Cette scène de l’évangile ce passe dans le temple de Jérusalem, Jésus est tout proche de sa Passion, il s’adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple. Il leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. » Face à des hommes qui connaissent la Loi, qui essayent de la suivre, qui répondent oui à Dieu par toute leur vie, Jésus donne en exemple ceux qui semblent les plus éloignés de la Loi et du culte, des pécheurs notoires, des personnes impures, de ceux qui se détournent de Dieu et lui disent non par toute leur vie ! C’est une révolution !

Regardons de plus près cette parabole des deux fils. Le premier, celui qui dit non, semble assez libre par rapport à son père. Il ne craint pas de lui dire « non » en face. Il ne veut pas et il ne le fera pas : non c’est non ! L’autre enfant a une réponse particulière à la demande du père : dans le texte grec, il ne répond pas oui, mais il dit : « moi Seigneur ». En même temps il se met en avant : moi et il appelle son père : « Seigneur » : il sait qui est le père : c’est le Seigneur, c’est Dieu. Il a la connaissance mais cela ne l’empêche pas de désobéir.  « Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». »  Le premier fils répond tout simplement « non » et ce « non » est un vrai « non » qui, parce qu’il est vrai, va amener petit à petit le fils à se repentir et à finalement obéir ! En effet lorsqu’on désobéit consciemment à quelqu’un qu’on aime, qu’on estime, notre conscience (si elle est bien formée) nous reproche ce « non je ne veux pas » et nous amène petit à petit à nous repentir et à obéir. C’est ce même mécanisme qui nous amène au sacrement de la réconciliation : Nous avons péchés, dit non à Dieu, et notre conscience nous porte à demander pardon. Le deuxième fils son « oui » n’est pas un vrai « oui » mais une réponse polie pour ne pas déplaire au Seigneur. Son « oui » masque sa désobéissance, il ne la voit pas ! Il ne ressent pas le douleur d’avoir désobéit. Il a donné la bonne réponse, il est satisfait mais ne fait pas la volonté du père, dont il sait néanmoins qu’il est le Seigneur ! C’est une façon de désobéir tout en gardant un faux-semblant d’obéissance. Nous pouvons nous aussi désobéir tout en demeurant dans une apparente obéissance : ex. Au moment où j’avais été envoyé en Suède et que l’obéissance m’était difficile, quelqu’un m’a dit : « tu pars, tu ne fais aucun effort pour apprendre la langue et dans 6 mois tu es de retour tout en ayant été obéissant ! C’est une façon de désobéir tout en ayant l’air d’obéir !

Nous pouvons aussi obéir non par amour mais parce que nous y sommes contraints : c’est une obéissance du bout des lèvres : Ste Thérèse de Lisieux dans une de ses pièces de théâtre met en scène un dialogue entre l’archange St Michel et le diable au sujet des religieuses de sa communauté. Voici ce que dit le diable au sujet du vœu d’obéissance : « Non, je n’obéis pas de plein gré, mais je me soumets aux ordres de Dieu contre ma volonté ; les vierges peuvent obéir aussi tout en gardant au fond du cœur leur propre volonté, elles peuvent obéir et désirer commander : alors que font-elles de plus que moi ? » Voilà un exemple d’obéissance servile où nous pouvons obéir à Dieu par peur de la punition ou bien parce que nous n’avons pas le choix.

Alors, il est aussi possible de répondre un « oui » vrai et spontané par toute notre vie au Bon Dieu mais ce qui motive ce oui doit être l’amour et non la peur. Un « oui » que l’on met en œuvre par amour du Père. C’est le oui de saints qui depuis leur enfance ont toujours aimé et fait la volonté du Bon Dieu.

Mais, permettez-moi, ce soir d’insister plutôt sur la troisième catégorie qui compte, elle aussi des saints, mais des saints qui ont commencé par dire non, un « non » franc et massif à Dieu comme Ste Marie-Madeleine, St Augustin, St Charles de Foucauld. Leurs exemples nous encouragent car ils sont la réalisation de la parabole de ce jour. Pour nous qui sommes pécheurs et qui, d’une façon ou d’une autre, disons souvent non à Dieu nous voyons qu’il est toujours possible de revenir au Père et d’aller travailler à sa vigne. Peut-être même que le fait de lui avoir dit « non » nous a permis de prendre conscience que la vie loin du Père était une vie sans joie et que notre bonheur profond se trouvait uniquement dans cette union à Dieu, dans une obéissance à la volonté de salut que Dieu a pour nous. Pour achever cette homélie permettez-moi de citer le Bx Père Lataste, o.p. :

« Pensez-vous qu’au Ciel saint Augustin soit moins près de Dieu pour avoir péché dans sa jeunesse, ou Magdeleine moins aimée pour avoir tant failli ? Non, non, je vous l’ai déjà dit et je le répète : que celles qui sont restées pures par la grâce de Dieu prennent garde, je ne dis pas seulement de ne pas faillir, mais je dis même qu’elles prennent garde de ne pas se laisser devancer, car le prix de la course et la palme de la victoire ne sont pas pour celui qui n’est jamais tombé, mais pour celui qui a couru plus loin…/… »

Fr Patrick-Dominique Linck, o. p.