu veux être parfait, dépouille-toi de tes biens au bénéfice des pauvres .. » 
Choisir daller à la dernière place, ce nest pas une manoeuvre pour se faire remarquer. Cest répondre à un attrait du cœur suscité par lEsprit de Jésus.Tu renonces à être celui qui cherchait à simposer aux autres.
Philippe, dune  famille de grands industriels du Nord de la France, a choisi dêtre prêtre ouvrier. Ses camarades datelier sen étonnent :« Tu as une formation dingénieur, tu 
pourrais être cadre.. Pourquoi, tu restes ici ? « Pour partager votre vie, à cause de Jésus, » répond Philippe.
Grandeur du Serviteur de tous.
Oui, être serviteur de tous. Sans discrimination. Ne pas saccrocher aux privilèges de sa classe sociale. Le Fils de Dieu, dune très haute naissance pourtant,  nous a donné lexemple : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui légalait à Dieu. Mais il sest anéanti, prenant la condition de serviteur. .. » (Ph 2,6- 11)
Si Jésus, le Fils de lhomme, a choisi la toute dernière place : celle dun crucifié, cétait pour sauver la multitude des hommes des puissances du mal. Grandeur inégalable de 
lamour de ce Serviteur!
Dans les plus hautes responsabilités, le disciple du Christ veillera à rester serviteur de ses frères. Nappelle-t-on pas le pape, successeur de Pierre, serviteur des serviteurs de Dieu ?

La parabole du petit enfant .
Pour illustrer son enseignement, Jésus appelle un petit enfant et le place au milieu de ses apôtres. Nentreront dans le Royaume, leur dit-il, que ceux et celles qui auront retrouvé leur coeur de tout petit enfant, et linnocence première de leur regard.
Jésus embrasse ensuite cet enfant et conclut son enseignement : « Quiconque accueille en mon  un enfant comme celui-ci, cest moi quil accueille.Et celui qui maccueille, ce nest pas moi quil accueille , mais Celui qui ma envoyé. »
Dans le film intitulé   Le pape François, un homme de Parole , qui vient de sortir en salle, le réalisateur utilise des documents darchives qui nous font revivre quelques-unes des rencontres de François avec les foules de différents pays et avec des chefs dEtat. 
Dans plusieurs de ces documentaires, on peut voir des parents présentant leurs enfants au pape. Lui, les prend dans ses bras et les embrasse. 
Ces documentaires sont suivis dentretiens du pape, face à face avec les spectateurs.
« Tout récemment, raconte François, un enfant m a demandé par courrier électronique de pouvoir parler avec moi. Cet enfant  était atteint dun cancer en phase terminale. II savait quil allait mourir bientôt, mais il navait na pas peur de la mort. Ne pouvant lembrasser, je lai béni. »
Le lendemain même les portes du Royaume souvraient pour laisser entrer le petit cancéreux. Cest avec son regard denfant, que le pape François nous parle de cet enfant..

Fr Jacques-François Vergonjeanne.

Le lundi 17/09/18

Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P., le dimanche 16 septembre 2018 (Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35) :

« Pour vous, qui suis-je ? » Ce n’est pas là une question anodine de la part du Seigneur. Pour la comprendre, nous pouvons nous souvenir de cette question, posée en ces termes ou en d’autres à quelqu’un qui a de l’importance pour nous. ‘‘Au fond, qu’y a-t-il entre nous ?’’ ou bien : ‘‘Tu te souviens de notre première rencontre…’’ ou encore, de façon plus triste : ‘‘Tu ne vois pas que je suis là ?’’ Ces questions touchent à la profondeur de nos relations.
Jésus interroge justement ses disciples sur la relation qu’il a établie avec eux, sur le lien qu’il a tissé au long des chemins, au gré de ses prédications aux foules, à la vue des miracles accomplis. Jésus, progressivement, a suscité la recherche de ses disciples sur ce qu’il est. Comme « les gens », les disciples pensent qu’il est peut-être « Jean, le Baptiste ou Élie ou un prophète ». Aussi la question de Jésus : « Pour vous, qui suis-je ? » va au cœur de sa relation avec ses disciples. Pierre répond : « Tu es le Christ », et c’est le grand basculement... C’est le grand basculement car il y a un avant et un après ce dialogue. Jésus est venu révéler son mystère et son mystère a été reçu.
Mais quel est ce mystère, quel est cela qui est si particulier à Jésus ? Qu’a compris Pierre ? Là encore nous pouvons pressentir ce qui se passe. Dans nos relations – celles qui sont positives et qui font du bien à notre cœur – dans nos relations, surtout au début, la lumière est présente et les ombres absentes. Puis viennent les découvertes difficiles à faire ou des épreuves mais qui, traversées, nous font accéder à une relation plus juste, plus mûre, à un amour plus vrai, à une relation durable et solide.
Pierre a entrevu le mystère de Jésus, le Christ, et l’on sait combien Pierre était attaché à son Maître mais son lien avec lui n’était pas encore assez solide. Il ne comprend pas ce que dit Jésus sur les souffrances qu’il doit endurer et sur le rejet des chefs de son peuple, Pierre ne comprend pas, il est désorienté : ‘‘le Christ’’, selon lui, ne doit pas connaître l’échec, la mort… même si Jésus parle de résurrection ! Ah ! Pierre est de notre côté : nous ne supportons pas, surtout aujourd’hui, les échecs, la mort ! Ce qui nous importe, ce sont la réussite, la puissance, la victoire, les apparences de la gloire… Le monde de Dieu n’est pas ainsi. Pierre devrait le savoir ! et nous aussi ! Dieu est toujours du côté des petits et des pauvres, il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles.
Comme il faut du temps pour comprendre cela ! A force d’épreuves, de traversées de déserts bien longs, nous découvrons, progressivement, ce secret si difficile à accepter et pourtant porteur de vie : il n’y a rien sans l’amour, sans un amour radical. Il faut donner sa vie pour ceux qu’on aime, il faut donner sa vie pour ceux que le Seigneur met sur notre chemin. C’est ce que dit Jésus quand il annonce la croix. C’est ce que nous découvrons au fur et à mesure de la vie… si du moins nous ne nous enivrons pas de tout ce qui est léger et qui passe.
Pierre, toujours lui, Pierre, notre frère, aura vraiment de la difficulté à comprendre cet amour si profond. Au moment de la croix, il le renie trois fois. Pourtant, il aime son maître. Que de pleurs ensuite ! Mais, pardonné, il sera vraiment ressuscité avec son Seigneur. Probablement les réconciliations entre nous, après les moments douloureux, sont-elles aussi pour nous source de vie, de relation enfin solide, une résurrection.
Jésus conclut et maintenant nous pouvons l’entendre, ou du moins percevoir le chemin qu’il nous ouvre : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Chemin apparemment difficile mais c’est Jésus qui, avec délicatesse, marche toujours juste un pas avant le nôtre.
... Lire la suiteVoir moins de texte

Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P., le dimanche 16 septembre 2018 (Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35) : 

« Pour vous, qui suis-je ? » Ce n’est pas là une question anodine de la part du Seigneur. Pour la comprendre, nous pouvons nous souvenir de cette question, posée en ces termes ou en d’autres à quelqu’un qui a de l’importance pour nous. ‘‘Au fond, qu’y a-t-il entre nous ?’’ ou bien : ‘‘Tu te souviens de notre première rencontre…’’ ou encore, de façon plus triste : ‘‘Tu ne vois pas que je suis là ?’’ Ces questions touchent à la profondeur de nos relations. 
Jésus interroge justement ses disciples sur la relation qu’il a établie avec eux, sur le lien qu’il a tissé au long des chemins, au gré de ses prédications aux foules, à la vue des miracles accomplis. Jésus, progressivement, a suscité la recherche de ses disciples sur ce qu’il est. Comme « les gens », les disciples pensent qu’il est peut-être « Jean, le Baptiste ou Élie ou un prophète ».  Aussi la question de Jésus : « Pour vous, qui suis-je ? » va au cœur de sa relation avec ses disciples. Pierre répond : « Tu es le Christ », et c’est le grand basculement... C’est le grand basculement car il y a un avant et un après ce dialogue. Jésus est venu révéler son mystère et son mystère a été reçu. 
Mais quel est ce mystère, quel est cela qui est si particulier à Jésus ? Qu’a compris Pierre ? Là encore nous pouvons pressentir ce qui se passe. Dans nos relations – celles qui sont positives et qui font du bien à notre cœur – dans nos relations, surtout au début, la lumière est présente et les ombres absentes. Puis viennent les découvertes difficiles à faire ou des épreuves mais qui, traversées, nous font accéder à une relation plus juste, plus mûre, à un amour plus vrai, à une relation durable et solide. 
Pierre a entrevu le mystère de Jésus, le Christ, et l’on sait combien Pierre était attaché à son Maître mais son lien avec lui n’était pas encore assez solide. Il ne comprend pas ce que dit Jésus sur les souffrances qu’il doit endurer et sur le rejet des chefs de son peuple, Pierre ne comprend pas, il est désorienté : ‘‘le Christ’’, selon lui, ne doit pas connaître l’échec, la mort… même si Jésus parle de résurrection ! Ah ! Pierre est de notre côté : nous ne supportons pas, surtout aujourd’hui, les échecs, la mort ! Ce qui nous importe, ce sont la réussite, la puissance, la victoire, les apparences de la gloire… Le monde de Dieu n’est pas ainsi. Pierre devrait le savoir ! et nous aussi ! Dieu est toujours du côté des petits et des pauvres, il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. 
Comme il faut du temps pour comprendre cela ! A force d’épreuves, de traversées de déserts bien longs, nous découvrons, progressivement, ce secret si difficile à accepter et pourtant porteur de vie : il n’y a rien sans l’amour, sans un amour radical. Il faut donner sa vie pour ceux qu’on aime, il faut donner sa vie pour ceux que le Seigneur met sur notre chemin. C’est ce que dit Jésus quand il annonce la croix. C’est ce que nous découvrons au fur et à mesure de la vie… si du moins nous ne nous enivrons pas de tout ce qui est léger et qui passe. 
Pierre, toujours lui, Pierre, notre frère, aura vraiment de la difficulté à comprendre cet amour si profond. Au moment de la croix, il le renie trois fois. Pourtant, il aime son maître. Que de pleurs ensuite ! Mais, pardonné, il sera vraiment ressuscité avec son Seigneur. Probablement les réconciliations entre nous, après les moments douloureux, sont-elles aussi pour nous source de vie, de relation enfin solide, une résurrection.
Jésus conclut et maintenant nous pouvons l’entendre, ou du moins percevoir le chemin qu’il nous ouvre : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Chemin apparemment difficile mais c’est Jésus qui, avec délicatesse, marche toujours juste un pas avant le nôtre.

Amen Amen Amen

2 mois il y a
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Le mardi 11/09/18

Homélie prononcée par le frère Charles Desjobert, O.P., le dimanche 9 septembre 2018 (23e dimanche TO - Année B - Is 35, 4-7a ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37)

Parole transfrontalière : ouvre-toi.

Une guérison. Une guérison comme Jésus thaumaturge a pris l’habitude d’en faire. Et une guérison encore une fois quelque peu transgressive : non pas qu’elle ait lieu un jour de Sabbat, mais parce qu’elle a lieu par-delà une frontière. Elle est, d’une certaine façon, transfrontalière. Une guérison de la parole au-delà des frontières du monde juif, en territoire païen.

Quand on arrive à Strasbourg – je m’adresse à nos tous nouveaux novices–, ou bien lorsqu’on revient à Strasbourg, il est d’ailleurs toujours un peu question de frontières.
Si pour certains français (de l’intérieur j’entends), Strasbourg est coincé dans un coin... le bout du bout du Grand Est... pour d’autres, elle est cœur de l’Europe. Si pour certains, le Rhin est un angle mort, pour d’autres, il est un formidable lieu de transit et les Vosges forment entre l’Alsace et la France, décidément une haute barrière, nettement plus délicate à traverser.

Le Christ, dans l’Évangile ce soir, agit comme un passeur, un dépasseur de frontières. Il déplace les bornes pour étendre la Parole.
Son périple, Jésus l’a commencé du côté de Tyr et de Sidon. Deux villes côtières dont parle souvent l’Ancien Testament.
De là, par un parcours un peu sinueux, Jésus n’hésite pas à sortir du monde juif, traverser la mer de Galilée, pour aller vers la Décapole, le grand Est !
On lui amène un sourd-muet. Et Jésus le guérit. Il guérit un homme, en territoire païen. Désormais, les païens, jusque-là sourds à la parole de Dieu, deviennent capables de bien parler de lui.
Le Seigneur pose un geste inhabituel et l’accompagne d’une parole : il met ses doigts dans les oreilles du sourd, crache, touche sa langue, lève les yeux, gémit et dit « effata ».

L’action se déroule dans un ordre précis : en premier lieu, Jésus touche les oreilles. C’est d’abord de la surdité à la Parole que l’homme doit être guérit. Etre à nouveau disposer à entendre. Et c’est par ce qu’il peut écouter véritablement la parole que le muet, devient un parlant... et qu’il peut même devenir un bienparlant.
S. Marc, qui est le seul des évangélistes à relater cet évènement de la guérison du sourd-muet, choisit les termes avec précision : en réalité, il ne dit pas qu’il est « muet » mais qu’il est « malparlant ». Ce mot n’est utilisé qu’à une seule autre reprise dans la Bible, dans le passage d’Isaïe que nous avons entendu tout à l’heure : « la bouche du malparlant criera de joie » (Is 35, 6).
Voilà ce qui peut sortir de la bouche d’un malparlant devenu bienparlant : « un cri de joie ». L’important n’est alors pas d’abord de passer de muet à parlant. Mais de malparlant à bienparlant.
Chaque matin, et nos jeunes frères le découvrions plus intensément cette année, la prière chrétienne commence par ces simples mots : « Seigneur, ouvre mes lèvres » (Ps 50). Laisser la parole même de Dieu ouvrir nos lèvres Ce qui suit immédiatement, c’est le psaume invitatoire : « venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons [le] » (Ps. 94).

Si on utilise les mots malvoyant ou malentendant, dire de quelqu’un qu’il est malparlant est moins commun. Peut-être parce que nous réalisons à quel point nous sommes tous concernés et que nous sommes bien souvent des malparlants : médisant sur nos frères, mais bafouillant aussi à propos de nous-même et balbutiant quand il s’agit d’évoquer Dieu. Combien de prophètes ou de théologiens ont constaté cela ?

Pour pouvoir parler, articuler un cri de joie, éclater en cri d’allégresse, il faut entendre une parole, laisser résonner en nous la parole de Dieu, se mettre sous la Parole. On risque sinon d’être beau parleur, causeur du dimanche ou prédicateur bavard. IL est plutôt urgent de dire du bien... parole de bénédiction et de bienveillance qui sera fade, voie écœurante, si elle ne se nourrit de la Parole de Dieu.

Alors, quelle parole nous est adressée ? « Effata » [Ephphatha] (Mc 7, 34), petit mot araméen qui signifie simplement « ouvre-toi » : là encore il est question de frontières, de fermetures à dépasser. Notre cœur et notre bouche peut-être bardé de frontières qui nous empêchent de bien articuler. Effata comme un condensé de la parole biblique qui vient abolir les cloisonnements de notre cœur pour nous donner de dire une parole sans frontière, universelle.

Les lèvres peuvent être, en quelques sorte, les frontières de notre cœur, « Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi » (Mc 7, 6) nous avertissait Jésus dimanche dernier.

Il se trouve que c’est le même mot qui est utilisé en hébreu pour dire les lèvres et les frontières (Saphah : cf. Gn 11, 1 ; 2R 2, 13 ; Ez 43, 13). C’est la bordure, la reliure, le rivage qui borde la bouche ou un pays. Réalisons-nous à quel point nos lèvres sont la frontière de notre cœur ? Elles en sont le rivage.

Par l’effata, le Seigneur ouvre une brèche. Il vient visiter les régions étrangères de notre cœur. Les lieux à évangéliser de notre intelligence. Il veut passer par les terres orgueilleuses ou ruinées de nos Tyr ou de nos Sidon intérieures. Il est prêt à traverser les mers de Galilée de notre être pour en atteindre les espaces arides. Notre Décapole personnelle ne peut lui être étrangère : cités de joie et de peine, d’égarements et de recherches infructueuses, de trouvailles et de paix.
Alors, si la parole de Dieu est à l’aise dans notre cœur, si elle y a sa place, elle pourra traverser les frontières de nos lèvres, nous ne serons plus de mauvais parlants mais des bienparlants. « Effata », « ouvre-toi ».
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Homélie prononcée par le frère Charles Desjobert, O.P., le dimanche 9 septembre 2018 (23e dimanche TO - Année B - Is 35, 4-7a ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37) 

Parole transfrontalière : ouvre-toi.

 Une guérison. Une guérison comme Jésus thaumaturge a pris l’habitude d’en faire. Et une guérison encore une fois quelque peu transgressive : non pas qu’elle ait lieu un jour de Sabbat, mais parce qu’elle a lieu par-delà une frontière. Elle est, d’une certaine façon, transfrontalière. Une guérison de la parole au-delà des frontières du monde juif, en territoire païen.

Quand on arrive à Strasbourg – je m’adresse à nos tous nouveaux novices–, ou bien lorsqu’on revient à Strasbourg, il est d’ailleurs toujours un peu question de frontières. 
Si pour certains français (de l’intérieur j’entends), Strasbourg est coincé dans un coin... le bout du bout du Grand Est... pour d’autres, elle est cœur de l’Europe. Si pour certains, le Rhin est un angle mort, pour d’autres, il est un formidable lieu de transit et les Vosges forment entre l’Alsace et la France, décidément une haute barrière, nettement plus délicate à traverser.

 Le Christ, dans l’Évangile ce soir, agit comme un passeur, un dépasseur de frontières. Il déplace les bornes pour étendre la Parole.
Son périple, Jésus l’a commencé du côté de Tyr et de Sidon. Deux villes côtières dont parle souvent l’Ancien Testament. 
De là, par un parcours un peu sinueux, Jésus n’hésite pas à sortir du monde juif, traverser la mer de Galilée, pour aller vers la Décapole, le grand Est !
 On lui amène un sourd-muet. Et Jésus le guérit. Il guérit un homme, en territoire païen. Désormais, les païens, jusque-là sourds à la parole de Dieu, deviennent capables de bien parler de lui.
Le Seigneur pose un geste inhabituel et l’accompagne d’une parole : il met ses doigts dans les oreilles du sourd, crache, touche sa langue, lève les yeux, gémit et dit « effata ».

L’action se déroule dans un ordre précis : en premier lieu, Jésus touche les oreilles. C’est d’abord de la surdité à la Parole que l’homme doit être guérit. Etre à nouveau disposer à entendre. Et c’est par ce qu’il peut écouter véritablement la parole que le muet, devient un parlant... et qu’il peut même devenir un bienparlant.
S. Marc, qui est le seul des évangélistes à relater cet évènement de la guérison du sourd-muet, choisit les termes avec précision : en réalité, il ne dit pas qu’il est « muet » mais qu’il est « malparlant ». Ce mot n’est utilisé qu’à une seule autre reprise dans la Bible, dans le passage d’Isaïe que nous avons entendu tout à l’heure : « la bouche du malparlant criera de joie » (Is 35, 6).
Voilà ce qui peut sortir de la bouche d’un malparlant devenu bienparlant : « un cri de joie ». L’important n’est alors pas d’abord de passer de muet à parlant. Mais de malparlant à bienparlant. 
Chaque matin, et nos jeunes frères le découvrions plus intensément cette année, la prière chrétienne commence par ces simples mots : « Seigneur, ouvre mes lèvres » (Ps 50). Laisser la parole même de Dieu ouvrir nos lèvres Ce qui suit immédiatement, c’est le psaume invitatoire : « venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons [le] » (Ps. 94).

Si on utilise les mots malvoyant ou malentendant, dire de quelqu’un qu’il est malparlant est moins commun. Peut-être parce que nous réalisons à quel point nous sommes tous concernés et que nous sommes bien souvent des malparlants : médisant sur nos frères, mais bafouillant aussi à propos de nous-même et balbutiant quand il s’agit d’évoquer Dieu. Combien de prophètes ou de théologiens ont constaté cela ?

Pour pouvoir parler, articuler un cri de joie, éclater en cri d’allégresse, il faut entendre une parole, laisser résonner en nous la parole de Dieu, se mettre sous la Parole. On risque sinon d’être beau parleur, causeur du dimanche ou prédicateur bavard. IL est plutôt urgent de dire du bien... parole de bénédiction et de bienveillance qui sera fade, voie écœurante, si elle ne se nourrit de la Parole de Dieu.

Alors, quelle parole nous est adressée ? « Effata » [Ephphatha] (Mc 7, 34), petit mot araméen qui signifie simplement « ouvre-toi » : là encore il est question de frontières, de fermetures à dépasser. Notre cœur et notre bouche peut-être bardé de frontières qui nous empêchent de bien articuler. Effata comme un condensé de la parole biblique qui vient abolir les cloisonnements de notre cœur pour nous donner de dire une parole sans frontière, universelle.

Les lèvres peuvent être, en quelques sorte, les frontières de notre cœur, « Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi » (Mc 7, 6) nous avertissait Jésus dimanche dernier.

Il se trouve que c’est le même mot qui est utilisé en hébreu pour dire les lèvres et les frontières (Saphah : cf. Gn 11, 1 ; 2R 2, 13 ; Ez 43, 13). C’est la bordure, la reliure, le rivage qui borde la bouche ou un pays. Réalisons-nous à quel point nos lèvres sont la frontière de notre cœur ? Elles en sont le rivage.

Par l’effata, le Seigneur ouvre une brèche. Il vient visiter les régions étrangères de notre cœur. Les lieux à évangéliser de notre intelligence. Il veut passer par les terres orgueilleuses ou ruinées de nos Tyr ou de nos Sidon intérieures. Il est prêt à traverser les mers de Galilée de notre être pour en atteindre les espaces arides. Notre Décapole personnelle ne peut lui être étrangère : cités de joie et de peine, d’égarements et de recherches infructueuses, de trouvailles et de paix.
Alors, si la parole de Dieu est à l’aise dans notre cœur, si elle y a sa place, elle pourra traverser les frontières de nos lèvres, nous ne serons plus de mauvais parlants mais des bienparlants. « Effata », « ouvre-toi ».

Amen Amen Amen

2 mois il y a
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