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Les frères du couvent Dominicain de Strasbourg sont heureux de vous accueillir sur leur site ! Vous y trouverez diverses informations sur la communauté, les activités à venir, ou encore les horaires habituels du couvent. Bonne navigation et à bientôt au couvent !

Retrouvez ci-dessous des messages ou photos de la communauté, et des prédications de frères. Si le texte ne s’affiche pas en entier ou pour voir plus de photos, cliquer sur « Lire la suite » ou « Voir sur Facebook ».

Le dimanche 17/06/18

Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P. le dimanche 17 juin 2018 (11e Dimanche TO - B : Ez 17,22-24 ; 2Co 5,6-10 ; Mc 4,26-34) :

D’aucuns parmi les frères aiment se promener en cette saison au jardin botanique tout à côté du couvent pour y flâner et admirer les fleurs aux multiples couleurs. Imaginant qu’ils y sont aussi pour méditer, on pourrait leur attribuer ces magnifiques lignes de Victor Hugo dans les Misérables au sujet de Mgr Bienvenu Myriel, cet évêque bon et juste à qui l’on doit la conversion de Jean Valjean :

« Que fallait-il de plus à ce vieillard qui partageait le loisir de sa vie, où il y avait si peu de loisir, entre le jardinage le jour et la contemplation la nuit ? Cet étroit enclos, ayant les cieux pour plafond, n'était-ce pas assez pour pouvoir adorer Dieu tour à tour dans ses œuvres les plus sublimes ? N'est-ce pas là tout, en effet, et que désirer au-delà ? Un petit jardin pour se promener, et l'immensité pour rêver. A ses pieds ce qu'on peut cultiver et cueillir ; sur sa tête ce qu'on peut étudier et méditer ; quelques fleurs sur la terre et toutes les étoiles dans le ciel ».

Contempler ce que l’on peut cultiver et cueillir pour méditer sur Dieu. À l’aide des paraboles qu’il adresse à ses disciples, Jésus nous entraîne dans ce mouvement de la terre vers le ciel. Cet épi de blé qui pousse et mûrit tout seul, sans que le semeur ne sache comment, n’y voyez-vous pas une image de la bienveillance de Dieu ? Cette petite graine de moutarde qui devient un bel arbre, ne comprenez-vous pas que dans l’infiniment petit réside la promesse de la splendeur à venir ?

Je crois que l’évangile de ce jour nous invite à l’émerveillement. Non pas un émerveillement béat, mais un émerveillement qui conduit à l’humilité. Il s’agit de reconnaître que la bonté de Dieu veille et domine le monde. Impossible de penser que le monde est entre nos mains et que sa marche est en notre pouvoir, comme nous y sommes si souvent tentés. Au contraire, cet émerveillement suscite la conviction que seule la parole de Dieu peut féconder notre vie et la faire porter du fruit. C’est pour moi le premier aspect de la foi. La foi est un acte de confiance et d’abandon dans la bonté de Dieu.

Je suis toujours frappé par le témoignage de tant de personnes qui n’ont que leur foi comme raison de vivre face à l’épreuve de la solitude, de la maladie ou de la guerre.
Certains, pour discréditer la foi, n’y voient que de la superstition. Quand on n’a plus rien, il ne reste que Dieu pour se sauver, ironisent-ils. Mais je crois que c’est tout le contraire. La petite graine de foi qu’on aura su préserver et chérir dans l’épreuve, même si elle est toute petite, c’est elle qui deviendra le plus grand arbre qui dépassera tous les autres. Car c’est Dieu lui-même qui veille sur elle et la fait grandir. Dieu mystérieusement agit pour le bien de tous les hommes. Chaque jour, nous avons à nous convertir, c’est-à-dire à remettre notre vie entre les mains de Dieu avec confiance et persévérance.

Il y a un deuxième aspect de la foi. Croire, c’est faire confiance mais c’est aussi connaître. Notre connaissance est imparfaite. Nous ne sommes pas dans la claire vision, comme dit saint Paul. Nous cheminons dans la foi. Mais ne pas être dans la claire vision ne veut pas dire qu’on est dans l’obscurité ! En expérimentant l’amour de Dieu, dans notre acte de confiance et d’abandon, nous entrons en relation avec lui et nous apprenons à le connaître. Si l’amour en restait à un simple acte de confiance, il ne produirait pas beaucoup de fruit. Mais en aimant, nous entrons dans la vérité de l’autre personne. Et cette connaissance produit en nous un acte de confiance et un amour plus forts.

Voilà pourquoi, dans un mouvement circulaire, la foi qui partait de la confiance dans la bonté de Dieu, grandit et se fortifie par la connaissance que Dieu nous donne dans la foi. Et la confiance en devient d’autant plus grande. Ainsi, d’elle-même, la semence de foi germe et grandit pour remplir toute notre personne, notre cœur comme notre intelligence.

Au bout du compte, seule la foi peut nous combler. Elle nous comble par la confiance qu’elle suscite envers Dieu, de qui vient toute vie et toute joie. Elle nous comble aussi par la connaissance que Dieu nous transmet dans la foi. Elle nous comble parce qu’elle nous fait porter du fruit. Quand viendra la moisson, tout notre être sera prêt pour aimer et connaître Dieu en plénitude.
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Homélie prononcée par le frère Jean-Baptiste Régis, O.P. le dimanche 17 juin 2018 (11e Dimanche TO - B : Ez 17,22-24 ; 2Co 5,6-10 ; Mc 4,26-34) :

D’aucuns parmi les frères aiment se promener en cette saison au jardin botanique tout à côté du couvent pour y flâner et admirer les fleurs aux multiples couleurs. Imaginant qu’ils y sont aussi pour méditer, on pourrait leur attribuer ces magnifiques lignes de Victor Hugo dans les Misérables au sujet de Mgr Bienvenu Myriel, cet évêque bon et juste à qui l’on doit la conversion de Jean Valjean : 

« Que fallait-il de plus à ce vieillard qui partageait le loisir de sa vie, où il y avait si peu de loisir, entre le jardinage le jour et la contemplation la nuit ? Cet étroit enclos, ayant les cieux pour plafond, nétait-ce pas assez pour pouvoir adorer Dieu tour à tour dans ses œuvres les plus sublimes ? Nest-ce pas là tout, en effet, et que désirer au-delà ? Un petit jardin pour se promener, et limmensité pour rêver. A ses pieds ce quon peut cultiver et cueillir ; sur sa tête ce quon peut étudier et méditer ; quelques fleurs sur la terre et toutes les étoiles dans le ciel ». 

Contempler ce que l’on peut cultiver et cueillir pour méditer sur Dieu. À l’aide des paraboles qu’il adresse à ses disciples, Jésus nous entraîne dans ce mouvement de la terre vers le ciel. Cet épi de blé qui pousse et mûrit tout seul, sans que le semeur ne sache comment, n’y voyez-vous pas une image de la bienveillance de Dieu ? Cette petite graine de moutarde qui devient un bel arbre, ne comprenez-vous pas que dans l’infiniment petit réside la promesse de la splendeur à venir ? 

Je crois que l’évangile de ce jour nous invite à l’émerveillement. Non pas un émerveillement béat, mais un émerveillement qui conduit à l’humilité. Il s’agit de reconnaître que la bonté de Dieu veille et domine le monde. Impossible de penser que le monde est entre nos mains et que sa marche est en notre pouvoir, comme nous y sommes si souvent tentés. Au contraire, cet émerveillement suscite la conviction que seule la parole de Dieu peut féconder notre vie et la faire porter du fruit. C’est pour moi le premier aspect de la foi. La foi est un acte de confiance et d’abandon dans la bonté de Dieu. 

Je suis toujours frappé par le témoignage de tant de personnes qui n’ont que leur foi comme raison de vivre face à l’épreuve de la solitude, de la maladie ou de la guerre. 
Certains, pour discréditer la foi, n’y voient que de la superstition. Quand on n’a plus rien, il ne reste que Dieu pour se sauver, ironisent-ils. Mais je crois que c’est tout le contraire. La petite graine de foi qu’on aura su préserver et chérir dans l’épreuve, même si elle est toute petite, c’est elle qui deviendra le plus grand arbre qui dépassera tous les autres. Car c’est Dieu lui-même qui veille sur elle et la fait grandir. Dieu mystérieusement agit pour le bien de tous les hommes. Chaque jour, nous avons à nous convertir, c’est-à-dire à remettre notre vie entre les mains de Dieu avec confiance et persévérance. 

Il y a un deuxième aspect de la foi. Croire, c’est faire confiance mais c’est aussi connaître. Notre connaissance est imparfaite. Nous ne sommes pas dans la claire vision, comme dit saint Paul. Nous cheminons dans la foi. Mais ne pas être dans la claire vision ne veut pas dire qu’on est dans l’obscurité ! En expérimentant l’amour de Dieu, dans notre acte de confiance et d’abandon, nous entrons en relation avec lui et nous apprenons à le connaître. Si l’amour en restait à un simple acte de confiance, il ne produirait pas beaucoup de fruit. Mais en aimant, nous entrons dans la vérité de l’autre personne. Et cette connaissance produit en nous un acte de confiance et un amour plus forts. 

Voilà pourquoi, dans un mouvement circulaire, la foi qui partait de la confiance dans la bonté de Dieu, grandit et se fortifie par la connaissance que Dieu nous donne dans la foi. Et la confiance en devient d’autant plus grande. Ainsi, d’elle-même, la semence de foi germe et grandit pour remplir toute notre personne, notre cœur comme notre intelligence. 

Au bout du compte, seule la foi peut nous combler. Elle nous comble par la confiance qu’elle suscite envers Dieu, de qui vient toute vie et toute joie. Elle nous comble aussi par la connaissance que Dieu nous transmet dans la foi. Elle nous comble parce qu’elle nous fait porter du fruit. Quand viendra la moisson, tout notre être sera prêt pour aimer et connaître Dieu en plénitude.

c'est clair que dans la vie parfois il arrive des trucs insensés: victoire du racing face au psg. Je répète ce qu ej'ai déjà dit: l'art, le beau est primordiale

5 jours il y a
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Le lundi 04/06/18

Homélie prononcée par Mgr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz, en la fête de Saint Pierre de Vérone le 4 juin 2018, fête patronale du couvent de Strasbourg :

Le couvent de Strasbourg fut refondé en 1931 par un énergique lorrain, originaire d’Hayange, le frère Pierre-Marie Schaff, sous le patronage de saint Pierre de Vérone. Ce patronage peut s’expliquer pour deux raisons. C’était le saint patron dans l’Ordre de notre frère. Par ailleurs la Province de France, qui se reconstituait après les expulsions de 1903 et l’épreuve de la guerre 1914-1918 sans avoir encore pour autant d’existence légale, était soucieuse d’honorer les grands saints de l’Ordre en les donnant pour patrons à ses différents couvents. Néanmoins, le choix d’un inquisiteur était osé. A cette époque l’inquisition était depuis le XIXème siècle le grand reproche adressé à l’Ordre et sa fondation était unanimement attribuée à saint Dominique. Bonaparte, à Paris, avait refusé que notre ancienne église conventuelle du Faubourg-Saint-Germain lui fût dédiée et elle fut placée sous le patronage de saint Thomas d’Aquin. Malgré les efforts de Lacordaire pour rétablir la vérité historique, les historiens du XIXème et du début du XXème continuaient unanimement d’attribuer à saint Dominique l’origine de l’Inquisition.

S’agissant de saint Pierre de Vérone, inquisiteur il le fut réellement, mais pas fondateur. Il sera canonisé le 9 mars 1253, à peine onze mois après son martyre, le premier saint de l’Ordre a être canonisé après le fondateur ! De quoi faire frémir les historiens des XIXème et début XXème siècles !

Si la canonisation précipitée de Pierre de Vérone fut peut-être un geste politique, notre protomartyr n’en fut pas moins un saint très estimable qui justifie le culte que l’Ordre lui voua immédiatement et dont sainte Catherine de Sienne est le témoin, dans son Dialogue écrit un siècle plus tard.

Pierre était né à Vérone de parents manichéens à la fin du XIIème siècle. Il se convertit très jeune à la foi catholique. Étudiant en droit à Bologne, il fut attiré à l’Ordre par la prédication de saint Dominique et reçut sans doute l’habit de ses mains , en 1220 ou 1221. Voué à la prédication auprès des Cathares du Nord de l’Italie, il pratiqua à leur égard la méthode évangélique du dialogue inaugurée par saint Dominique. Grâce à un labeur apostolique inlassable, il obtint de nombreuses conversions et regroupa les convertis dans des Associations de foi et des Confraternités de louange de la bienheureuse Vierge Marie : ces confréries avaient pour but de poursuivre leur instruction et de les enraciner dans la véritable dévotion mariale, facilement discréditée par les hérétiques.

En 1251, le pape Innocent IV qui, lors de son passage à Milan, y avait constaté la division des fidèles et le progrès de l’hérésie, confia à Pierre l’office d’inquisiteur pour la Lombardie. Cette nomination suscita l’hostilité et même un complot contre lui. Le 6 avril 1252, alors que se rendant de Côme à Milan, le frère Pierre traversait le bois de Barlassina, il fut assailli par un sicaire qui lui fendit le crâne et blessa à mort son socius, le frère Dominique. Par la suite, ce sicaire, nommé Carin, entre dans l’Ordre comme convers et y termina ses jours dans la pénitence.

Voici en quels termes, Catherine de Sienne, dans son Dialogue, comprend la vie de Pierre de Vérone : Regarde Pierre, vierge et martyr, qui, de son sang, illumina les ténèbres de nombreuses hérésies qu’il avait tant en haine qu’il se disposa à y laisser sa vie. Et tant qu’il vécut, il ne fit autre chose que prier, prêcher, discuter avec les hérétiques, confesser, annonçant la vérité et répandant la foi sans aucune crainte. Et non seulement il la confessa durant sa vie, mais jusqu’à l’ultime moment de sa vie. A l’extrémité de la mort, n’ayant plus ni la voix, ni l’encre, ayant reçu le coup fatal, il trempa son doigt dans son sang : il n’a pas de papier, ce glorieux martyr, et alors il se courbe et il écrit par terre confessant sa foi : CREDO. Son coeur était brûlant dans la fournaise de sa charité, et il ne ralentit pas son pas, tournant la tête, sachant qu’il allait mourir – parce que avant qu’il meure, je lui ai révélé sa mort – mais comme un vrai chevalier, sans crainte servile, il s’élève au-dessus du champ de bataille. Et ainsi, je pourrais t’en citer beaucoup qui, bien que n’ayant pas le martyre réellement, l’avaient mentalement, comme l’eut saint Dominique ( Le Dialogue, Paris, Le Cerf, 1992, pp. 340-341 ).

Voici en quels termes, Catherine de Sienne, dans son Dialogue, comprend la vie de Pierre de Vérone : Regarde Pierre, vierge et martyr, qui, de son sang, illumina les ténèbres de nombreuses hérésies qu’il avait tant en haine qu’il se disposa à y laisser sa vie. Et tant qu’il vécut, il ne fit autre chose que prier, prêcher, discuter avec les hérétiques, confesser, annonçant la vérité et répandant la foi sans aucune crainte. Et non seulement il la confessa durant sa vie, mais jusqu’à l’ultime moment de sa vie. A l’extrémité de la mort, n’ayant plus ni la voix, ni l’encre, ayant reçu le coup fatal, il trempa son doigt dans son sang : il n’a pas de papier, ce glorieux martyr, et alors il se courbe et il écrit par terre confessant sa foi : CREDO. Son cœur était brûlant dans la fournaise de sa charité, et il ne ralentit pas son pas, tournant la tête, sachant qu’il allait mourir – parce que avant qu’il meure, je lui ai révélé sa mort – mais comme un vrai chevalier, sans crainte servile, il s’élève au-dessus du champ de bataille. Et ainsi, je pourrais t’en citer beaucoup qui, bien que n’ayant pas le martyre réellement, l’avaient mentalement, comme l’eut saint Dominique ( Le Dialogue, Paris, Le Cerf, 1992, pp. 340-341 ).
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Homélie prononcée par Mgr Pierre Raffin, O.P., évêque émérite de Metz, en la fête de Saint Pierre de Vérone le 4 juin 2018, fête patronale du couvent de Strasbourg :

Le couvent de Strasbourg fut refondé en 1931 par un énergique lorrain, originaire d’Hayange, le frère Pierre-Marie Schaff, sous le patronage de saint Pierre de Vérone. Ce patronage peut s’expliquer pour deux raisons. C’était le saint patron dans l’Ordre de notre frère. Par ailleurs la Province de France, qui se reconstituait après les expulsions de 1903 et l’épreuve de la guerre 1914-1918 sans avoir encore pour autant d’existence légale, était soucieuse d’honorer les grands saints de l’Ordre en les donnant pour patrons à ses différents couvents. Néanmoins, le choix d’un inquisiteur était osé. A cette époque l’inquisition était depuis le XIXème siècle le grand reproche adressé à l’Ordre et sa fondation était unanimement attribuée à saint Dominique. Bonaparte, à Paris, avait refusé que notre ancienne église conventuelle du Faubourg-Saint-Germain lui fût dédiée et elle fut placée sous le patronage de saint Thomas d’Aquin. Malgré les efforts de Lacordaire pour rétablir la vérité historique, les historiens du XIXème et du début du XXème continuaient unanimement d’attribuer à saint Dominique l’origine de l’Inquisition.

 S’agissant de saint Pierre de Vérone, inquisiteur il le fut réellement, mais pas fondateur. Il sera canonisé le 9 mars 1253, à peine onze mois après son martyre, le premier saint de l’Ordre a être canonisé après le fondateur ! De quoi faire frémir les historiens des XIXème et début XXème siècles ! 

 Si la canonisation précipitée de Pierre de Vérone fut peut-être un geste politique, notre protomartyr n’en fut pas moins un saint très estimable qui justifie le culte que l’Ordre lui voua immédiatement et dont sainte Catherine de Sienne est le témoin, dans son Dialogue écrit un siècle plus tard.

 Pierre était né à Vérone de parents manichéens à la fin du XIIème siècle. Il se convertit très jeune à la foi catholique. Étudiant en droit à Bologne, il fut attiré à l’Ordre par la prédication de saint Dominique et reçut sans doute l’habit de ses mains , en 1220 ou 1221. Voué à la prédication auprès des Cathares du Nord de l’Italie, il pratiqua à leur égard la méthode évangélique du dialogue inaugurée par saint Dominique. Grâce à un labeur apostolique inlassable, il obtint de nombreuses conversions et regroupa les convertis dans des Associations de foi et des Confraternités de louange de la bienheureuse Vierge Marie : ces confréries  avaient pour but de poursuivre leur instruction et de les enraciner dans la véritable dévotion mariale, facilement discréditée par les hérétiques.

 En 1251,  le pape Innocent IV qui, lors de son passage à Milan, y avait constaté la division des fidèles et le progrès de l’hérésie, confia à Pierre l’office d’inquisiteur pour la Lombardie. Cette nomination suscita l’hostilité et même un complot contre lui. Le 6 avril 1252, alors que se rendant de Côme à Milan, le frère Pierre traversait le bois de Barlassina, il fut assailli par un sicaire qui lui fendit le crâne et blessa à mort son socius, le frère Dominique. Par la suite, ce sicaire, nommé Carin, entre dans l’Ordre comme convers et y termina ses jours dans la pénitence. 

 Voici en quels termes, Catherine de Sienne, dans son Dialogue, comprend la vie de Pierre de Vérone : Regarde Pierre, vierge et martyr, qui, de son sang, illumina les ténèbres de nombreuses hérésies qu’il avait tant en haine qu’il se disposa à y laisser sa vie. Et tant qu’il vécut, il ne fit autre chose que prier, prêcher, discuter avec les hérétiques, confesser, annonçant la vérité et répandant la foi sans aucune crainte. Et non seulement il la confessa durant sa vie, mais jusqu’à l’ultime moment de sa vie. A l’extrémité de la mort, n’ayant plus ni la voix, ni l’encre, ayant reçu le coup fatal, il trempa son doigt dans son sang : il n’a pas de papier, ce glorieux martyr, et alors il se courbe et il écrit par terre confessant sa foi : CREDO. Son coeur était brûlant dans la fournaise de sa charité, et il ne ralentit pas son pas, tournant la tête, sachant qu’il allait mourir – parce que avant qu’il meure, je lui ai révélé sa mort – mais comme un vrai chevalier, sans crainte servile, il s’élève au-dessus du champ de bataille. Et ainsi, je pourrais t’en citer beaucoup qui, bien que n’ayant pas le martyre réellement, l’avaient mentalement, comme l’eut saint Dominique ( Le Dialogue, Paris, Le Cerf, 1992, pp. 340-341 ).

 Voici en quels termes, Catherine de Sienne, dans son Dialogue, comprend la vie de Pierre de Vérone : Regarde Pierre, vierge et martyr, qui, de son sang, illumina les ténèbres de nombreuses hérésies qu’il avait tant en haine qu’il se disposa à y laisser sa vie. Et tant qu’il vécut, il ne fit autre chose que prier, prêcher, discuter avec les hérétiques, confesser, annonçant la vérité et répandant la foi sans aucune crainte. Et non seulement il la confessa durant sa vie, mais jusqu’à l’ultime moment de sa vie. A l’extrémité de la mort, n’ayant plus ni la voix, ni l’encre, ayant reçu le coup fatal, il trempa son doigt dans son sang : il n’a pas de papier, ce glorieux martyr, et alors il se courbe et il écrit par terre confessant sa foi : CREDO. Son cœur était brûlant dans la fournaise de sa charité, et il ne ralentit pas son pas, tournant la tête, sachant qu’il allait mourir – parce que avant qu’il meure, je lui ai révélé sa mort – mais comme un vrai chevalier, sans crainte servile, il s’élève au-dessus du champ de bataille. Et ainsi, je pourrais t’en citer beaucoup qui, bien que n’ayant pas le martyre réellement, l’avaient mentalement, comme l’eut saint Dominique ( Le Dialogue, Paris, Le Cerf, 1992, pp. 340-341 ).

Le lundi 04/06/18

Homélie prononcée par le frère Nicolas Tixier, O.P. le dimanche 3 juin 2018, en la solennité du saint Sacrement (fête-Dieu) :

Le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-Monde racontait une visite surprenante qu’il avait reçue alors qu’il œuvrait dans un bidonville de la région parisienne, à Noisy-le-Grand dans les années 50. Il s’agit de la visite du nonce apostolique Mgr Paolo Marella. Je laisse le Père Wresinski raconter cette histoire :

« Un jour Mgr Marella était venu me voir dans un bidonville de la région parisienne. Il était dans une immense limousine, extraordinaire, et je trouvais extraordinairement merveilleux qu’il soit dans cette limousine. Je trouvais que c’était vraiment sa place d’être dans cette limousine. Parce que moi, ce qui m’intéressait ce n’était pas la limousine de cet évêque, c’était son cœur. Et celui qui est devenu plus tard le cardinal Marella est venu dans ce bidonville avec sa limousine et il a traversé le bidonville, et les gens l’ont regardé, puis il est arrivé à notre petite chapelle et il s’est mis à regarder le bidonville du haut de notre petite chapelle, puis les gens sont venus les uns après les autres et il a regardé les gens comme le Christ regardait la foule. Et il a eu pitié de cette foule, il s’est mis à genoux et il a pleuré. »

Le prince de l’Église à genoux qui pleure devant la foule des pauvres, quelle image forte ! L’image de la présence d’un nonce en chair et en os ému par la présence des pauvres. N’évoque-t-elle pas à sa manière le Seigneur des Seigneurs attablé avec ses disciples, présence réelle au milieu d’eux avant de livrer son corps et de verser son sang pour eux ? C’est de cette présence que je veux parler ce soir.

Les paroles de Jésus devaient sembler bien mystérieuses pour les oreilles de ses apôtres réunis ce soir de la Pâque. Il avait bien annoncé, c’est vrai, que le temps du don était venu. Qu’il lui faudrait souffrir beaucoup, être mis à mort même. Mais il annonce maintenant ce que sa présence dans la chair, quotidienne, familière, veut dire depuis le commencement. Elle signifie le don, le don de Dieu. Sa présence absolue.

Bien sûr Dieu était déjà présent depuis longtemps auprès de son peuple. Les textes de ce soir nous l’ont bien rappelé. Mais cette présence de Dieu au milieu du peuple demandait une réponse du peuple appelé à se rendre lui aussi présent à lui.

La présence de l’homme est, elle, bien fragile. Parfois il ne se rend simplement pas compte que Dieu est là. Parfois, comme Moïse il le conçoit et plein de crainte retire ses sandales pour ne pas souiller la terre divine. Parfois il sait et se détourne. Il devient l’absent, par lassitude, par manque de foi, par désir de voir ailleurs aussi, comme l’enfant prodigue de la parabole.

Mais Dieu, lui, est présent. Et son alliance se renouvelle. Sans cesse re-proposée à l’homme si prompt à s’en détourner. La présence demeure, par sa seule grâce. Le pain et le vin consacrés sont le signe de la permanence de la présence de Dieu. Sa présence réelle, comme signe du don perpétuel, par ce pain rompu une fois pour toutes, par le sang de l’alliance définitivement versé. Dieu est donné.

Mais l’alliance n’engage-t-elle pas les deux parties qui la concluent ? Comment comprendre alors notre place, notre présence, à cette présence du Christ vivant au milieu de nous ? Cette fête du Saint-Sacrement est-elle seulement la fête du Corps du Christ posé sur l’autel, déposé dans le tabernacle ? La présence réelle n’a-t-elle de sens que dans la lumière rouge qui rappelle utilement que « Dieu est présent ».

Notre petite maison à Tallinn, en Estonie, présente une particularité. Elle est située dans la vieille ville, au pied des remparts superbes qui ceinturent la cité. La rue, pavée, est très étroite, et juste en face de la maison, la porte en face même, une lumière rouge brille dans la nuit. En effet, notre voisin d’en-face n’est autre qu’une maison close. Phénomène frappant, la lumière rouge fait face à la chapelle située au rez-de-chaussée. Ainsi la lumière rouge du tabernacle répond-elle à celle de la maison des plaisirs, juste en face. Durant un temps de prière nocturne, je restais fasciné par le jeu de ces deux lumières rouges, celle du tabernacle, et celle venue de la fenêtre sur la rue. En apparence, quelle différence… et pourtant !

Quelle beauté de se dire que la présence du Christ est pour la multitude de ses enfants. Fussent-ils animés de mille passions, et de comportements désordonnés. Le Christ est là, bien présent. La lumière rouge de sa présence dans le monde semble nous indiquer elle-même la direction de la mission. La présence réelle du Christ n’est pas le trésor dont il te faudrait conserver jalousement le souvenir, elle est à vivre. Puisse donc la liturgie de ce soir continuer au dehors de notre petite église.

Saint Jean Chrysostome le disait magnifiquement en son temps, et je me borne à le laisser conclure, réconciliant les contemplatifs et les missionnaires que nous avons tous à être, nourris du corps du Christ, envoyés au corps du Christ, célébrant dans un même mouvement ce Saint-Sacrement :

Veux-tu honorer le Corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, est le même qui a dit : Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri.
Qui pratique l’aumône exerce la fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le Corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice… Et toi, tu honores l’autel qui reçoit le Corps du Christ. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places ; et à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie.

Fr. Nicolas Tixier, op
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Homélie prononcée par le frère Nicolas Tixier, O.P. le dimanche 3 juin 2018, en la solennité du saint Sacrement (fête-Dieu) :

Le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-Monde racontait une visite surprenante qu’il avait reçue alors qu’il œuvrait dans un bidonville de la région parisienne, à Noisy-le-Grand dans les années 50. Il s’agit de la visite du nonce apostolique Mgr Paolo Marella. Je laisse le Père Wresinski raconter cette histoire :

« Un jour Mgr Marella était venu me voir dans un bidonville de la région parisienne. Il était dans une immense limousine, extraordinaire, et je trouvais extraordinairement merveilleux qu’il soit dans cette limousine. Je trouvais que c’était vraiment sa place d’être dans cette limousine. Parce que moi, ce qui m’intéressait ce n’était pas la limousine de cet évêque, c’était son cœur. Et celui qui est devenu plus tard le cardinal Marella est venu dans ce bidonville avec sa limousine et il a traversé le bidonville, et les gens l’ont regardé, puis il est arrivé à notre petite chapelle et il s’est mis à regarder le bidonville du haut de notre petite chapelle, puis les gens sont venus les uns après les autres et il a regardé les gens comme le Christ regardait la foule. Et il a eu pitié de cette foule, il s’est mis à genoux et il a pleuré. »

Le prince de l’Église à genoux qui pleure devant la foule des pauvres, quelle image forte ! L’image de la présence d’un nonce en chair et en os ému par la présence des pauvres. N’évoque-t-elle pas à sa manière le Seigneur des Seigneurs attablé avec ses disciples, présence réelle au milieu d’eux avant de livrer son corps et de verser son sang pour eux ? C’est de cette présence que je veux parler ce soir.

Les paroles de Jésus devaient sembler bien mystérieuses pour les oreilles de ses apôtres réunis ce soir de la Pâque. Il avait bien annoncé, c’est vrai, que le temps du don était venu. Qu’il lui faudrait souffrir beaucoup, être mis à mort même. Mais il annonce maintenant ce que sa présence dans la chair, quotidienne, familière, veut dire depuis le commencement. Elle signifie le don, le don de Dieu. Sa présence absolue. 

Bien sûr Dieu était déjà présent depuis longtemps auprès de son peuple. Les textes de ce soir nous l’ont bien rappelé. Mais cette présence de Dieu au milieu du peuple demandait une réponse du peuple appelé à se rendre lui aussi présent à lui. 

La présence de l’homme est, elle, bien fragile. Parfois il ne se rend simplement pas compte que Dieu est là. Parfois, comme Moïse il le conçoit et plein de crainte retire ses sandales pour ne pas souiller la terre divine. Parfois il sait et se détourne. Il devient l’absent, par lassitude, par manque de foi, par désir de voir ailleurs aussi, comme l’enfant prodigue de la parabole. 

Mais Dieu, lui, est présent. Et son alliance se renouvelle. Sans cesse re-proposée à l’homme si prompt à s’en détourner. La présence demeure, par sa seule grâce. Le pain et le vin consacrés sont le signe de la permanence de la présence de Dieu. Sa présence réelle, comme signe du don perpétuel, par ce pain rompu une fois pour toutes, par le sang de l’alliance définitivement versé. Dieu est donné.

Mais l’alliance n’engage-t-elle pas les deux parties qui la concluent ? Comment comprendre alors notre place, notre présence, à cette présence du Christ vivant au milieu de nous ? Cette fête du Saint-Sacrement est-elle seulement la fête du Corps du Christ posé sur l’autel, déposé dans le tabernacle ? La présence réelle n’a-t-elle de sens que dans la lumière rouge qui rappelle utilement que « Dieu est présent ».

Notre petite maison à Tallinn, en Estonie, présente une particularité. Elle est située dans la vieille ville, au pied des remparts superbes qui ceinturent la cité. La rue, pavée, est très étroite, et juste en face de la maison, la porte en face même, une lumière rouge brille dans la nuit. En effet, notre voisin d’en-face n’est autre qu’une maison close. Phénomène frappant, la lumière rouge fait face à la chapelle située au rez-de-chaussée. Ainsi la lumière rouge du tabernacle répond-elle à celle de la maison des plaisirs, juste en face. Durant un temps de prière nocturne, je restais fasciné par le jeu de ces deux lumières rouges, celle du tabernacle, et celle venue de la fenêtre sur la rue. En apparence, quelle différence… et pourtant !

Quelle beauté de se dire que la présence du Christ est pour la multitude de ses enfants. Fussent-ils animés de mille passions, et de comportements désordonnés. Le Christ est là, bien présent. La lumière rouge de sa présence dans le monde semble nous indiquer elle-même la direction de la mission. La présence réelle du Christ n’est pas le trésor dont il te faudrait conserver jalousement le souvenir, elle est à vivre. Puisse donc la liturgie de ce soir continuer au dehors de notre petite église.

Saint Jean Chrysostome le disait magnifiquement en son temps, et je me borne à le laisser conclure, réconciliant les contemplatifs et les missionnaires que nous avons tous à être, nourris du corps du Christ, envoyés au corps du Christ, célébrant dans un même mouvement ce Saint-Sacrement : 

Veux-tu honorer le Corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, est le même qui a dit : Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri. 
Qui pratique l’aumône exerce la fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le Corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice… Et toi, tu honores l’autel qui reçoit le Corps du Christ. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places ; et à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie.

Fr. Nicolas Tixier, op

J'ai connu le cardinal Marella en sa vieillesse : c'était un homme de coeur qui avait un grand souci de l'évangélisation.

3 semaines il y a   ·  2

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Le jeudi 31/05/18

Dominicains Strasbourg a partagé la vidéo de Théodom.

Théodom
Rejoignez l'une des sessions ThéoDom cet été, à la mer ou à la montagne ! ThéoDom, c'est de l'initiation à la théologie dans un cadre de vacances.
Toutes les infos ici: www.theodom.org/sessions
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ThéoDom sera partout en France cet été. Venez nous rejoindre : on vous attend ! Toutes les infos ici: www.theodom.org/sessions

et pour les au delà de 35 ans?!

3 semaines il y a
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Le samedi 12/05/18

homélie prononcée par le frère Bernard Senelle, O.P., le jeudi 10 mai 2018 en la solennité de l'Ascension de Notre Seigneur (Ac 1,1-11; Ep 4,1-13 ; Mc 16,15-20) :

Le Seigneur Jésus s’en va et spontanément, on pourrait se demander si finalement, Dieu ne nous laisse pas un peu seul, un peu orphelins. Le Fils retourne au Père et l’Esprit sera bientôt envoyé pour renouveler toute la Création. La vie de Dieu se déploie pour quiconque a le regard assez pur pour discerner sa gloire quitte, pourquoi pas, à regarder un temps vers le ciel. Frères sœurs, cette solennité accomplit la résurrection et nous prépare au don de l’Esprit. L’Ascension comme Noël, Pâques et tous les événements de la Révélation est un événement du salut qui vient de Dieu et que personne ne peut obtenir par ses seules forces, sans compter sur Dieu, sans compter sur les autres.
De même qu’il est descendu dans les profondeurs des enfers pour sauver toute l’humanité, aujourd’hui, le Christ monte dans les hauteurs pour entraîner l’humanité dans sa gloire. Assis à la droite du Père, Il nous entraîne avec toute la Création dans la plénitude de la vie.
D’un côté, le départ, l’absence, de l’autre l’assurance qu’il est toujours présent, qu’il travaille avec nous et confirme la Parole. Dieu se retire souvent dans l’histoire de notre salut et parfois nous le trouvons trop absent. C’est un reproche que d’ailleurs, nous adressons aussi parfois aux autres. Ainsi, Dieu se retire après avoir créé le monde, de même au temps du prophète Élie, Il n’est pas dans l’ouragan mais dans la brise légère.
Dans la Nouvelle alliance, Jésus s’endort dans la barque, après la Résurrection à Emmaüs au moment où on le reconnaît, le ressuscité s’efface. Aujourd’hui, il s’élève au plus haut des cieux tout en assurant qu’il travaille avec les Apôtres et qu’il leur demeure présent jusqu’à la fin des temps. Si Dieu nous veut en chemin, s’il s’efface par discrétion, c’est aussi pour nous faire avancer et continuer à marcher à sa suite dans la foi en Lui et dans nos frères en humanité. Les deux sont liés indéfectiblement.
Le ressuscité est enlevé aux regards, une nuée le dérobe aux regards. La nuée est toujours l’emblème divine dans la Bible : Moïse a rencontré son Dieu dans la nuée, aujourd’hui, l’humanité de Jésus va se cacher dans sa divinité. « Tu es un dieu qui se cache, Dieu d’Israël, sauveur. » Dieu est le metteur en scène mystérieux et invisible, qui respecte la liberté de ses créatures. Jésus ne s’éloigne pas de nous mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il se fait proche de chacun, de chaque créature car l’évangile de Marc nous dit qu’il travaille avec les apôtres. « Là où je suis, vous serez aussi » a dit Jésus dans l’Évangile de Jean.
Mais cette présence, cette proximité se double d’une invitation à croire à une Parole destinée à toute la Création. Celui qui s’est laissé déloger du monde et cloué sur la croix monte aussi parmi nous et il nous revient de laisser exister sa présence. « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » C’est le Christ qui rend efficace la Parole par les signes qui l’accompagnent, si nous pouvons faire des choses plus grandes que celles qu’il a faites, c’est parce qu’il agit et qu’il est le chemin. « Fais confiance au Seigneur et Lui, il agira »
La foi, la confiance en Dieu comme dans notre prochain sont nécessaires pour trouver Dieu sur la terre comme au ciel. Il ne s’agit pas aujourd’hui de s’élever « par l’intelligence au-delà de la chair de Jésus jusqu’aux mystères de la divinité inconnue. » Nous croyons en Jésus qui Dieu et homme, notre route est humble et notre parole doit demeurer proche des gens et de leurs soucis. Ainsi, les signes qui accompagnent la Parole sont l’ouverture aux autres à travers les langues nouvelles, le souci des malades, l’apaisement de ceux qui sont défigurés par le mal et les démons, la protection contre les poisons et les morsures venimeuses de l’existence. Jésus monte aux Cieux par tous les temps, par ciel clair comme par temps d’orage de même qu’il habite nos obscurités et les ténèbres de notre monde.
Par notre foi, par notre communion fraternelle, nous sommes la présence du Christ et sa visibilité c’est notre charité : « supportez-vous les uns les autres avec amour, ayez soin de garder l’unité. » nous rappelait l’Épître aux Éphésiens. Au moment où nous préparons à recevoir l’Esprit Saint, demandons la grâce de demeurer en Dieu et proche de nos frères. C’est ainsi que le monde croira et sera sauvé.
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homélie prononcée par le frère Bernard Senelle, O.P., le jeudi 10 mai 2018 en la solennité de lAscension de Notre Seigneur (Ac 1,1-11; Ep 4,1-13 ; Mc 16,15-20) :

Le Seigneur Jésus s’en va et spontanément, on pourrait se demander si finalement, Dieu ne nous laisse pas un peu seul, un peu orphelins. Le Fils retourne au Père et l’Esprit sera bientôt envoyé pour renouveler toute la Création. La vie de Dieu se déploie pour quiconque a le regard assez pur pour discerner sa gloire quitte, pourquoi pas, à regarder un temps vers le ciel. Frères sœurs, cette solennité accomplit la résurrection et nous prépare au don de l’Esprit. L’Ascension comme Noël, Pâques et tous les événements de la Révélation est un événement du salut qui vient de Dieu et que personne ne peut obtenir par ses seules forces, sans compter sur Dieu, sans compter sur les autres.
De même qu’il est descendu dans les profondeurs des enfers pour sauver toute l’humanité, aujourd’hui, le Christ monte dans les hauteurs pour entraîner l’humanité dans sa gloire. Assis à la droite du Père, Il nous entraîne avec toute la Création dans la plénitude de la vie. 
D’un côté, le départ, l’absence, de l’autre l’assurance qu’il est toujours présent, qu’il travaille avec nous et confirme la Parole. Dieu se retire souvent dans l’histoire de notre salut et parfois nous le trouvons trop absent. C’est un reproche que d’ailleurs, nous adressons aussi parfois aux autres. Ainsi, Dieu se retire après avoir créé le monde,  de même au temps du prophète Élie, Il n’est pas dans l’ouragan mais dans la brise légère. 
Dans la Nouvelle alliance, Jésus s’endort dans la barque, après la Résurrection à Emmaüs au moment où on le reconnaît, le ressuscité s’efface. Aujourd’hui, il s’élève au plus haut des cieux tout en assurant qu’il travaille avec les Apôtres et qu’il leur demeure présent jusqu’à la fin des temps. Si Dieu nous veut en chemin, s’il s’efface par discrétion, c’est aussi pour nous faire avancer et continuer à marcher à sa suite dans la foi en Lui et dans nos frères en humanité. Les deux sont liés  indéfectiblement. 
Le ressuscité est enlevé aux regards, une nuée le dérobe aux regards. La nuée est toujours l’emblème divine dans la Bible : Moïse a rencontré son Dieu dans la nuée, aujourd’hui, l’humanité de Jésus va se cacher dans sa divinité. « Tu es un dieu qui se cache, Dieu d’Israël, sauveur. » Dieu est le metteur en scène mystérieux et invisible, qui respecte la liberté de ses créatures. Jésus ne s’éloigne pas de nous mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il se fait proche de chacun, de chaque créature car l’évangile de Marc nous dit qu’il travaille avec les apôtres. « Là où je suis, vous serez aussi » a dit Jésus dans l’Évangile de Jean. 
Mais cette présence, cette proximité se double d’une invitation à croire à une Parole destinée à toute la Création. Celui qui s’est laissé déloger du monde et cloué sur la croix monte aussi parmi nous et il nous revient de laisser exister sa présence. « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » C’est le Christ qui rend efficace la Parole par les signes qui l’accompagnent, si nous pouvons faire des choses plus grandes que celles qu’il a faites, c’est parce qu’il agit et qu’il est le chemin. « Fais confiance au Seigneur et Lui, il agira »
La foi, la confiance en Dieu comme dans notre prochain sont nécessaires pour trouver Dieu sur la terre comme au ciel. Il ne s’agit pas aujourd’hui de  s’élever « par l’intelligence au-delà de la chair de Jésus jusqu’aux mystères de la divinité inconnue. » Nous croyons en Jésus qui Dieu et homme, notre route est humble et notre parole doit demeurer proche des gens et de leurs soucis. Ainsi, les signes qui accompagnent la Parole sont l’ouverture aux autres à travers les langues nouvelles, le souci des malades, l’apaisement de ceux qui sont défigurés par le mal et les démons, la protection contre les poisons et les morsures venimeuses de l’existence. Jésus monte aux Cieux par tous les temps, par ciel clair comme par temps d’orage de même qu’il habite nos obscurités et les ténèbres de notre monde. 
Par notre foi, par notre communion fraternelle, nous sommes la présence du Christ et sa visibilité c’est notre charité : « supportez-vous les uns les autres avec amour, ayez soin de garder l’unité. » nous rappelait l’Épître aux Éphésiens. Au moment où nous préparons à recevoir l’Esprit Saint, demandons la grâce de demeurer en Dieu et proche de nos frères. C’est ainsi que le monde croira et sera sauvé.

Le dimanche 06/05/18

Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P. le dimanche 6 mai 2018 (6e dimanche de Pâques - Jean 15, 9-17)

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour ». Il nous faudra une éternité pour découvrir apprécier, goûter, réaliser la profondeur de ces quelques mots. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. »
« Comme le Père m’a aimé. » Au moment de recevoir le baptême de Jean, Jésus a entendu ces paroles extraordinaires de son Père : « En lui j’ai mis tout mon amour. » Dieu, qui est Amour, est totalement présent en son Fils bien aimé. Et le Fils ne cesse d’aimer son Père, c’est sa vie ! Il le dit et le redit : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père. »
Et Jésus continue : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » L’amour qui est en Dieu, l’amour qui est Dieu, le Seigneur nous le donne gracieusement, totalement, fidèlement… pour toujours, pour l’éternité.
Pouvons-nous comprendre ce mystère de l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, ce mystère d’amour qui vient nous habiter ? Jésus nous dit que nous le pouvons. Il dit : « Demeurez dans mon amour. » « Demeurez ! » Vous le pouvez !... Que comprendre ? Pouvons-nous pressentir ce mystère de Dieu et quel chemin prendre pour y demeurer ? Le Seigneur nous le montre, chemin, simple, familier mais aussi un chemin qui peut être difficile parfois. Jésus dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » C’est l’amour qui est en nous qui manifeste le mieux l’amour qui est en Dieu.
L’amour est ce qui est le plus commun à tous les hommes. L’amour est cette attirance qui vient de l’au-delà de nous-mêmes et qui nous porte vers les autres. Celui qui n’aime pas est un mort, tant l’amour est un élan vital. Nous savons qu’il y a bien des déformations de l’amour, des maladies de l’amour, parfois terribles ! Personne n’est indemne d’une blessure ! Nous connaissons nos pauvretés. Mais enfin, l’amour qui nait en nous, c’est ce qu’il y a de plus beau : le mariage, l’amitié, la vie religieuse ou sacerdotale, toutes ces réalités n’ont de sens que si l’amour est là, amour fort, puissant, capable de traverser les obstacles de la vie, quitte à en sortir blessé.
Pourtant, cet amour humain, dans ses richesses et sa pauvreté, est ce qui, en nous, manifeste le mieux l’amour qui est en Dieu. Pourquoi ? L’amour humain contient en lui une promesse : le bonheur de s’aimer les uns les autres pour l’éternité. Nous attendons que cette promesse s’accomplisse. Or cet accomplissement tant désiré, un temps découvert, expérimenté peut-être, cet accomplissement tarde le plus souvent à venir, le bonheur d’éternité s’échappe et c’est une terrible déception. L’amour humain ne tiendrait-il pas sa promesse ? L’amour humain tient sa promesse si l’on découvre qu’il conduit à un autre amour, plus grand que lui, un amour qui est sa source et qui peut le faire vivre toujours, l’amour qui est en Dieu, l’amour qui est Dieu.
L’amour humain fermé sur lui-même n’a pas les clés du bonheur. L’amour humain qui conduit à Dieu, qui s’ouvre à l’amour de Dieu, conduit au bonheur éternel. L’amour qui vient de Dieu, loin de prendre la place de l’amour humain, le développe, lui donne sa portée éternelle.
Permettez-moi, ce simple exemple : quand un couple prie ensemble, Dieu les regarde et les unit. Dieu, par son amour, sanctifie leur amour humain, purifie, fortifie tout ce qui les fait vivre ensemble, il développe tout ce qui les ouvre aux autres. « Demeurez dans mon amour » dit le Seigneur : c’est ce que fait ce couple qui apprend à s’aimer l’un l’autre en recevant l’amour de Dieu dans le sanctuaire de leur amour. Bien des épreuves peuvent venir, tout est bâti sur le roc. L’amour humain tient sa promesse : il donne à chacun la force et la joie de l’amour qui vient de Dieu et qui ouvre aux autres.
Permettez-moi d’ajouter, en cette église, que l’amour qui vient de Dieu peut porter cet amour qui anime les religieux, les religieuses, les prêtres. Nous avons reçu pour vocation, celle d’aimer les autres, de leur dire sans cesse que Dieu les aime alors que tant de personnes ne savent pas qu’elles peuvent être aimées. Pour que la promesse de notre vocation s’accomplisse, il nous faut, nous aussi, découvrir la solitude du cœur, l’apprivoiser et la rendre féconde. Il y faut du temps. Dans cette solitude en effet, nous découvrons en nous la présence de l’amour de Dieu qui ouvre enfin notre cœur à tous dans la paix et la joie.
La joie ! Le Seigneur le dit bien : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite ». Joie de Jésus tant aimé de son Père, joie qu’il nous donne en partage !
Concluons. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Jésus à ses disciples, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Voilà notre responsabilité à l’égard de tous. Quand notre amour fraternel rayonne, il porte du fruit.
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Homélie prononcée par le frère Paul-Dominique Marcovits, O.P. le dimanche 6 mai 2018 (6e dimanche de Pâques - Jean 15, 9-17)

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour ». Il nous faudra une éternité pour découvrir apprécier, goûter, réaliser la profondeur de ces quelques mots. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. »
« Comme le Père m’a aimé. » Au moment de recevoir le baptême de Jean, Jésus a entendu ces paroles extraordinaires de son Père : « En lui j’ai mis tout mon amour. » Dieu, qui est Amour, est totalement présent en son Fils bien aimé. Et le Fils ne cesse d’aimer son Père, c’est sa vie ! Il le dit et le redit : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père. »
Et Jésus continue : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » L’amour qui est en Dieu, l’amour qui est Dieu, le Seigneur nous le donne gracieusement, totalement, fidèlement… pour toujours, pour l’éternité. 
Pouvons-nous comprendre ce mystère de l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, ce mystère d’amour qui vient nous habiter ? Jésus nous dit que nous le pouvons. Il dit : « Demeurez dans mon amour. » « Demeurez ! » Vous le pouvez !... Que comprendre ? Pouvons-nous pressentir ce mystère de Dieu et quel chemin prendre pour y demeurer ? Le Seigneur nous le montre, chemin, simple, familier mais aussi un chemin qui peut être difficile parfois. Jésus dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » C’est l’amour qui est en nous qui manifeste le mieux l’amour qui est en Dieu. 
L’amour est ce qui est le plus commun à tous les hommes. L’amour est cette attirance qui vient de l’au-delà de nous-mêmes et qui nous porte vers les autres. Celui qui n’aime pas est un mort, tant l’amour est un élan vital. Nous savons qu’il y a bien des déformations de l’amour, des maladies de l’amour, parfois terribles ! Personne n’est indemne d’une blessure ! Nous connaissons nos pauvretés. Mais enfin, l’amour qui nait en nous, c’est ce qu’il y a de plus beau : le mariage, l’amitié, la vie religieuse ou sacerdotale, toutes ces réalités n’ont de sens que si l’amour est là, amour fort, puissant, capable de traverser les obstacles de la vie, quitte à en sortir blessé. 
Pourtant, cet amour humain, dans ses richesses et sa pauvreté, est ce qui, en nous, manifeste le mieux l’amour qui est en Dieu. Pourquoi ? L’amour humain contient en lui une promesse : le bonheur de s’aimer les uns les autres pour l’éternité. Nous attendons que cette promesse s’accomplisse. Or cet accomplissement tant désiré, un temps découvert, expérimenté peut-être, cet accomplissement tarde le plus souvent à venir, le bonheur d’éternité s’échappe et c’est une terrible déception. L’amour humain ne tiendrait-il pas sa promesse ? L’amour humain tient sa promesse si l’on découvre qu’il conduit à un autre amour, plus grand que lui, un amour qui est sa source et qui peut le faire vivre toujours, l’amour qui est en Dieu, l’amour qui est Dieu. 
L’amour humain fermé sur lui-même n’a pas les clés du bonheur. L’amour humain qui conduit à Dieu, qui s’ouvre à l’amour de Dieu, conduit au bonheur éternel. L’amour qui vient de Dieu, loin de prendre la place de l’amour humain, le développe, lui donne sa portée éternelle. 
Permettez-moi, ce simple exemple : quand un couple prie ensemble, Dieu les regarde et les unit. Dieu, par son amour, sanctifie leur amour humain, purifie, fortifie tout ce qui les fait vivre ensemble, il développe tout ce qui les ouvre aux autres. « Demeurez dans mon amour » dit le Seigneur : c’est ce que fait ce couple qui apprend à s’aimer l’un l’autre en recevant l’amour de Dieu dans le sanctuaire de leur amour. Bien des épreuves peuvent venir, tout est bâti sur le roc. L’amour humain tient sa promesse : il donne à chacun la force et la joie de l’amour qui vient de Dieu et qui ouvre aux autres.
Permettez-moi d’ajouter, en cette église, que l’amour qui vient de Dieu peut porter cet amour qui anime les religieux, les religieuses, les prêtres. Nous avons reçu pour vocation, celle d’aimer les autres, de leur dire sans cesse que Dieu les aime alors que tant de personnes ne savent pas qu’elles peuvent être aimées. Pour que la promesse de notre vocation s’accomplisse, il nous faut, nous aussi, découvrir la solitude du cœur, l’apprivoiser et la rendre féconde. Il y faut du temps. Dans cette solitude en effet, nous découvrons en nous la présence de l’amour de Dieu qui ouvre enfin notre cœur à tous dans la paix et la joie. 
La joie ! Le Seigneur le dit bien : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite ». Joie de Jésus tant aimé de son Père, joie qu’il nous donne en partage !
Concluons. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Jésus à ses disciples, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Voilà notre responsabilité à l’égard de tous. Quand notre amour fraternel rayonne, il porte du fruit.

je suis chargée de faire les programmes de chants pour notre petite chorale et j'avais choisi de prendre Le D218 :À l'image de ton amour, comme chant final de notre messe dominicale il a été très apprécié --

2 mois il y a
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Le jeudi 03/05/18

Les frères de la communauté sont heureux de vous inviter à célébrer avec eux la fête de la Translation de saint Dominique le 24 mai prochain par les vêpres solennelles à 19h suivies d'un buffet dînatoire. ... Lire la suiteVoir moins de texte

Les frères de la communauté sont heureux de vous inviter à célébrer avec eux la fête de la Translation de saint Dominique le 24 mai prochain par les vêpres solennelles à 19h suivies dun buffet dînatoire.

Vêpres grégoriennes?

2 mois il y a
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Le mardi 01/05/18

Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 29 avril 2018 (5e dimanche de Pâques - Ac 9,26-31 ; 1 Jn 3,18-24 ; Jn 15,1-8)

TOUT SARMENT QUI PORTE DU FRUIT, MON PÈRE L’ÉMONDE

Élagage d'hiver.
Parmi les arbres fruitiers, y en a-t-il un qui soit taillé aussi radicalement que la vigne ? Au sortir de l'hiver, le vigneron ne laisse que deux sarments à chaque pied de vigne, du moins en Alsace, pour concentrer la sève dans ces deux sarments épargnés. Un vigneron consacre beaucoup de temps à sa vigne. Il en espère beaucoup. Pas étonnant qu'il se prenne d'affection pour elle. Depuis des millénaires, dans le pourtour de la Méditerranée, il y a comme une passion des hommes pour la vigne.
L'amour du vigneron pour sa vigne .
Au 7ème siècle de l'histoire d'Israël, l'Esprit inspira, au prophète Isaïe, ce poème : « Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé pour sa vigne: mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres et installa un plant de choix … Il en attendait de beaux raisins, il n'en eu que de mauvais... Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n'ai fait ? J'en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ? » (Es 5,1...). Cette vigne chérie par Dieu c'est le peuple d'Israël, qui s'est montré incapable des produire ces vrais fruits de justice que Dieu attendait.
La vraie Vigne.
Dépassant sa déception, le Seigneur-Vigneron choisit un autre plant, son propre Fils, qui vient prendre racine en terre des hommes. C'est lui qui pourra dire, en la personne de Jésus : « Moi je suis la vraie vigne, et mon Père est le Vigneron.Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève. Tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant pour qu'il en porte davantage.»
Thérèse d'Avila faisait remarquer à Dieu, avec humour : « Quand je vois comment vous traitez vos amis, Seigneur, ne vous étonnez pas d'en avoir si peu ! » Nous le savons, une vigne qui n'est pas taillée, laisse prospérer des sarments qui épuisent la sève. Un homme qui ne tranche pas en faveur de la vie, de la vraie vie, prend le risque d'être livré à l'anarchie de ses pulsions.
En mai 68, il y a 50 ans, fleurissaient sur les murs de Paris, des slogans tels que : « Jouissons sans entraves. » Ou bien: « Dieu est mort, signé Nietzsche.» Ce dernier slogan s'attira cette réplique : « Nietzsche est mort: signé Dieu. »
A l'encontre d'une prétention aveugle qui affirmerait la non-existence de Dieu, le disciple atteste de sa foi en Jésus Christ et fait le choix, sans cesse recommencé, de rester brancher indéfectiblement sur la vraie Vigne : « Moi, je suis la Vigne, et vous, les sarments ; celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » (v.5)
Le fruit attendu: la sainteté.
Le fruit en abondance espéré par le Père de Jésus, qu'est-ce donc sinon la sainteté. Dans sa dernière exhortation apostolique La joie et l'allégresse, le pape François écrit :« Le Seigneur demande tout, et ce qu'il offre en retour c'est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints. Il n'attend pas de nous que nous nous contentions d'une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. » (n°1)
Le Seigneur attend de tout baptisé qu'il s'engage sur le chemin de la sainteté. Il n'atteindra pas la perfection, il ne fera pas un sans faute, pécheur qu'il est, mais il y « gagnera en consistance humaine et en profondeur spirituelle. » (Sr E.B.)
Se laisser émonder par le Père-Vigneron.
Gagner en consistance humaine en veillant à se décentrer de lui-même, disponible pour l'écoute des frères. Gagner en profondeur spirituelle en consentant à ce douloureux émondage opéré dans sa vie par l'amour du Père. Il se dispose à regarder les autres comme le Père les voit : d'un regard lucide mais bienveillant. « Petits enfants, nous rappelle saint Jean dans son épître, n'aimons pas en parole ni par des discours, mais par des actes et en vérité. »
Regard d'amour-charité, qui permet de « distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. …mais en un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup d'autres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, le plus fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l'image même de Dieu. » (La joie et l'allégresse, n° 61). Sans oublier l'essentiel : « Si vous demeurez en moi et moi en vous, demander tout ce que vous voudrez et vous l'obtiendrez. » (v.7) « Ce qui fait la gloire de mon Père c'est que vous portiez beaucoup de fruit... » Traduisons : Ce qui fait le bonheur, la joie, la fierté du Père de Jésus-Christ, et qui lui manquent encore.

Fr Jacques-François Vergonjeanne, O.P.
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Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, O.P. le dimanche 29 avril 2018 (5e dimanche de Pâques - Ac 9,26-31 ;  1 Jn 3,18-24 ;  Jn 15,1-8)

TOUT SARMENT QUI PORTE DU FRUIT, MON PÈRE L’ÉMONDE

Élagage dhiver.
Parmi les arbres fruitiers, y en a-t-il un qui soit taillé aussi radicalement que la vigne ? Au sortir de lhiver, le vigneron ne laisse que deux sarments à chaque pied de vigne, du moins en Alsace, pour concentrer la sève dans ces deux sarments épargnés. Un vigneron consacre beaucoup de temps à sa vigne. Il en espère beaucoup. Pas étonnant quil se prenne daffection pour elle. Depuis des millénaires,  dans le pourtour de la Méditerranée, il y a comme une passion des hommes pour la vigne.
Lamour du vigneron pour sa vigne .
Au 7ème siècle de lhistoire dIsraël, lEsprit inspira, au prophète Isaïe, ce poème : « Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé pour sa vigne: mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres et installa un plant de choix … Il en attendait de beaux raisins, il nen eu que de mauvais... Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je nai fait ? Jen attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ? » (Es  5,1...). Cette vigne chérie par Dieu cest le peuple dIsraël, qui sest montré incapable des produire ces vrais fruits de justice que Dieu attendait.
La vraie Vigne.
Dépassant sa déception, le Seigneur-Vigneron choisit un autre plant, son propre Fils, qui vient prendre racine en terre des hommes. Cest lui qui pourra dire, en la personne de Jésus : « Moi je suis la vraie vigne, et mon Père est le Vigneron.Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père lenlève. Tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant pour quil en porte davantage.»
Thérèse dAvila faisait remarquer à Dieu, avec humour : « Quand je vois comment vous traitez vos amis, Seigneur, ne vous étonnez pas den avoir si peu ! » Nous le savons, une vigne qui nest pas taillée, laisse prospérer des sarments qui épuisent la sève. Un homme qui ne tranche  pas en faveur de la vie, de la vraie vie, prend le risque dêtre livré à lanarchie de ses pulsions. 
En mai 68, il y a 50 ans, fleurissaient sur les murs de Paris, des slogans tels que : « Jouissons sans entraves. » Ou bien: « Dieu est mort, signé Nietzsche.» Ce dernier slogan sattira cette réplique : « Nietzsche est mort: signé Dieu. »
A lencontre dune prétention aveugle qui affirmerait la non-existence de Dieu, le disciple atteste de sa foi en Jésus Christ et fait le choix, sans cesse recommencé, de rester brancher indéfectiblement sur la vraie Vigne : «  Moi, je suis la Vigne, et vous, les sarments ; celui qui demeure en  moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » (v.5)
Le fruit attendu: la sainteté.
Le fruit en abondance espéré par le Père de Jésus, quest-ce donc sinon la sainteté. Dans sa dernière exhortation apostolique La joie et lallégresse, le pape François écrit :« Le Seigneur demande tout, et ce quil offre en retour cest la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints. Il nattend pas de nous que nous nous contentions dune existence médiocre, édulcorée, sans consistance. » (n°1)
Le Seigneur attend de tout baptisé quil sengage sur le chemin de la sainteté. Il natteindra pas la perfection, il ne fera pas un sans faute, pécheur quil est, mais il y « gagnera en consistance humaine et en profondeur  spirituelle. » (Sr E.B.)
Se laisser émonder par le Père-Vigneron.
Gagner en consistance humaine en veillant à se décentrer de lui-même,  disponible pour lécoute des frères. Gagner en profondeur spirituelle en consentant à ce douloureux émondage opéré dans sa vie par lamour du Père. Il se dispose à regarder les autres comme le Père les voit : dun regard lucide mais bienveillant. « Petits enfants, nous rappelle saint Jean dans son épître,  naimons pas en parole ni par des discours, mais par des actes et en vérité. »
Regard damour-charité, qui permet de « distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. …mais en un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup dautres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, le plus fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente limage même de Dieu. » (La joie et lallégresse, n° 61). Sans oublier lessentiel :  « Si vous demeurez en moi et moi en vous, demander tout ce que vous voudrez et vous lobtiendrez. » (v.7) « Ce qui fait la gloire de mon Père cest que vous portiez beaucoup de fruit... » Traduisons : Ce qui fait le bonheur, la joie, la fierté du Père de Jésus-Christ, et qui lui manquent encore.

Fr Jacques-François Vergonjeanne, O.P.

Je suis le fruit de la vigne qui vas mourir sans être cueillie car on m'ignore de à cause de mon état on ne crois pas en moi...

2 mois il y a
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Le lundi 09/04/18

Homélie prononcée par le frère Nicolas Tixier, O.P. le dimanche 8 avril 2018, 2e dimanche de Pâques (Jn 20,19-31)

“Le fils de Dieu est mort : c’est croyable parce que c’est absurde. Enterré, il est ressuscité : c’est certain parce que c’est impossible. ” Tertullien (IIe s.).

Très belle formule qui nous plonge dans l’océan des questions de la foi. Cette foi qui nous pousse à croire ce qui résiste à être cru. Cette foi qui nous invite à défier quotidiennement l’impossible, à choisir le déraisonnable. Qui nous plonge dans un monde de paradoxes : « C’est impossible. Mon intelligence ne peut le saisir, ne peut le toucher. Et pourtant je le choisis ».

L’impossible nous tente de toutes façons. Le possible manque un peu de goût, il faut le reconnaître. Les rêves d’absolu, eux, les désirs impossibles, eux, nous font tourner la tête. Je pense à tous ces conquérants de l’extrême que l’on voit partir à l’assaut des sommets. Voyant le Cervin imprenable, Edward Whymper entreprit de le gravir un jour de 1865. Et après plusieurs échecs, il y parvint. Il finit par toucher le sommet de ses propres mains. « Hourra s’exclama-t-il alors ! Voici que le monde est à mes pieds ». L’impossible était devenu possible. Mais à la descente il se rappela à lui. Un accident dramatique coûta la vie à quatre membres de sa cordée.

L’impossible attire, mais il est un défi. Et il n’est pas toujours possible de le rendre possible cet impossible. Il est des choses impossibles qui résistent, et demeureront sans doute impossibles…

Je ne me suis pas entretenu personnellement avec saint Thomas, mais je crois être autorisé à penser que de telles questions devaient agiter sa tête alors qu’on lui expliquait que Jésus ressuscité venait tout simplement d’entrer dans la pièce à l’instant. Mais c’est impossible dit-il ! Oui, c’est impossible, effectivement. Totalement impossible. Il faudrait une preuve. Il faudrait toucher. Pour établir ce que la raison continuerait à ne croire que très difficilement. Pour que l’impossible devienne croyable. Il faudrait étendre la main et toucher ce corps ressuscité.

Mais toucher le Ressuscité ne va pas de soi. Ce n’est pas en effet la première fois que Jésus pose la question. Alors que Marie-Madeleine tend la main vers lui pour le saisir, il lui dit « ne me touche pas ». Alors que Thomas veut le toucher, il le permet c’est vrai, dans sa grande miséricorde pour celui qui a du mal à croire, mais c’est moyennant une béatitude, qui sonne comme un avertissement : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». C’est la béatitude de ceux qui ne voient pas, ne touchent même pas du regard. A fortiori, « Heureux ceux qui ne touchent pas celui en qui ils mettent leur foi ».

Pourquoi alors cela pose-t-il problème de le toucher ce Seigneur ressuscité ? Lui qui n’a pas craint de prendre chair d’homme. Lui qui a posé ses mains tant de fois sur ceux qui venaient trouver la guérison auprès de lui. Lui qui n’a pas craint, même, de donner son corps à toucher aux mains qui le frappaient pendant sa passion. Lui qui n’a pas craint non plus de donner son corps et son sang en nourriture aux hommes. Pourquoi subitement donne-t-il l’impression de se méfier de ceux qui pourraient le toucher ? Est-il intouchable à ce point ?

Non, il n’est pas intouchable ce Dieu qui s’est livré aux mains des hommes. Mais ce qu’il attend c’est que les hommes croient en lui, eux qui ne connaissent pas son nom. Les hommes prompts à le toucher, mais pas à le croire. Où sont-ils ceux qui ont été guéris lorsqu’il les a touchés ? Où sont-ils ceux qui ont été nourris de sa main ? Peut-être que les signes dont ils ont bénéficié n’ont pas suffi. Ils étaient absents aux jours de la Passion. Comme je l’aurais peut-être été moi-même, quand bien même j’aurais été témoin avec eux de ces signes merveilleux. Des signes qui ne suffisaient pas aux hommes pour voir Dieu.

Jésus avait d’ailleurs prédit que les signes ne suffiraient pas. « Quelqu’un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus ! » peut-on lire dans la parabole du riche et du pauvre Lazare.

Je me suis souvent dit qu’il ne suffirait pas de toucher le corps très saint de Jésus pour être convaincu plus facilement. Est-ce que cela changerait ma vie. Le trouverais-je extraordinaire au point que mes yeux incrédules s’ouvrent enfin ? Que ma conversion s’accélère. Que je grandisse enfin plus rapidement dans une foi affermie ? Je n’en suis pas sûr. Car je resterais quoiqu’il en soit un homme, plein de doutes, plein de résistances. Un homme pécheur qui résiste à Dieu.

Alors, serait-il assis là, à côté de moi, que ferais-je ? M’exclamerais-je : « c’est impossible c’est bien toi Seigneur ! Ce que seule ma foi m’indiquait jusqu’alors, mes sens le confirment à présent. Tu es bien toi. Merci d’être venu aider ma foi. Merci d’être venu m’aider à croire. » Me jetterais-je dans ses bras, pouvant enfin le saisir ? Eh bien je ne sais pas trop, en fait. J’aimerais pouvoir le dire, ça oui. Mais mes sens seraient-ils contentés que ma foi pourrait résister encore un peu.

Il est un beau livre du théologien suisse Hans Urs von Balthasar qui a un titre évocateur : L’amour seul est digne de foi. Peut-être que ce titre dit d’ailleurs tout de la foi. Le théologien y raconte que ce qui attire d’une façon décisive l’attention sur Jésus, ce n’est pas qu’il soit plus puissant que les autres hommes (grâce à des facultés de volonté, ou de science, extraordinaires). Non, ce qui convainc ce ne sont pas les signes eux-mêmes. Ce qui attire l’attention sur lui c’est que dépouillé à l’extrême, même des signes de sa royauté, il montre le visage infini de l’amour. Ce qui attire, ce qui motive la foi, c’est le témoignage de son amour donné.

Notre foi se nourrit moins de signes sensibles que du témoignage. Le témoignage du Christ bien sûr, le témoignage ultime de sa mort et de sa résurrection victorieuse, dans le signe ô combien discret, intouchable, du tombeau vide.

Le témoignage de ceux qui donnent leur vie par amour. Les missionnaires qui partaient en bateau au nom de la foi, par amour du Christ, vers l’Orient lointain, et dont la moitié seulement arrivaient vivants au terme du voyage. Les martyrs morts pour la foi, pour l’amour de Dieu. Les témoins du Christ demeurés fidèles jusqu’au bout. Pierre Claverie assassiné parce que la foi prend tout. Parce que l’amour de Dieu prend tout, embrase tout.

Alors par la foi tout est possible. Par la foi celui qui entre au jour de son mariage dans l’église, se jette dans l’avenir forcément inconnu. Par la foi le jeune dominicain se jette allongé sur le tapis de l’église, les bras en croix, abandonné à Dieu. Tellement sûr de lui. Tellement incertain aussi. Par la foi le croyant avance vaille que vaille, quand bien même il doute, quand bien même il vacille, quand bien même la vie est dure.

Tous aimeraient des signes ! Mais peut-être n’y en aura-t-il pas, ou pas comme ils l’attendent du moins. Et pourtant demeure l’essentiel : ce que les signes signifient, ce qu’ils représentent seulement sans en prendre toutefois la place. Ce qui demeure, c’est la promesse du Seigneur qui s’engage avec eux jusqu’à la fin des temps. Une simple promesse, la promesse de l’Alliance éternelle, un témoignage sur lequel tout se fonde et se construit.

C’est cela qui t’a été transmis par tes pères. Ce que les générations se transmettent d’âge en âge jusqu’à toi. Le trésor vécu de la foi. Ce qui permet l’impossible. Cette foi dans sa beauté extrême et surprenante. Si difficile à toucher du doigt.

« La beauté, c’est un fruit qu’on regarde sans tendre la main… » (Simone Weil)
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Homélie prononcée par le frère Nicolas Tixier, O.P. le dimanche 8 avril 2018, 2e dimanche de Pâques (Jn 20,19-31) 

“Le fils de Dieu est mort : c’est croyable parce que c’est absurde. Enterré, il est ressuscité : c’est certain parce que c’est impossible. ” Tertullien (IIe s.). 

Très belle formule qui nous plonge dans l’océan des questions de la foi. Cette foi qui nous pousse à croire ce qui résiste à être cru. Cette foi qui nous invite à défier quotidiennement l’impossible, à choisir le déraisonnable. Qui nous plonge dans un monde de paradoxes : « C’est impossible. Mon intelligence ne peut le saisir, ne peut le toucher. Et pourtant je le choisis ».

L’impossible nous tente de toutes façons. Le possible manque un peu de goût, il faut le reconnaître. Les rêves d’absolu, eux, les désirs impossibles, eux, nous font tourner la tête. Je pense à tous ces conquérants de l’extrême que l’on voit partir à l’assaut des sommets. Voyant le Cervin imprenable, Edward Whymper entreprit de le gravir un jour de 1865. Et après plusieurs échecs, il y parvint. Il finit par toucher le sommet de ses propres mains. « Hourra s’exclama-t-il alors ! Voici que le monde est à mes pieds ». L’impossible était devenu possible. Mais à la descente il se rappela à lui. Un accident dramatique coûta la vie à quatre membres de sa cordée.

L’impossible attire, mais il est un défi. Et il n’est pas toujours possible de le rendre possible cet impossible. Il est des choses impossibles qui résistent, et demeureront sans doute impossibles…

Je ne me suis pas entretenu personnellement avec saint Thomas, mais je crois être autorisé à penser que de telles questions devaient agiter sa tête alors qu’on lui expliquait que Jésus ressuscité venait tout simplement d’entrer dans la pièce à l’instant. Mais c’est impossible dit-il ! Oui, c’est impossible, effectivement. Totalement impossible. Il faudrait une preuve. Il faudrait toucher. Pour établir ce que la raison continuerait à ne croire que très difficilement. Pour que l’impossible devienne croyable. Il faudrait étendre la main et toucher ce corps ressuscité.

Mais toucher le Ressuscité ne va pas de soi. Ce n’est pas en effet la première fois que Jésus pose la question. Alors que Marie-Madeleine tend la main vers lui pour le saisir, il lui dit « ne me touche pas ». Alors que Thomas veut le toucher, il le permet c’est vrai, dans sa grande miséricorde pour celui qui a du mal à croire, mais c’est moyennant une béatitude, qui sonne comme un avertissement : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». C’est la béatitude de ceux qui ne voient pas, ne touchent même pas du regard. A fortiori, « Heureux ceux qui ne touchent pas celui en qui ils mettent leur foi ».

Pourquoi alors cela pose-t-il problème de le toucher ce Seigneur ressuscité ? Lui qui n’a pas craint de prendre chair d’homme. Lui qui a posé ses mains tant de fois sur ceux qui venaient trouver la guérison auprès de lui. Lui qui n’a pas craint, même, de donner son corps à toucher aux mains qui le frappaient pendant sa passion. Lui qui n’a pas craint non plus de donner son corps et son sang en nourriture aux hommes. Pourquoi subitement donne-t-il l’impression de se méfier de ceux qui pourraient le toucher ? Est-il intouchable à ce point ?

Non, il n’est pas intouchable ce Dieu qui s’est livré aux mains des hommes. Mais ce qu’il attend c’est que les hommes croient en lui, eux qui ne connaissent pas son nom. Les hommes prompts à le toucher, mais pas à le croire. Où sont-ils ceux qui ont été guéris lorsqu’il les a touchés ? Où sont-ils ceux qui ont été nourris de sa main ? Peut-être que les signes dont ils ont bénéficié n’ont pas suffi. Ils étaient absents aux jours de la Passion. Comme je l’aurais peut-être été moi-même, quand bien même j’aurais été témoin avec eux de ces signes merveilleux. Des signes qui ne suffisaient pas aux hommes pour voir Dieu.

Jésus avait d’ailleurs prédit que les signes ne suffiraient pas. « Quelqu’un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus ! » peut-on lire dans la parabole du riche et du pauvre Lazare.

Je me suis souvent dit qu’il ne suffirait pas de toucher le corps très saint de Jésus pour être convaincu plus facilement. Est-ce que cela changerait ma vie. Le trouverais-je extraordinaire au point que mes yeux incrédules s’ouvrent enfin ? Que ma conversion s’accélère. Que je grandisse enfin plus rapidement dans une foi affermie ? Je n’en suis pas sûr. Car je resterais quoiqu’il en soit un homme, plein de doutes, plein de résistances. Un homme pécheur qui résiste à Dieu.

Alors, serait-il assis là, à côté de moi, que ferais-je ? M’exclamerais-je : « c’est impossible c’est bien toi Seigneur ! Ce que seule ma foi m’indiquait jusqu’alors, mes sens le confirment à présent. Tu es bien toi. Merci d’être venu aider ma foi. Merci d’être venu m’aider à croire. » Me jetterais-je dans ses bras, pouvant enfin le saisir ? Eh bien je ne sais pas trop, en fait. J’aimerais pouvoir le dire, ça oui. Mais mes sens seraient-ils contentés que ma foi pourrait résister encore un peu. 

Il est un beau livre du théologien suisse Hans Urs von Balthasar qui a un titre évocateur : L’amour seul est digne de foi. Peut-être que ce titre dit d’ailleurs tout de la foi. Le théologien y raconte que ce qui attire d’une façon décisive l’attention sur Jésus, ce n’est pas qu’il soit plus puissant que les autres hommes (grâce à des facultés de volonté, ou de science, extraordinaires). Non, ce qui convainc ce ne sont pas les signes eux-mêmes. Ce qui attire l’attention sur lui c’est que dépouillé à l’extrême, même des signes de sa royauté, il montre le visage infini de l’amour. Ce qui attire, ce qui motive la foi, c’est le témoignage de son amour donné.

Notre foi se nourrit moins de signes sensibles que du témoignage. Le témoignage du Christ bien sûr, le témoignage ultime de sa mort et de sa résurrection victorieuse, dans le signe ô combien discret, intouchable, du tombeau vide.

Le témoignage de ceux qui donnent leur vie par amour. Les missionnaires qui partaient en bateau au nom de la foi, par amour du Christ, vers l’Orient lointain, et dont la moitié seulement arrivaient vivants au terme du voyage. Les martyrs morts pour la foi, pour l’amour de Dieu. Les témoins du Christ demeurés fidèles jusqu’au bout. Pierre Claverie assassiné parce que la foi prend tout. Parce que l’amour de Dieu prend tout, embrase tout.

Alors par la foi tout est possible. Par la foi celui qui entre au jour de son mariage dans l’église, se jette dans l’avenir forcément inconnu. Par la foi le jeune dominicain se jette allongé sur le tapis de l’église, les bras en croix, abandonné à Dieu. Tellement sûr de lui. Tellement incertain aussi. Par la foi le croyant avance vaille que vaille, quand bien même il doute, quand bien même il vacille, quand bien même la vie est dure. 

Tous aimeraient des signes ! Mais peut-être n’y en aura-t-il pas, ou pas comme ils l’attendent du moins. Et pourtant demeure l’essentiel : ce que les signes signifient, ce qu’ils représentent seulement sans en prendre toutefois la place. Ce qui demeure, c’est la promesse du Seigneur qui s’engage avec eux jusqu’à la fin des temps. Une simple promesse, la promesse de l’Alliance éternelle, un témoignage sur lequel tout se fonde et se construit.

C’est cela qui t’a été transmis par tes pères. Ce que les générations se transmettent d’âge en âge jusqu’à toi. Le trésor vécu de la foi. Ce qui permet l’impossible. Cette foi dans sa beauté extrême et surprenante. Si difficile à toucher du doigt.

 « La beauté, c’est un fruit qu’on regarde sans tendre la main… » (Simone Weil)

Magnifique homélie !! Pleine d’espoir ... merci 🙏

2 mois il y a
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Le lundi 26/03/18

Homélie prononcée par le fr. Jean-Baptiste Régis, O.P., le 25 mars 2018, dimanche des Rameaux et de la Passion (Mc 14,1-15,47)

C’est l’effervescence à Jérusalem. La fête de la pâque a lieu dans deux jours. Tout le monde est sur le pied de guerre. La foule avance en masse vers le palais du gouverneur Pilate car elle attend comme d’habitude qu’un prisonnier soit relâché. Pilate de son côté essaie tant bien que mal de ménager un peu de sécurité dans la ville devant cette foule prête à se révolter. Il a même réquisitionné l’armée pour assurer l’ordre public. Parmi les militaires, un centurion qui est là pour faire le travail qu’on lui a imposé. Il aurait peut-être voulu rester impassible, ne pas se laisser dominé par l’événement qui est en train de se produire. Et pourtant, là en face de Jésus sur la croix, ces mots lui échappent : vraiment, cet homme était le Fils de Dieu.
Cet homme... On a bien du mal à le reconnaître comme un homme. La folie de l’humanité s’est abattue sur lui : humiliation, haine, abandon, violence. Comment cet homme peut-il alors de surcroît ressembler à Dieu ?
Tout ceux qui sont là devant la croix ne comprennent pas. Jésus s’est lui-même appelé « le Fils de l’homme ». Mais le Fils de l’homme, c’est le Messie, l’envoyé de Dieu, puissant et divin, celui qui doit siéger à la droite du Tout-puissant ! Comment cet homme, Jésus, humilié et abandonné, a-t-il pu s’identifier à ce personnage divin ? Au pire il blasphème, au mieux, il délire...
Mais parmi ceux qui sont devant la croix, le centurion lui, par sa foi, a compris. Il a compris que ce n’est pas l’homme qui s’identifie à Dieu, car l’homme ne peut pas acquérir par lui-même les qualités de Dieu, mais c’est Dieu qui s’identifie aux hommes. Et seule la croix nous permet de dire que Dieu est véritablement devenu homme en Jésus. Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Il est le Messie acclamé par la foule, il est le Règne de Dieu qui vient parmi nous. Mais il est aussi vrai homme. Il n’a pas fait semblant. Dieu en Jésus a pris sur lui la fragilité et la finitude propre à la condition humaine. Sur la croix, Dieu assume totalement notre humanité et se montre ainsi solidaire de tous, y compris dans la mort. Il s’est abaissé, il a pris le chemin de l’homme jusqu’au bout, pour le remplir de sa divinité.
C’est pourquoi sur cette croix où Dieu assume notre humanité s’ouvre la possibilité pour chaque homme d’une vie nouvelle et libre. Devant la croix, toutes les rêveries humaines volent en éclat. Notre orgueil, celui qui nous faisait penser que nous pouvions par nous-mêmes acquérir la puissance de Dieu, notre orgueil est crucifié sur la croix de Jésus. Mais ce Jésus que le Père a exalté nous décharge du poids de cette illusion. Oui sur la croix de Jésus commence pour nous une vie libre, libérée du poids de notre finitude, de notre péché et de notre mort. Sur la croix, Dieu a élevé l’humanité pour la faire entrer dans son Royaume.
Le rideau du sanctuaire s’est déchiré en deux. L’Esprit Saint a jailli du Temple et s’est répandu sur le monde. Il s’est posé sur le centurion. Il se pose aussi sur nous pour nous conduire à la foi : cet homme sur la croix est le Fils de Dieu. Dieu nous a rejoint, Dieu est vraiment devenu l’un de nous, pour nous libérer de la mort et nous conduire à la vie éternelle.

fr. Jean-Baptiste Régis
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Homélie prononcée par le fr. Jean-Baptiste Régis, O.P., le 25 mars 2018, dimanche des Rameaux et de la Passion (Mc 14,1-15,47)

C’est l’effervescence à Jérusalem. La fête de la pâque a lieu dans deux jours. Tout le monde est sur le pied de guerre. La foule avance en masse vers le palais du gouverneur Pilate car elle attend comme d’habitude qu’un prisonnier soit relâché. Pilate de son côté essaie tant bien que mal de ménager un peu de sécurité dans la ville devant cette foule prête à se révolter. Il a même réquisitionné l’armée pour assurer l’ordre public. Parmi les militaires, un centurion qui est là pour faire le travail qu’on lui a imposé. Il aurait peut-être voulu rester impassible, ne pas se laisser dominé par l’événement qui est en train de se produire. Et pourtant, là en face de Jésus sur la croix, ces mots lui échappent : vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. 
Cet homme... On a bien du mal à le reconnaître comme un homme. La folie de l’humanité s’est abattue sur lui : humiliation, haine, abandon, violence. Comment cet homme peut-il alors de surcroît ressembler à Dieu ? 
Tout ceux qui sont là devant la croix ne comprennent pas. Jésus s’est lui-même appelé « le Fils de l’homme ». Mais le Fils de l’homme, c’est le Messie, l’envoyé de Dieu, puissant et divin, celui qui doit siéger à la droite du Tout-puissant ! Comment cet homme, Jésus, humilié et abandonné, a-t-il pu s’identifier à ce personnage divin ? Au pire il blasphème, au mieux, il délire...
Mais parmi ceux qui sont devant la croix, le centurion lui, par sa foi, a compris. Il a compris que ce n’est pas l’homme qui s’identifie à Dieu, car l’homme ne peut pas acquérir par lui-même les qualités de Dieu, mais c’est Dieu qui s’identifie aux hommes. Et seule la croix nous permet de dire que Dieu est véritablement devenu homme en Jésus. Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Il est le Messie acclamé par la foule, il est le Règne de Dieu qui vient parmi nous. Mais il est aussi vrai homme. Il n’a pas fait semblant. Dieu en Jésus a pris sur lui la fragilité et la finitude propre à la condition humaine. Sur la croix, Dieu assume totalement notre humanité et se montre ainsi solidaire de tous, y compris dans la mort. Il s’est abaissé, il a pris le chemin de l’homme jusqu’au bout, pour le remplir de sa divinité. 
C’est pourquoi sur cette croix où Dieu assume notre humanité s’ouvre la possibilité pour chaque homme d’une vie nouvelle et libre. Devant la croix, toutes les rêveries humaines volent en éclat. Notre orgueil, celui qui nous faisait penser que nous pouvions par nous-mêmes acquérir la puissance de Dieu, notre orgueil est crucifié sur la croix de Jésus. Mais ce Jésus que le Père a exalté nous décharge du poids de cette illusion. Oui sur la croix de Jésus commence pour nous une vie libre, libérée du poids de notre finitude, de notre péché et de notre mort. Sur la croix, Dieu a élevé l’humanité pour la faire entrer dans son Royaume. 
Le rideau du sanctuaire s’est déchiré en deux. L’Esprit Saint a jailli du Temple et s’est répandu sur le monde. Il s’est posé sur le centurion. Il se pose aussi sur nous pour nous conduire à la foi : cet homme sur la croix est le Fils de Dieu. Dieu nous a rejoint, Dieu est vraiment devenu l’un de nous, pour nous libérer de la mort et nous conduire à la vie éternelle. 

fr. Jean-Baptiste Régis

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Prend pitié de nous

3 mois il y a
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Magnifique messe avec des chants merveilleux merci les freres de se beaux travail ❤️

3 mois il y a
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Prend pitié de nous seigneur

3 mois il y a
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je suis un peu hors sujet mais un moine des dominicains a raison. Quand la colère nous submerge, l'art, le beau appaise. toujours utile lors des moments de grande souffrance avant d'aller voir le médecin

3 mois il y a
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Très belle homelie .. Magnifique trio de chants Merci pour cette ferveur Dieu vient à mon aide, Seigneur à notre secours .. Belle semaine sainte à vous tous

3 mois il y a
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