
Couvent des Dominicains
Dimanche 1 er novembre 2026
Fr. Paul-Dominique Marcovits, o.p.
Homélie pour la fête de la Toussaint
Tous les saints du Ciel ! Il y a de quoi s’émerveiller devant cette multitude décrite par
l’Apocalypse. Dans un vitrail de la cathédrale de Strasbourg, les saints sont serrés les uns
contre les autres et, selon Claudel, « leurs auréoles s’entrechoquent » ! Il ne faut pas oublier
les multitudes qui couvraient dernièrement, avec tant de joie, les Champs Elysées et aussi les
jeunes qui remplissaient le Stade de France… Le pape Léon leur a dit : « Vous êtres les saints
de France » ! Dans cette multitude des saints, il faut donc nous compter nous aussi : si la
sainteté est d’être habité par la sainteté de Dieu, lui, le seul saint… alors, par le baptême, nous
sommes ‘‘saints’’, habités par Dieu, habités par sa vie : vie puissante, purifiante, forte, vie qui
ne s’évanouit jamais. Dieu nous aime et tout est dit. Fête des saints du ciel et de la terre !
Cette fête a une atmosphère particulière qui nous touche, car elle est liée aussi à nos morts : la
miséricorde de Dieu est, pour eux comme pour nous, inépuisable.
Y a-t-il quelque chose à dire qui puisse éclairer notre chemin sur la terre vers le Ciel,
ce qu’il faut désigner pour nous comme un chemin de sainteté ?
Le père Caffarel, apôtre du mariage, maitre de la prière intérieure, de l’oraison, peut
nous éclairer. Je suis postulateur de sa cause en canonisation, je me dois donc de le citer en ce
jour de la fête de tous les saints ! Il dit :
Les saints vont loin en amour parce que, d’abord, ils vont loin en connaissance. Je
répète : Les saints vont loin en amour parce que, d’abord, ils vont loin en connaissance. Et
voici son explication : Ils ont pour le Christ cet intérêt passionné que les amoureux se portent
l’un à l’autre. Ils sont curieux de lui : à travers ses paroles – j’allais dire ses inflexions de
voix -, ses gestes tels que l’Évangile nous les rapporte, ils devinent son âme. Ils le cherchent
aussi dans la prière, longuement, patiemment. Et dans toute leur vie. Sans doute, ne sont-ils
saints que pour avoir été constamment à l’écoute.
Dans cette description de la sainteté, rien d’inatteignable ! Quand on aime quelqu’un,
on cherche à le connaitre, on écoute sa voix, notre coeur est constamment en éveil : on
écoute ! Ainsi avec Dieu. La sainteté est d’abord cette faculté d’écoute de Dieu, cet élan fort
et constant vers Dieu, cet amour qui permet d’aimer aussi les autres.
Aller loin dans la connaissance. Je viens de parler de cet élan de la foi vers Dieu.
Oui, mais, bien souvent cet élan semble s’affaiblir, on peut devenir comme absent devant
Dieu. Beaucoup de chrétiens, même fort fidèles aux sacrements de l’Église, constatent comme
la montée en eux d’une indifférence aux choses de Dieu, rien ne semble plus réveiller les
premiers temps de la rencontre. Pourtant, demeure toujours l’attente de Dieu à notre égard, il
guette notre réponse, il attend que nous nous engagions, que nous consentions, que nous
voulions vivre avec lui, source de toute vie ! Il attend, et il répondra au désir profond de notre
cœur. Alors nous pourrons nous émerveiller, à nouveau et plus joyeusement encore, devant sa
miséricorde.
Les béatitudes que le Seigneur vient de nous dire, ce bonheur décrit en chaque fête
de tous les saints, ne sont pas des joies faciles, mièvres ; ce bonheur est à la fois un don de
Dieu et une conquête de notre part. Il faut, un jour, accepter d’être heureux, le décider malgré
les absurdités, choisir le bonheur même au milieu de ce qui nous accable. « Heureux les
pauvres » « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice… » Derrière les béatitudes dites par
le Seigneur, il y a la grande ombre de la croix. « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute, si
on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » Et voici la lumière :
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux : »
Derrière les béatitudes, il y a aussi la lumière de la résurrection !




